« Blancanieves », un très grand moment de cinéma

Nicolas Crousse
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Prenez un célèbre conte des frères Grimm. Plongez-le dans l’univers espagnol des corridas et des flamencos. Faites-en un film muet. Vous tenez un petit chef-d’oeuvre ! Entretien avec le réalisateur Pablo Berger.

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Il prend son temps, Pablo Berger. A cinquante ans, il a jusqu’ici plus souvent fait le pari de la vie que celui du cinéma. Où, pourtant, il excelle. Après un court-métrage en 1988 et un premier long en 2003, le voici qui nous donne, avec «  Blancanieves«  , la plus magistrale des justifications à l’attente : son film est une merveille !

Pourquoi avoir attendu dix ans pour donner un successeur à « Torremolinos 73 » ?

Bonne question. « Torremolinos 73 » avait bénéficié d’un excellent accueil public et critique. Il avait été distribué aux quatre coins du monde. Il y a même eu un remake du film en Chine. Je me sentais le roi du monde. Et j’ai cru pouvoir bénéficier de ce succès pour attaquer « Blancanieves« , que j’ai commencé à écrire en 2005. Le scénario précisait d’emblée : ceci est un film muet, noir et blanc, soutenu du début à la fin par une musique. Lorsque les producteurs ont lu cet avertissement, ils n’ont pas eu envie de lire la suite. Pour eux, j’étais devenu fou. Les rares producteurs qui ont lu la suite se sont vite rendu compte que le film contenait des parties de corrida, et que le film serait donc extrêmement cher à financer. De sorte que cela m’a pris deux ans pour trouver, enfin, un producteur, qui m’a dit la phrase magique : « C’est le meilleur scénario que j’ai lu dans ma vie. »

Pourquoi teniez-vous d’emblée à un film muet et en noir et blanc ?

Au milieu des années 80, alors que j’étais un teenager, j’ai reçu une très grande claque en voyant un jour « Les Rapaces », d’Erich von Stroheim, soutenu par un grand orchestre, au festival de San Sebastian. Cela a changé mon approche du cinéma. Et dès cet instant, j’étais converti au cinéma muet, qui est devenu chez moi une obsession. J’ai compris que la chose la plus importante au cinéma était pour moi de raconter une histoire. Plus tard, j’ai reçu un second grand choc, tout aussi décisif je le pense, en lisant en 1990 un livre de Cristina Garcia Rodero, « Espagne occulte ». Un livre de photos en noir et blanc prises au travers de villages et de fêtes espagnoles. Des photos prises dans les années 70 et 80, mais qui avaient un côté très années 20. Nombreuses de ces photos, prises dans des arènes, ont été si inspirantes que je me suis dit un jour : « Et si Blanche-Neige apparaissait au milieu de ces photos ? » Ma passion pour le cinéma muet, ces photos de corrida, mais aussi mon amour inconsidéré pour le film « Freaks« , de Tod Browning, tout cela a nourri la paella, si je puis dire, de ma Blancanieves.

Votre Blanche-Neige ressemble autant à un portrait de l’Espagne qu’à une variation sur le conte des frères Grimm.

Je vis hors de l’Espagne depuis plus de dix ans, à New York. Ma femme est japonaise. Et pourtant, c’est vrai, tous mes films partent d’une certaine manière d’icônes et de stéréotypes profondément espagnols. « Blancanieves«  plante son décor dans la corrida et le flamenco… or moi, je suis basque, de Bilbao. La première fois que j’ai découvert l’Andalousie et Séville, j’avais dix-huit ans. Et j’étais fasciné. Les Américains ont le western et le jazz. Nous avons, ancrés au fond de nos traditions, la corrida et le flamenco.

Pourquoi Blanche-Neige vous intéresse-t-elle ?

Je suis nourri par la puissance des images. Le père de Blanche-Neige est à l’origine un roi. Mais en Espagne, ce serait davantage un grand torero, me suis-je dit. Et la reine serait une chanteuse de flamenco. Blanche-Neige n’est pas née de l’imagination des frères Grimm. Elle vient de beaucoup plus loin, et sans doute de traditions orales venant du seizième ou du dix-septième siècle. Je ne me suis donc pas senti dans la nécessité de respecter à tout prix les auteurs. Je me sentais davantage dans la peau d’un musicien de jazz, qui improvise sur un thème. Les contes sont fascinants parce qu’ils passent le test du temps. Si on les raconte encore aujourd’hui, c’est parce qu’ils continuent de nous parler de nos vies.

