Qu’est-ce qui fait jouir l’homme?
Hélène Fillières donne sa version de « Sévère » de Régis Jauffret, inspiré de l’affaire Stern, en déshabillant Benoît Poelvoorde. Entretien.
Pour son premier film comme réalisatrice, l’actrice Hélène Fillières n’a pas eu froid aux yeux. Elle met en scène les relations sadomasochistes qui unissent un banquier à sa maîtresse. C’est sa façon de questionner la sexualité masculine et la nature humaine.
Benoît Poelvoorde m’a confié avoir été meurtri par ce tournage. Qu’en pensez-vous ?
Un film comme le mien laisse forcément des traces sur les acteurs car ils ont été très loin dans le jeu et l’émotion avec un sujet compliqué. Benoît a dû mesurer l’impudeur de son geste d’acteur. Aujourd’hui, il s’en préserve et se recouvre après avoir été déshabillé. Je le comprends. Benoît est un être fragile, compliqué qui se pose mille questions.
J’avoue, le tournage a été intense et compliqué car les scènes de sexe étaient compliquées, car Benoît est un acteur qui compose peu et doit se mettre dans l’état pour jouer. Qu’avez-vous appris à travers cette mise à nu d’un acteur ?
Je voulais faire un film qui interroge le mystère masculin, la sexualité masculine, la jouissance masculine. Et Benoît Poelvoorde en est l’incarnation parfaite. Quand on désire raconter quelque chose et qu’un acteur est profondément désiré par le metteur en scène, on arrive à réussir ce qu’on recherche. Ce n’est pas tant Benoît que j’ai mis à nu mais un homme. Poelvoorde était l’objet érotique de mon désir. Donc, il faut faire confiance à son désir.
Dans son roman, Régis Jauffret s’était mis dans la tête de la femme. Vous, vous optez pour une autre position. Pourquoi ?
Je ne voulais prendre parti pour personne. Je voulais interroger les dysfonctionnements de la nature humaine et les sublimer. D’où un film très esthétique. En tant que femme, je m’identifie au personnage de Lætitia Casta car c’est elle qui s’offre et questionne sa jouissance. Mais le vrai mystère, pour moi, c’est : qu’est-ce qui fait jouir un homme et jusqu’où va-t-on pour le faire jouir.
Dans l’univers macho du ciné, est-ce un film facile à monter ?
Non. Ce fut difficile financièrement au début. Mais c’est plus à la réception du film que le machisme se montre. Certains ont du mal à accepter ma vision car je suis une femme. De plus, le fait d’être actrice et de passer à la réalisation est mal perçu. On est sévèrement jugée.
Et vous touchez à un sujet hors norme dans une société qui aime formater…
Effectivement. Quand on vient titiller les zones d’ombre et les dysfonctionnements de la nature humaine, certains ne supportent pas. La dimension sexuelle de mon film dérange la moralité bien pensante. Mais j’ai fait ce film pour ça. Pour rendre hommage à l’irrévérence et l’extrême liberté de mes protagonistes.
En savez-vous un peu plus aujourd’hui sur la nature humaine grâce à ce film ?
Bien sûr. Avant tout sur moi-même mais aussi sur la noirceur de l’âme humaine, sa poésie. J’avais besoin d’assumer mes parts sombres et mes failles. Comme actrice, je fais du cinéma pour explorer mes multiples facettes. J’ai envie de réaliser des films pour supporter le réel.








