Jouer à changer le monde avec les jeunes architectes belges
Le Civa met en scène, à Ixelles, l’architecture de ce qui sera peut-être demain… ou peut-être pas
L’architecture est-elle pour les nuls ou les spécimens ? Est-ce l’art des territoires en devenir ou de la maison en bois ? Est-elle réservée aux géomètres qui ont pignon sur rue ou aux pêcheurs de perles ? S’agirait-il d’une forme de folklore entre purs et durs ou d’une foire aux romantiques ? Tout cela n’est-il pas définitivement abstrait pour les hommes sans qualités comme vous et moi. Peut-on devenir architecte à l’insu de son plein gré ou faut-il de la convenance et du caractère ?
La réponse non orthodoxe à toutes ces questions se trouve dans l’exposition Dithyrambes, (re)nouveaux plaisirs d’architecture, montée par le Civa et La Cambre Horta, place Flagey, à Ixelles. Neuf figures émergentes de l’architecture belge francophone y dévoilent dans une rue en trompe-l’œil leur production « inventive, passionnée, hétéroclite, engagée » pour reprendre les mots de Jean-Didier Bergilez, coordinateur du livre publié à l’occasion de l’événement.
Pablo Lhoas, le commissaire de l’exposition, nous a guidé dans ce parcours ludique et spectaculaire où se bousculent aux fenêtres des idées en pagaille sur l’architecture d’aujourd’hui et de demain. Certains projets sont si concrets qu’ils existent déjà pour de vrai. D’autres plus éthérés n’ont d’autre but que de nous amuser et nous faire penser à de nouveaux ailleurs. Le titre « Dithyrambes », renvoie avec ironie aux chants louangeurs de l’Antiquité. La balade prend le chemin d’un gigantesque rébus de 45 mots clés articulés autour de collages de photos et de plans. L’objectif est clair : jouer à changer le monde.
Pour y parvenir, l’architecte Radim Louda nous appelle à agir au-delà de ce dont nous sommes capables, mais le personnage existe-t-il vraiment ? Son portrait géant accroché à Flagey est flou. Sa photo ne serait, en réalité, que la superposition des visages de tous ceux avec qui il a collaboré ! Plus loin, le bureau Orthodoxe n’a rien construit mais nous propose de colorier l’architecture comme dans un livre pour enfants ou de la peindre par numéros. On est ici dans l’expérimentation et le rire pour mieux décomplexer le regard. Chez Specimen, un pool d’aspirateurs à voitures pour un car-wash de Saint-Servais, réalisé entre 2007 et 2009, souligne qu’un lieu banal, technique et de mauvais goût peut être transfiguré par la couleur et la lumière.
Vers.A nous entraîne dans la quête de la sagesse en imaginant des structures dont l’extérieur ne laisse rien paraître de l’intérieur, au point que les vrais bâtiments photographiés prennent des allures de maquettes… et que les maquettes ressemblent à des bâtiments construits… VO explore de son côté une forme de « néo-art nouveau », tandis que Label Architecture joue du contrepoint entre le blanc et le noir. Vincent P. Alexis se pose, lui, en activiste de l’architecture. On lui doit notamment l’œuvre Feu Bruxelles, un projet de mémoire des lieux disparus de la capitale « sans pleurnicherie », où il invite le public à réinventer le Magasin 4 et la Tour Martini via le site internet www.feubruxelles.tk. Quant au bureau ADN Architectures, il présente des photos parfaitement trompeuses pour traduire le simple bonheur de la recherche plastique.
Dithyrambes (re)nouveaux plaisirs d’architecture, jusqu’au 12 mai, 19 bis, place Flagey, 1050 Bruxelles, du mardi au dimanche, 10 h 30 à 18 h. Entrée : 6 euros (2 euros étudiants et chômeurs). Infos : www.civa.be.










