Choc frontal entrela RTBF et RTL-TVI

Alain Jenotte
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Le patron de RTL Belgique a bondi en apprenant que la RTBF et sa régie publicitaire se positionnent comme partenaires potentiels pour TF1, sur le marché belge.

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Le patron de RTL, Philippe Delusinne
    Le patron de RTL, Philippe Delusinne

TF1 pourrait-il utiliser la RTBF comme tête de pont pour réaliser son vieux projet de faire une percée sur le marché belge ? L’hypothèse n’est pas à exclure, si l’on en croit les propos tenus vendredi dans Le Soir par Yves Gérard, le patron de la RMB, la régie publicitaire de la RTBF.

TF1 vient de confier à la RMB la mission de monétiser les spots publicitaires diffusés avant les vidéos que l’on peut voir sur ses sites, tels MyTF1 et wat.tv, et dont l’audience belge est en croissance.

Mais Yves Gérard est convaincu que TF1 ne s’arrêtera pas là et que le groupe français tentera de valoriser également l’audience de sa télé. Pour lui, ce serait « une aberration de ne pas le faire ». Et la RMB se positionne clairement comme un partenaire potentiel, au cas où TF1 débarquerait en Belgique.

La RTBF aurait voulu envoyer une déclaration de guerre à son concurrent RTL-TVI qu’elle ne s’y serait pas pris autrement. L’administrateur délégué du groupe RTL Belgique, Philippe Delusinne a réagi vivement à la perspective de voir l’entreprise publique jouer le rôle de cheval de Troie pour TF1. Pour lui, le patron de la RTBF, Jean-Paul Philippot et celui de sa régie, Yves Gérard, « font une fondamentale erreur d’appréciation et de stratégie sur la vocation du service public en détournant de sa réelle destination l’argent qu’on lui confie pour servir d’autres intérêts que ceux inscrits dans son contrat de gestion ».

Philippe Delusinne se défend pourtant de prendre la posture d’un patron aux abois. « Si TF1 débarque en Belgique, on réagira. Il y a longtemps que l’on se prépare à une telle perspective et nous ne serons pas pris au dépourvu, même si cela nous fait souffrir ». En revanche, il trouve « invraisemblable que ce soit la RTBF qui invite TF1 et se propose d’être son partenaire. C’est d’autant plus aberrant que si TF1 prend de l’argent à RTL, il en prendra aussi à la RTBF ».

RTL rappelle son apport au marché belge en matière de productions propres, d’info ou de débats politiques, mais aussi dans la production cinématographique via le tax shelter, un mécanisme fiscal destiné à favoriser l’industrie du cinéma. « Cet apport-là sera évidemment compromis si TF1 s’implante en Belgique », explique le patron du groupe RTL Belgique, qui se dit « sidéré de voir la RTBF s’enfoncer dans une stratégie anti-RTL plutôt que pro-RTBF ».

Le web, peut-être, la télé, non !

La ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), juge « particulièrement maladroite » la sortie d’Yves Gérard. « Notre paysage audiovisuel est assez fragile et une part d’audience importante est absorbée par les chaînes françaises, explique Fadila Laanan. Il ne faudrait pas que l’accord concernant les sites web donne à TF1 les coudées franches et lui laisse imaginer qu’il peut s’implanter en Belgique. Cela créerait une situation extrêmement compliquée. Je suis très attachée à notre opérateur de service public ainsi qu’à la diversité des médias. Mais il ne faut pas perdre de vue que nous sommes un tout petit territoire. La venue de TF1 nuirait à RTL, ce qui n’est pas directement de mon ressort, mais ferait aussi du tort à l’opérateur public, et cela me concerne tout particulièrement. Pour cette raison, je considère que si son intention est de s’implanter avec des contenus dédiés à la Belgique, TF1 n’est pas le bienvenu. »

La ministre de l’Audiovisuel ajoute que c’est la qualité des productions qui est également en jeu. « Or je constate que lorsque la qualité des productions de la RTBF et de RTL-TVI est au rendez-vous, notre public se détourne volontiers des chaînes françaises. »

Fadila Laanan a par ailleurs demandé plus de précisions sur l’accord conclu entre TF1 et la RMB, qui n’aurait été évoqué que comme une piste possible lors d’un précédent conseil d’administration de la régie publicitaire.

Forcer la RMB à faire marche arrière ne semble cependant pas à la portée du gouvernement. À l’inverse de la RTBF, où il dispose de commissaires ayant un pouvoir d’injonction et en mesure de bloquer des décisions, le gouvernement de la Communauté française n’a à la RMB que des délégués, qui jouent un simple rôle d’observateur. « Mais attention, prévient-on au cabinet Laanan, si à l’avenir d’autres accords devaient dépasser le cadre de publicités sur des sites web, notre réaction serait très différente. »

ALAIN JENNOTTE

Vos réactions

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3. Belle Gicle dit le 01/04/2013, 08:44

Avec la TNT, les Français dispose gratuitement de 14 chaînes TV. Le PS et Fadila Laanan font tout c'est à dire rien pour que les Belges puissent aussi les capter. Imaginez que cela priverait les copains administrateurs socialistes de leurs émoluments. La mafia socialiste est une vraie chape de béton pour les Bruxellois et les Wallons.

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2. Lel dit le 30/03/2013, 17:41

Tant que TF1 ne se permet pas d'influencer la programmation de la RTBF (pas géniale, certes, mais tout de même d'un meilleur niveau que sa copine privée). Pas envie d'une seconde télé poubelle: avec RTL on est déjà servi question médiocrité (et je suis gentil).

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1. Bergerac dit le 30/03/2013, 11:21

Quelle hypocrisie. Si la RTBF a le droit (hélas) de diffuser de la publicité, qu'on la laisse gérer ses contrats librement. Sinon, il faut revenir à la vieille TV publique et ringarde sans autres moyens financiers que ceux de la dotation (donc nos impôts). Quant aux grands discours sur la défense de notre "culture nationale", c'est à mourir de rire... La télévision "belge", c'est kwaaaa ?

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