Exercice de mémoire

Mathieu Colinet
Mis en ligne

MARCHIENNE-AU-PONT Présence et Action culturelles (PAC) a monté à Marchienne-au-Pont «Empreintes», une exposition sur la sidérurgie. Photos et objets réunis par les travailleurs du secteur eux-mêmes s’y côtoient harmonieusement.Un des objectifs : initier une mémoire d’un secteur en perdition.

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L’exposition rassemble les premiers éléments d'une mémoire de l'activité sidérurgique à Charleroi.
    L’exposition rassemble les premiers éléments d'une mémoire de l'activité sidérurgique à Charleroi.

On aimerait se fondre dans le cliché. Ils y sont quatre, en bleus de travail sales, mais ils sourient à se déchirer la commissure des lèvres comme si l’intrusion du photographe dans leur univers infernal et sa remontée jusqu’à eux les honoraient. A les voir, on parierait que ceux-là sont copains et que leur amitié s’est forgée comme les brames qu’ils produisent sur les planchers d’une usine sidérurgique.

«Empreintes», voilà une exposition qui dit bien son nom et qui ne manque pas l’objectif que se sont fixé les deux animateurs de Présence et Action Culturelles (PAC) – Charleroi, Margaux Joachim et Denis Dargent lorsqu’ils ont voulu la monter: rassembler les premiers éléments d’une mémoire de l’activité sidérurgique à Charleroi, où elle est née il y a si longtemps pour se confondre en certains quartiers avec la ville. Pour ce faire, ils ont lancé un appel à contribution. Plusieurs anciens travailleurs du secteur y ont répondu favorablement et ont livré ce qu’ils avaient gardé de plusieurs décennies de carrière.

Pour certains, ce fut un casque marqué des signatures de toute une équipe au moment du départ à la pension. Pour d’autres, ce furent des brochures d’entreprises patiemment collectées au fil des mouvements de concentration opérés dans le secteur. Ou encore des fiches de paie, établies tous les quinze jours, qui indiquent par exemple qu’en 1978, une autre crise frappait et imposait déjà du chômage économique dans les unités de production.

De nombreuses photos sont accrochées aux cloisons qui parcourent l’exposition. Elles alignent les visages des ouvriers sidérurgistes, parfois en colère, et les visions fantasmagoriques qui jouent de l’ardeur de la fonte, des dimensions tentaculaires des outils et des fumées cotonneuses. Sur l’une d’elles, un travailleur de Carsid a collé son oreille contre le sol pour vérifier on ne sait trop quoi dans la marche du processus de production. Sur une autre, un fondeur manie une louche dans un décor où l’on aurait bien vu évoluer le volcanologue Haroun Tazieff. Le tout rappelle ce mélange de fascination et de peur qu’ont éprouvé des générations de petits Carolos en approchant de la Providence et de sa longue barrière d’usines tonnantes et fumantes.

«Cette exposition est le premier pas vers autre chose, explique Denis Dargent. A l’avenir, nous espérons pouvoir par exemple collecter des témoignages oraux auprès de travailleurs. Alors que la sidérurgie s’éclipse, avec la fermeture à Charleroi du dernier haut-fourneau, celui de Carsid, il y a un an, il est temps également de lancer une réflexion sur le devenir des outils. Va-t-on raser ceux qui ont fermé ou va-t-on en conserver quelques-uns ? L’exemple de la Rhur, qui a reconverti certaines anciennes usines en lieux de culture, a souvent été cité à Charleroi. Il faut à présent, si c’est ce que l’on veut, concrétiser cette ambition.»

 

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Empreintes» jusqu’au 27 avril au Rockerill à Marchienne-au-Pont