Nos cerveaux, remparts contre la crise

Béatrice DelvauxÉDITORIALISTE EN CHEF
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C’est un constat général : l’un des problèmes majeurs belges du moment est la réduction de croissance de nos facteurs de production. C’est-à-dire que les éléments qui, dans le passé, nous garantissaient une productivité très élevée et la création forte de valeur ajoutée – R&D, infrastructures et enseignement, élément cardinal – sont en forte perte d’impact. La Banque nationale et le Bureau du plan le soulignent : il faudrait idéalement accroître certaines dépenses publiques pour investir dans ces facteurs, et singulièrement l’enseignement. C’est dire s’ils sont là sur la même longueur d’onde que les étudiants universitaires qui ont manifesté ce jeudi. Ces jeunes vont se fracasser sur la réalité : les moyens sont rares et il faut faire avec ce qu’on a. Certains rappellent d’ailleurs régulièrement, comme le spécialiste Robert Deschamps, que ce n’est pas l’argent qui manque nécessairement pour l’enseignement, mais bien l’efficacité dans la manière dont il est utilisé. Une réflexion qui vaut moins cependant pour le niveau universitaire, où le coût de l’étudiant universitaire s’est réduit de 14,9 % là ou le nombre d’étudiants augmentait de 36,3 %.

Ce serait cependant une erreur d’accueillir le cri des étudiants par des impossibilités. Leur manifestation et le fait qu’elle soit le résultat d’une coordination délibérée entre les jeunes du nord et du sud du pays démontrent une très grande maturité. Les étudiants rappellent que les enjeux de fond sont les mêmes des deux côtés de la frontière linguistique. Et que le renouveau économique en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles – nouvelles industries, technologies, découvertes scientifiques – viendra des investissements dans les cerveaux, plus que de l’ingéniosité dans la répartition de compétences. Les problèmes posés à l’enseignement restent énormes : les mauvais résultats francophones à la sortie du primaire, l’incroyable faiblesse en sciences, maths et français au sortir du secondaire, le taux d’échec ahurissant en première année universitaire. C’est une combinaison de choses qui est nécessaire : de l’argent, de la gouvernance dans les universités, la capacité à coopérer entre Belges et avec l’étranger. En Belgique francophone, un décret est en négociation perpétuelle et le paysage universitaire apparaît comme un champ de bataille d’ego, de structures. C’est aussi pour cela que les étudiants ont marché : pour qu’on leur propose des projets crédibles et efficaces pour gérer leurs études, pas des débats sans fin.

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5. eric61 dit le 29/03/2013, 16:27

Pour ça il faudrait commencer par réhabiliter l'élitisme, cad tirer les meilleurs vers le haut. Au lieu de vouloir ramener tout le monde vers une médiocrité "moyenne" au nom d'une prétendue égalité des chances comme on le fait depuis bien trop longtemps.

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4. un type dit le 29/03/2013, 14:59

"le budget alloué à l instruction obligatoire n est pas le problème (il est parmi les plus coûteux du monde)" Dans ce cas, il faudrait fédéraliser l'enseignement supérieur et le rendre bilingue, trilingue, quadrilingue. Bref, tout le monde ensemble, dans un seul réseau. Ça ferait des économies, ne fût-ce qu'en divers cabinet ministériels et administrations. Après tout, les langues s'apprennent déjà en primaire, les publications scientifiques sont en anglais.

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3. Viset F. dit le 29/03/2013, 12:45

Je partage amplement l avis de Robert Deschamps. En particulier en Communauté française, le budget alloué à l instruction obligatoire n est pas le problème (il est parmi les plus coûteux du monde). Il y a quelques décennies, la qualité de la formation était meilleure sans qu elle soit plus couteuse. Sachant que l argent n est pas le problème, comment améliorer notre enseignement ? Il faudra d abord commencer par admettre que les "réformes" pédagogiques votées durant les dernières décennies ont été des fiasco complets ! Il convient de restaurer la rigueur académique et abandonner l idéologie égalitariste mais dangereuse de l "école de la réussite". Il faut inculquer aux élèves les sens du devoir et de l effort dès la première année de l enseignement fondamental. Il est également impératif de réhabiliter l enseignement technique.

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2. un type dit le 29/03/2013, 11:38

"Où est parti cet argent, s'il n'est ... dans l'état...?" Mouarf la bonne blague ! Bien-sûr qu'il est dans l'état, en ce compris 3 régions, 3 communautés, 27 parlements (et des poussières), une commission UE, une foule de petites et grandes commissions parlementaires. Tant que les uns et les autres auront besoin de leur institution schmilblick avec administration hyper-politisée ad hoc en guise de pré-retraite pour se caser sans jamais se casser, rien n'ira plus, les jeux seront faits. "Le Soir montre encore son côté droit." Pas droit, centre droit libéral de gauche nuancé de catholicisme écologique. Un foutoir téléguidé par l'Europe avec intérêts chinois et US, mais veto onusien russe et une surcouche islamiste. Simple. Il n'y a qu'à constater que le boxon OMC-FMIesque ne fonctionne pas et se recentrer sur l'économie réelle, nationale. Mais ce n'est pas gagné.

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1. BruxellesdanslaRue dit le 29/03/2013, 11:13

[Edito pas de droite] Entériner les propositions qui disent en vrac "les moyens sont rares" et "le problème n'est pas l'argent qui manque mais l'efficacité dans son utilisation" est totalement abusif. Malgré une vague protestation, c'est le seul point de vue qu'on peut lire dans l'Edito, et j'en déduis "qu'il n y a rien d'autre à faire". Pourtant, il y a d'autres propositions qui ne sont pas arrivées jusqu'aux oreilles de LeSoir. D'abord, il faut admettre que c'est bien l'argent qui manque, et cela depuis 30 ans, et pas seulement dans l'Education. Ensuite, il faut voir qu'avec l'un des plus hauts PIB/hab. du monde, la Belgique a de quoi financer tous les services. Mais vient alors la question: "Où est parti cet argent, s'il n'est ni dans les salaires, ni dans l'état, ni dans le bien commun?" Je pense qu'en faisant tout pour éviter cette question cruciale, Le Soir montre encore son côté droit.

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