Plaçons les offshores off limits
Avec les stères de langue de bois dont les experts fiscaux nous assomment depuis jeudi, nous aurons de quoi nous chauffer pour l’hiver. Même plus besoin d’aller flamber notre argent à Labuan pour connaître les grandes chaleurs. Les offshores sont a priori légales ? Belle affaire, mais à quoi servent-elles en vérité ? Elles servent trop souvent de prête-nom à des dépôts bancaires non déclarés qui, eux, sont illégaux.
Faisant semblant de ne pas comprendre où se situe le problème, certains hurlent à l’inquisition fiscale, au retour des bûchers – que nous pourrions aisément constituer – j’y pense – avec leur seule langue de bois. D’autres leur emboîtent alors le pas : « Si notre offshore en particulier est légale, pourquoi la mentionnez-vous ? Nous ressentons là une insoutenable immixtion dans notre vie privée… »
C’est à mourir de rire. Rappelons le sacro-saint principe de la publication obligatoire des actes et bilans de toute société ou association, seule manière d’être certain de toujours savoir ce que dissimule une raison sociale. Vous ne pouvez pas ouvrir la moindre friture coopérative sans que le monde entier sache – au cent près – combien vous avez investi dans ce fritkot et quel est votre stock courant de pickels. Quand quelqu’un participe à la création d’une société à l’autre bout du monde, il nous semble naturel que les mêmes informations circulent en toute transparence et remontent jusqu’en Belgique. Du reste, ce sont ces mêmes publications légales qui, en cas de faillite, permettent d’opposer une banqueroute à des tiers. Ce dont les riches ont bien profité depuis le début de la crise, soit dit en passant…
Que des investisseurs ressentent cette transparence comme une « insoutenable violation de leur vie privée » ne fait que confirmer une évidence : ils ne regardent pas l’offshore comme une entreprise, mais comme un simple investissement discret. Et là nous sommes tous d’accord : une offshore, ce n’est en somme qu’une somme, un butin, un compte courant à ce point en jambes qu’il a gagné les antipodes.
Arrêtons de tourner autour du pot : il n’y a aucune honte à être riche, aucune. Par contre, il est honteux de se revendiquer d’une nation, d’utiliser son passeport et ses attachés commerciaux lorsqu’on refuse d’acquitter la cotisation due pour appartenir à ce club très select qu’est la Belgique.
Et cette cotisation n’est rien d‘autre que l’impôt, base de la solidarité. A ceux qui en rient, qu’ils testent la démocratie de Singapour.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Bon édito! Le problème n'est pas de savoir si c'est légal, mais de savoir si c'est moral. La loi n'est jamais qu'un texte, et les textes sont faits pour être changés. Il faut instaurer la taxation différentielle maintenant !
Le principal problème est l'abus de langage commis par une bonne partie de la presse. On nous a dit (et écrit) qu'il s'agissait de "fraudeurs". Or, la fraude est un délit qui doit être établi. La presse n'a pas fait ce travail, et ce n'est d'ailleurs pas son rôle. Il y a une administration fiscale et une justice pour ce faire. Avant de condamner, messieurs les journalistes, attendez donc qu'il y ait une instruction, et un jugement. Présomption d'innocence, ca vous dit encore quelque chose ?








@patrix, on sent quand même fort que ces "combines" ne sont destinées qu'à DISSIMULER ou CAMOUFLER... à une époque où on "prétend" à la totale transparence... (pour les autres évidemment)... MAIS LA DISSIMULATION EST LE PRINCIPE DE BASE DU COMMERCE... ET DE LA FINANCE. Sinon, il faudrait dire au client la marge que prend le commerçant, les crises financières (qui se succèdent depuis des siècles) ne seraient plus possible, les mentions en tout petits caractères des contrats n'existeraient plus etc etc etc !