Quand la cuisine devient une pièce lumineuse
GS&L Architectes s’est attelé à résoudre un problème qu’on rencontre fréquemment dans les maisons bruxelloises : les trois pièces en enfilade et le manque de lumière qui en résulte dans la partie centrale. Visite d’une maison à Saint-Gilles en compagnie de Pierre Gruloos.
Au départ, il y avait un bel étage bruxellois classique, avec ses trois étages dont un – celui situé rez-de-chaussée – qui présente trois pièces en enfilade. Le typique casse-tête pour un propriétaire qui ne sait pas comment rendre la pièce du milieu, d’ordinaire assez sombre, agréable à vivre. A l’arrivée, après quelques semaines de travaux, il y a un bel étage bruxellois classique complètement remodelé avec un agencement de pièces à vivre beaucoup plus cohérent.
Nous sommes à Saint-Gilles, à deux pas de la prison qui, à cette heure de la matinée, commence à recevoir ses premiers visiteurs. Pierre Gruloos nous accueille dans le rez-de-chaussée de la bâtisse auquel on accède après avoir gravi quelques marches. La rénovation récente des trois pièces en enfilade saute aux yeux. Un détail particulier : la pièce centrale a été dédiée à… la cuisine. « C’est une question qui revient très souvent pour un bureau comme le nôtre qui travaille beaucoup sur Bruxelles, commence par dire l’architecte. Que fait-on de la pièce centrale ? D’habitude, les gens veulent y mettre le salon, voire la salle à manger et l’endroit devient alors davantage un couloir de luxe qu’une pièce où il fait bon vivre. Nous avons choisi d’y mettre la cuisine car c’est un espace qui se prête très bien à l’éclairage artificiel. Mais attention : il faut pour cela que le client accepte qu’on voie sa cuisine, ce qui n’est pas toujours le cas car cela implique un sens certain du rangement… »
Dessinée par Pierre Gruloos, mais aussi José Alberto Solinis Carrera et Benoît Lemmens, ses deux associés chez GS&L Architectes, la cuisine est l’œuvre d’un menuisier. Conçue dans un grand caisson qui a été posé contre le mur, elle jouit d’un éclairage arrière qui illumine de manière indirecte la pièce. Trois lampes torches du designer belge Sylvain Willenz complètent l’ouvrage en concentrant la lumière sur le plan de travail central.
La cuisine se situe entre le salon et la salle à manger. Cette dernière donne sur le jardin auquel on accède par une terrasse qui a, elle aussi, été complètement refaite. « Les propriétaires n’allaient jamais au jardin car ils devaient descendre un escalier, explique Pierre Gruloos. L’accès était compliqué et plus que de jardin, il conviendrait presque de parler ici de cour tellement l’espace est exigu. »
Ceinturée par de hauts murs, la pelouse (quand il y en aura une) sera tondue en cinq minutes, montre en main. « Plutôt que de descendre directement de la salle à manger au jardin, nous avons conçu une terrasse qui sert à la fois d’extension de la salle à manger et d’espace de transition vers l’extérieur, poursuit notre hôte. Pour des raisons urbanistiques qui ont rendu l’obtention du permis très compliquée, nous avons dû toutefois l’abaisser de 40 centimètres car la commune refusait de la voir au même niveau que les pièces de vie. »
Avec son acier galvanisé, son garde-corps en bois exotique simplement ajouré et son palier en caillebotis, la terrasse, qui se situe à 1,80 mètre de hauteur, donne incontestablement du « coffre » au design général de la rénovation. Elle donne de surcroît de la profondeur à un espace qui en manque singulièrement.
Parce que la maison était constituée de plusieurs appartements à la base, le travail principal des architectes a été de relier le rez-de-chaussée à l’ensemble de la demeure. « Nous avons créé une ouverture sur la cage d’escalier et ouvert le couloir pour donner une profondeur visuelle, insiste Pierre Gruloos. On y a prévu de grands espaces de rangement réalisés à l’aide de panneaux MDF. Mis à part quelques petits travaux à l’étage, comme le retrait de l’ancienne cuisine qui se situait précédemment au premier étage, notre intervention s’est limitée au rez-de-chaussée qui fait 70 mètres carrés. La maison étant pourvue d’une cave plutôt froide, il a fallu isoler son plafond. »
Un travail onéreux et plutôt ingrat mais qui tombait à pic. « Cela nous a en effet permis d’y passer toute l’électricité ainsi que les évacuations, expose l’architecte. Au total, le budget de la rénovation s’est élevé à quelque 100.000 euros. »
Créé en 2007, GS&L Architectes est un bureau d’architecture basé à Bruxelles. Avant de se réunir, Pierre Gruloos travaillait dans un bureau d’archi contemporaine, José Alberto Solinis Carrera œuvrait dans un bureau d’urbanisme et Benoît Lemmens avait fait de la restauration de patrimoine son dada. « Notre association peut paraître curieuse mais elle est très enrichissante, assure Pierre Gruloos. Nous travaillons également pour Renovas, une ASBL qui gère des projets publics et des contrats de quartiers à Schaerbeek. Nous avons ainsi réaménagé un rez-de-chaussée de deux tours de logements pour en faire un espace polyvalent avec une école des devoirs et un lieu pour personnes du troisième âge. On a également restauré l’entré Art déco du parc Duden à Forest, ou encore effectué des restaurations pour l’IBGE. »
Enfin, GS&L Architectes a dessiné 32 logements à Gembloux. Mais le bureau tient encore à noircir son agenda de rénovations pour le privé. « La collaboration avec le client est beaucoup plus enrichissante et le retour qu’il nous donne rend les projets plus intéressants, conclut Pierre Gruloos. Et puis cela nous permet aussi de travailler davantage dans le détail et les contraintes, et les normes en vigueur sont moins contraignantes que dans le cadre de projets à grande échelle pour le secteur public. »



