Le Chambon veut devenir une étoile qui brille au firmament de la capitale

Paolo Leonardi
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L’ancien siège central de la CGER en plein centre de Bruxelles va subir un important lifting. Coût estimé des travaux : 150 millions d’euros, rien que ça ! Un projet à la fois fou et ambitieux.

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Marnix Galle. Photo : Le Soir/Sylvain Piraux.
    Marnix Galle. Photo : Le Soir/Sylvain Piraux.

A entendre Marnix Galle énumérer les défis qui l’attendent, nous n’avons qu’une seule envie : lui demander pourquoi il s’est lancé dans une pareille galère. Mais le patron d’Allfin ne nous en laisse pas le temps. « On ne la voit pas d’ici mais il y a à l’arrière du bâtiment face auquel nous nous trouvons une impressionnante verrière basse qu’il va falloir démonter pièce par pièce pour la nettoyer, commence-t-il par dire. Puisqu’on ne peut pas enlever les châssis existants (NDLR : impossible de les compter, mais il doit y en avoir une centaine), il faudra en installer un deuxième juste derrière pour assurer une parfaite isolation thermique et acoustique des appartements. Coût actuel de l’opération : 5.000 euros par châssis ! Je ne sais pas pourquoi mais les cuivres que vous voyez en façade ont été peints ! On se tourne en ce moment vers les pays de l’Est pour voir s’ils ne peuvent pas recréer une peinture qui procurerait le même look. »

Devant l’ancien quartier général de la Caisse générale d’Epargne et de Retraite dont le nom figure encore sur la façade (et qui sera gardé en l’état), rue Fossé aux Loups en plein centre de Bruxelles, Marnix Galle continue sa litanie. « Les murs de façade nécessitent une isolation par l’intérieur mais il y a beaucoup de murs ronds, poursuit-il ainsi. On est en train de forer beaucoup de percées pour comprendre le sens des murs : un vrai casse-tête ! Autre gros problème : il y a un paquet d’amiante qui n’était pas prévu au programme et qui va nécessiter quelque 800.000 euros pour être enlevée. Enfin, last but not least, du côté de la rue du Marais, la nappe phréatique ne se trouve qu’à 1,30 mètre de profondeur. Or on doit y construire un parking souterrain… »

Le promoteur doit reprendre son souffle. La question fuse : « Qu’est-ce qui vous a pris de vous lancer dans une entreprise pareille ? » « Une personne normale aurait déjà fui depuis longtemps, lâche-t-il en riant. Dans mon métier, on passe par plusieurs sentiments : le regret, l’assurance, le désespoir, la dépression, l’espoir, le succès et enfin l’épanouissement. Aujourd’hui, je vacille entre plusieurs de ces sentiments même si je ne sais pas lesquels mais, honnêtement, je suis de plus en plus optimiste. Ce chantier est le plus beau et le plus compliqué de toute ma carrière, mais ça m’amuse car il est exceptionnel. L’ensemble va être magnifique ! »

En ce jour gris de mars, le Chambon (c’est le nom du site) est désert. Marnix Galle nous fait entrer dans ce qui était jadis la salle des guichets. Il y en avait 36 au total comme en témoignent leurs numéros encore visibles. Nous descendons ensuite dans la salle des coffres, moins vaste mais encore plus impressionnante quand on imagine la fortune qui a dû y être amassée. Il y en a 7.000 ! Tous sont vides et seront arrachés par les pelleteuses. « Elle deviendra une salle de fitness, avec une imposante verrière qui donnera sur le jardin dessiné par Wirtz à l’arrière des résidences, explique notre guide. Le Chambon a été construit en 1949. A l’époque, son coût était de 20.000 francs belges du mètre carré. De nos jours, cela équivaudrait, à mon avis, à 10.000 euros du mètre carré. Regardez les matériaux : ils sont encore impeccables ! »

Les marbres, les boiseries et l’acier que l’on aperçoit à chaque niveau ont, il est vrai, parfaitement résisté à l’usure du temps. C’est encore plus vrai dans le bâtiment Beyaert, situé au coin de la rue d’Argent, où l’ancienne « salle du conseil » est tout simplement majestueuse. « Elle a vu défiler le grand pouvoir d’une époque de la Belgique, s’enthousiasme Marnix Galle. Il faut s’imaginer qu’une partie du Congo s’est décidée ici ! »

Mais tout ceci demande malgré tout une remise au goût du jour. La facture des travaux sera salée, pour ne pas dire poivrée. « D’autant moins évident que le ratio entre les espaces bruts et nets est de 67/33, explique notre homme. Ce qui veut dire que 33 pour cent de la surface totale du Chambon sont non vendables. Ce sont des espaces chers à rénover mais qui ne rapporteront rien. C’est le cas, par exemple, des couloirs. Toute la chape de béton devra être retirée car il faut abaisser le niveau de sol de quelques centimètres. Or il y a des centaines de mètres de couloir… »

Allfin dit avoir acheté le site pour 35 millions d’euros. Une affaire ? « Disons que c’était le juste prix, tempère Marnix Galle. Mais on a en portefeuille un magnifique morceau d’immobilier. »

Qui nécessitera, tout de même, quelque 150 millions de travaux. Vous avez bien lu : 150 millions… « Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Chambon est un projet que je qualifierais d’antirisque, mais à petits profits, poursuit-il. Je dirais même que c’est un projet parfait pour la période économique difficile que nous traversons actuellement. Nous sommes ici dans un quartier qui bouge, à deux pas de la Grand-Place, et qui, une fois achevé, fera le lien avec la place des Martyrs, un autre endroit magnifique de Bruxelles.  »

Marnix Galle a en même temps les reins solides et une fameuse dose de cran, c’est certain, mais il a surtout la foi. Sans elle, il n’avancerait pas. « On vendra tout, c’est une certitude, assure-t-il ainsi. La commercialisation des appartements ne commencera que le 31 mars mais on a déjà vendu 21 unités. Il m’arrive de passer des nuits blanches, je l’avoue, mais elles ne sont pas dues au risque de flop commercial. C’est le défi à réaliser pour le patrimoine bruxellois qui me fait parfois peur. C’est la première fois que je me sens investi d’une certaine responsabilité civile car je ne veux pas que le Chambon devienne une île dans la ville. Je veux qu’il soit une étoile au firmament de la ville. Et pour ça, tous les éléments qui le composent doivent parfaitement s’imbriquer les uns dans les autres. »

Osez la rencontre !