La fraude fiscale, même légale, n’est pas morale

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef
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Jérôme Cahuzac fait figure d’amateur avec ses 600.000 euros à Singapour. Ce que révèle le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Soir est le maillon belge, c’est l’ampleur et la puissance de ce monde parallèle du offshore, tant par sa dispersion géographique que par les montants brassés et qui échappent au monde « réel ».

Cet argent n’est pas un problème secondaire, à régler en marge de l’un ou l’autre conseil européen ou G8. Non, le poids économique de ces coffres-forts « planqués » à l’étranger – qui ne connaissent pas la crise –, et le pouvoir qui leur est associé, en font une puissance qui échappe aux démocraties, à leur fisc mais aussi à leurs politiques économiques, à leurs besoins de financement d’hôpitaux, d’écoles, d’infrastructures. Ces acteurs du offshore doivent être identifiés, taxés et sanctionnés lorsqu’ils opèrent de façon illégale. Mais il faut tout autant fustiger ceux qui estiment – ils sont nombreux, en Belgique aussi – que «  lorsque c’est légal, c’est moral  ».

Echapper au fisc, faire sortir ses avoirs vers l’étranger, c’est trahir son devoir de citoyen, c’est rompre le contrat moral passé qui prévoit que nous contribuions à la société dans laquelle on vit, on élève ses enfants, on vieillit et on meurt. Un juge de la Cour suprême des années 30, cité par Edwy Plenel, écrivait que «  les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée  ». Le président américain Roosevelt, confronté en 1937 à une crise économique sans précédent, s’était fâché en constatant que les gens fortunés s’acharnaient à ne pas payer leurs impôts : «  Nous sommes en droit d’attendre des gens haut placés, une moralité plus élevée que celle dévoilée par les déclarations (fiscales) de 1936.  » Cela vaut aujourd’hui, plus que jamais. Confrontés à une crise économique qui rappelle les années 30, nous sommes en droit, pour paraphraser Roosevelt, d’attendre des gens haut placés une moralité plus élevée que celle dévoilée par les listings révélés par le ICIJ. Que penser d’autre en découvrant ces 103 sociétés offshore, créées par des Grecs, alors que leur pays est exsangue ? C’est cela, la trahison d’une élite. Il faut cependant pointer l’hypocrisie de nombre de dirigeants. Un député européen le disait récemment : les pays européens ne souhaitent pas régler cette problématique, soucieux de préserver le paradis fiscal qu’ils sont pour d’autres. Les journalistes viennent de faire leur travail, aux politiques de faire le leur.

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46. Erasme dit le 06/04/2013, 20:05

Faire comme les socialistes, c'est mieux... On partage l'argent des autres, c'est mieux...

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45. Redna dit le 06/04/2013, 06:43

Si la fraude fiscale est "légale", c'est que ceux qui font les lois sont les copains des fraudeurs. De toute façon, on l'a vu avec la KB Lux, cela ne débouchera sur rien : dépassement du délai raisonnable, prescription ... les "gros" ont de bons avocats pour cela. Nos enfants sont les plus cons d'Europe, nos routes sont dignes des pistes africaines, et à chaque conclave on rogne sur nos soins de santé : mais tout va bien, n'est-ce pas Elio?

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44. keynes dit le 06/04/2013, 03:38

Le contrat social va dans les deux sens.. S'il est vrai que le citoyen doit payer l'impôt, il est tout aussi vrai que les représentants des citoyens doivent agir au mieux avec l'argent qui leur est confié. Or, en Belgique, la particratie fait fi de ce devoir et considère avant tout le produits des impôts et taxes comme étant leur escarcelle. Il n'y a plus de contrat social. Notre système parlementaire a été vicié à chaque niveau de pouvoir, la particratie domine là où la compétence devrait être, l'argent qu'on nous prend se perd dans les méandres d'institutions publiques et parapubliques et ce sans contrôle réel et sans sanction en cas d'abus. Le citoyen est lésé. Il veut défendre ses sous. Nous sommes revenus à l'époque des indulgences requalifiées de mandats. Il faut refaire une révolution et rendre le pouvoir au citoyen.

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43. pice dit le 05/04/2013, 22:38

Moralité ??? Je ne suis pas du tout accord avec la thèse ; on est et on doit rester libre de fiare avec son argent ce qu'on veut et surtout ne pas succomber au vouloir de gens et à une politique qui soutient les gens qui ne peuvent gagner de l'argent; le 'social' c'est pour les rêveurs ou pour les incapables, ou, encoe pire, pour les profiteurs.

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42. Tardis II dit le 05/04/2013, 22:25

Quel titre à la con... Je n'ai pas de compte off-shore, et je paye des impôts sans avoir jamais chômé ni travaillé au noir (sans critiquer les chômeurs, je suis conscient d'avoir de la chance, simplement pour dire que je ne vis pas "à la charge de l'état"), mais la pression fiscale est-elle morale, vis-à-vis de nous, pauvres ploucs? Les droits de succession, ce n'est pas du vol légalisé? Entre être solidaire et sentir la main qui racle le fond de la poche, il y a de la marge... Tant qu'il y a moyen de ne pas nourrir le coucou, et si les montages sont légaux, ceux qui ont les possibilités d'y recourir ont bien raison. Faut avoir un sens moral, mais la on touche à la colombophilie... Quel titre à la con.... Le filon famille royale est épuisé? Sud Presse a encore de la réserve pourtant...

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