Kim Jong-un, l’imprévisible
Comme ses ancêtres, Kim Jong-un puise dans le registre guerrier. Une stratégie à usage interne, estiment les spécialistes. Et pour obtenir des nouvelles aides internationales
L’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en décembre 2011, après la mort de Kim Jong-il, avait suscité quelques espoirs. Le jeune homme au visage poupon, qui a passé une partie de son enfance en Suisse, allait peut-être se révéler plus ouvert que son dictateur de père. La dernière provocation en date du successeur de la dynastie Kim aura certainement achevé de balayer les illusions sur un possible changement en Corée du Nord.
Dans une énième gesticulation, le dirigeant a annoncé vouloir frapper les Etats-Unis. «L’opération impitoyable» des forces nord-coréennes «a été définitivement examinée et ratifiée», déclarait l’armée jeudi, ajoutant qu’une guerre pourrait éclater «aujourd’hui ou demain».
Les attaques verbales au vitriol de Pyongyang, récurrentes, ne surprennent pas. Cette fois pourtant, elles atteignent un degré d’intensité encore inégalé. «La Corée du Nord a démontré qu’elle maîtrise de nouvelles capacités balistiques et nucléaires et affirme qu’elle continuera à les développer», souligne la chercheuse Valérie Niquet, de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Depuis que le régime a procédé à son troisième essai nucléaire le 12 février, Kim Jong-un se surpasse dans les invectives. A tel point que les Etats-Unis ont décidé d’accélérer le déploiement d’un système de défense antimissile autour de l’île de Guam, par mesure de prévention.
La rhétorique guerrière du régime nord-coréen répond d’abord à la nécessité pour le jeune dirigeant de se poser en chef incontesté devant son armée. «Le régime se nourrit de sa propre propagande en construisant des images de guerre qui s’adressent à l’élite au pouvoir. Sa mise en scène délirante ne signifie pas qu’il est fou. Il sait qu’une attaque sérieuse signifierait sa fin», estime Valérie Niquet. Par le biais de la surenchère, le chef d’Etat met aussi à l’épreuve la nouvelle présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, intronisée le 25 février.
Si les spécialistes s’accordent pour dire que Kim Jong-un n’a pas les moyens de mettre ses menaces de guerre à exécution, ils n’excluent pas la probabilité d’un incident. En 2010, après des semaines de menaces verbales, Pyongyang torpillait une corvette sud-coréenne au large de ses côtes, tuant 46 marins. Peu après, une unité d’artillerie avait bombardé l’île de Yeonpyeong, faisant quatre morts. Des sources militaires citées par des médias chinois et sud-coréens avancent que le Nord pourrait cette fois tirer un missile le 15 avril, date anniversaire de la naissance du fondateur du régime nord-coréen, Kim Il-sung.
«Le passage en Suisse de Kim Jong-un n’a pas l’air de l’avoir mis sur la voie de la neutralisation», ironise la spécialiste Valérie Niquet. Selon elle, la vision du monde du régime n’a pas changé: Il se considère comme dans un pays isolé et entouré d’ennemis et pense qu’il doit se doter de l’arme nucléaire pour assurer sa survie.
Après avoir annoncé le redémarrage du réacteur nucléaire de Yongbyon, arrêté depuis 2007, le chef de la dictature communiste a déclaré vouloir développer «de manière simultanée» les forces économiques et atomiques du pays pour faire face aux «menaces impérialistes». «Le régime emploie les vieilles ficelles du danger extérieur pour renforcer son assise, affirme un spécialiste sud-coréen. En parallèle, il agite la possibilité d’une guerre pour détourner l’attention de la communauté internationale sur les violations dont il se rend coupable. Il cherche la reprise du dialogue dans l’espoir d’obtenir de nouvelles aides internationales. Le cycle dure depuis longtemps: d’abord les menaces, puis le retour au dialogue et l’aide. La différence, c’est que Kim Jong-il maîtrisait les règles du jeu et ses limites, tandis que son fils, lui, ne les connaît pas.»
Grande connaisseuse de la Corée du Nord, Katharina Zellweger affirme pourtant que quelque chose a changé depuis l’arrivée au pouvoir du jeune Kim. Cette Suissesse a représenté la coopération suisse à Pyongyang pendant cinq ans. Devenue chercheuse à la Stanford University, en Californie, elle est retournée dans le pays en octobre 2012 après l’avoir quitté plus d’un an auparavant. «L’atmosphère était plus détendue. Les femmes portaient des vêtements modernes. J’ai aperçu plus de monde avec des téléphones, et les relations avec mes collègues nord-coréens se déroulaient mieux que par le passé.» Même si cette stratégie s’est révélée inefficace, l’ancienne travailleuse humanitaire est convaincue qu’il est temps de remplacer la rhétorique de guerre par le dialogue avec le régime nord-coréen.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Qu'y a-t-il fait en Suisse ? Certainement pas seul mais encadré Quel est son niveau d'intelligence ? Qu' a-t-il fait comme étude ? On peut être l'élu dynastique et être un parfait crétin.
"Le passage en Suisse de Kim Jong" ...., mais pas ses généraux ... ; il doit agir ainsi, si non, c'est un coup d'état par ses généraux qui ne veulent pas perdre leur pouvoir sur la population. C'est à la Russie et à la Chine de continuer à lui montrer qu'il n'y a plus de menace et qu'il faut dialoguer...
Coup de bleuf Imaginons... Pourquoi ne pas imaginer que cette situation soit préméditée? La Corée du Nord n'aurait-elle pas tout intérêt à se sortir de sa situation chaotique? Son nouveau chef d
Ce type a une bonne place à vie , en principe. IL veut assurer sa descendance future. Idem pour ses généraux et officiers. Qui songerait à faire un coup d'état ?




Espérons qu'on n'a pas là un nouvel Hitler! C'est sans doute devenu impossible avec toutes les armes nucléaires qui existent sur la planète, mais on est parfois tellement étonnés!