« Torremolinos 73 », comédie souvent burlesque dans les coulisses de la pornographie naissante, et « Blancanieves », semblent totalement différents, sur papier. Le sont-ils vraiment ?

Ce sont mes deux enfants. Je les aime comme tels. Et je leur donne tout mon cœur. S’ils partagent un même ADN, c’est celui de l’émotion, qui est pour moi l’essence du cinéma. Un film doit dans mon idéal être ressenti, plus que réfléchi. Mes deux films sont très visuels. Ils ont de l’humour. Ce sont des machines à voyager dans le temps, puisque se déroulant le premier dans le début des années 70, l’autre dans les années 20. Et ils reposent sur l’idée de surprise, de coup de théâtre.

« Blancanieves » est un conte sur la perte de l’innocence ?

Certainement. Et je pense ici à ce moment grave lorsque la petite arrive dans l’immense demeure tenue par sa belle-mère.

Blancanieves me fait penser à une petite sœur de la Gelsomina créée par Fellini dans « La Strada »…

Je suis touché droit au cœur. Fellini vit très profondément en moi. Si on devait me demander de citer trois cinéastes, il serait l’un des trois. Berlanga, qui est le Dieu des cinéastes espagnols, en serait un autre. Et Billy Wilder serait le troisième. Mais Giuletta Masina, Anthony Quinn et l’émotion qui se dégage de ce poème visuel qu’est « La Strada«  me font penser que je suis à leurs côtés un débutant.

« Torremolinos 73 » disait par la satire que pour être artiste et cinéaste aujourd’hui, il faut l’âme d’un Bergman et le pragmatisme d’un businessman de film porno. C’est toujours votre conviction ?

Quand on est jeune cinéaste, que l’on débute, qu’on a une famille, on se demande : qu’est-ce qui est le plus important, la vie ou le cinéma ? A l’époque, j’aurais dit le cinéma. Aujourd’hui, je dirais la vie. Et du coup, je n’ai pas de projet particulier… même si j’ai l’un ou l’autre scénario que je laisse reposer. J’ai fait mes deux films chaque fois en pensant que ce serait les derniers. Si cela me prend dix ans pour faire un autre film, je suis prêt.

Vos réactions

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5. Thierry D. dit le 27/04/2013, 22:19

Blancanieves ? Un film à fuir. Juste un mot pour me défouler. Je suis allé voir, hélas, "Blancanieves", et j'ai eu bien tort. J'aime trop le cinéma et l'Espagne pour ne pas avoir envie de me jeter dans le canal. Film incompréhensiblement encensé par une critique en mal d'espagnolades; fadasse et lisse, et sans une once de profondeur. Tout est attendu, filmé sans style. Les acteurs jouent

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4. Thierry D. dit le 27/04/2013, 21:49

Blancanieves ? Un film à fuir. Juste un mot pour me défouler. Je suis allé voir, hélas, "Blancanieves", et j'ai eu bien tort. J'aime trop le cinéma et l'Espagne pour ne pas avoir envie de me jeter dans le canal. Film incompréhensiblement encensé par une critique en mal d'espagnolades; fadasse et lisse, et sans une once de profondeur. Tout est attendu, filmé sans style. Les acteurs jouent

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3. Thierry D. dit le 27/04/2013, 21:49

Blancanieves ? Un film à fuir. Juste un mot pour me défouler. Je suis allé voir, hélas, "Blancanieves", et j'ai eu bien tort. J'aime trop le cinéma et l'Espagne pour ne pas avoir envie de me jeter dans le canal. Film incompréhensiblement encensé par une critique en mal d'espagnolades; fadasse et lisse, et sans une once de profondeur. Tout est attendu, filmé sans style. Les acteurs jouent

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2. palladian dit le 11/04/2013, 08:40

1h44 de bonheur. Rien de tel que le cinéma muet en noir et blanc pour rendre une intensité andalouse, ses couleurs, ses odeurs et ses bruits. A recommander.

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1. Mundele dit le 10/04/2013, 09:21

Une MERVEILLE.... courrez-y tous, vous ne le regretterez pas.

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Osez la rencontre !