«Inch’Allah», la vie autour du mur israélo-palestinien comme si vous y étiez
Trois questions à Anaïs Barbeau-Lavalette, réalisatrice.
« Inch’Allah » repose sur votre expérience vécue en Cisjordanie. Pourquoi et comment en avez-vous fait un film ?
Ça s’est fait progressivement. Mais la rencontre avec la région s’est faite quand je faisais de la recherche pour un documentaire, auquel allaient participer des enfants de quatre pays du monde. J’ai passé à l’époque du temps dans les camps de réfugiés palestiniens. Et on a été témoins à un certain moment de la mort d’un enfant qui a été écrasé par un char israélien. Ce fut assez brutal. Plus tard, après ce documentaire, j’ai eu envie de retourner là-bas sans caméra. Pour essayer de comprendre. Et plus je retournais là-bas, moins je comprenais… et plus j’avais envie de retourner. Je me suis fait des amis israéliens, palestiniens. Je dois avouer que je ne connaissais pas grand-chose du conflit avant d’aller sur place. L’une des plus belles choses que j’ai entendues au sujet de mon film, c’est un vieux monsieur très ému qui a dit que son sentiment d’empathie était éteint, comme endormi depuis longtemps au sujet des victimes du conflit israélo-palestinien, et que le film avait réveillé ce sentiment si humain.
Qu’avez-vous appris en travaillant et tournant sur place ?
Plein de choses. J’apprends tout. La première chose : tu arrives dans un pays en guerre, tu t’attends à voir la guerre… et tu trouves la vie. Avec des gens qui s’aiment, dansent, déconnent, regardent la télévision, vivent normalement. Un pays en guerre, ce sont en somme des vivants qui, par brèches et dans leur quotidien, sont interrompus par la présence de la guerre. Et ça, j’avais envie que ce soit présent dans mon film. Ensuite, j’ai découvert le culte choquant et confrontant de l’image des martyrs. Dès qu’il y a un mort relié à la guerre, que ce soit accidentellement ou volontairement, on glorifie cette mort. Puis j’ai surtout appris que les jeunes générations des deux côtés du mur sont profondément prêtes à se rencontrer. Mais ça leur est concrètement tout à fait impossible.
Si on se met à la place de celui qui conduisait le char israélien, on se dit que s’il avait eu l’idée de sortir de son char à la suite de cet accident, cela aurait certainement dégénéré. J’ai donc dû prendre du recul. Et me mettre à la place de celui qui était dans le char. Et qui devait être terrorisé.








