Exercice de mémoire
MARCHIENNE-AU-PONT Présence et Action culturelles (PAC) a monté à Marchienne-au-Pont «Empreintes», une exposition sur la sidérurgie. Photos et objets réunis par les travailleurs du secteur eux-mêmes s’y côtoient harmonieusement.Un des objectifs : initier une mémoire d’un secteur en perdition.
On aimerait se fondre dans le cliché. Ils y sont quatre, en bleus de travail sales, mais ils sourient à se déchirer la commissure des lèvres comme si l’intrusion du photographe dans leur univers infernal et sa remontée jusqu’à eux les honoraient. A les voir, on parierait que ceux-là sont copains et que leur amitié s’est forgée comme les brames qu’ils produisent sur les planchers d’une usine sidérurgique.
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Pour certains, ce fut un casque marqué des signatures de toute une équipe au moment du départ à la pension. Pour d’autres, ce furent des brochures d’entreprises patiemment collectées au fil des mouvements de concentration opérés dans le secteur. Ou encore des fiches de paie, établies tous les quinze jours, qui indiquent par exemple qu’en 1978, une autre crise frappait et imposait déjà du chômage économique dans les unités de production.
De nombreuses photos sont accrochées aux cloisons qui parcourent l’exposition. Elles alignent les visages des ouvriers sidérurgistes, parfois en colère, et les visions fantasmagoriques qui jouent de l’ardeur de la fonte, des dimensions tentaculaires des outils et des fumées cotonneuses. Sur l’une d’elles, un travailleur de Carsid a collé son oreille contre le sol pour vérifier on ne sait trop quoi dans la marche du processus de production. Sur une autre, un fondeur manie une louche dans un décor où l’on aurait bien vu évoluer le volcanologue Haroun Tazieff. Le tout rappelle ce mélange de fascination et de peur qu’ont éprouvé des générations de petits Carolos en approchant de la Providence et de sa longue barrière d’usines tonnantes et fumantes.
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