La pénurie de profils numériques, syndrome d’époque
Le secteur des TIC est en manque de candidats spécialisés. Les changements passés et à venir nécessitent un nouveau savoir-faire. La bonne nouvelle : le secteur est en croissance.
Les meilleures opportunités de croissance se situent dans le secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), or, cette croissance est limitée par la pénurie de talents. C’est le constat de Geert Vaerenberg, directeur d’Experis BeLux, la jeune branche spécialisée en profils IT de ManpowerGroup.
Difficile de lui donner tort. Le secteur européen des TIC a effectivement continué de croître malgré la crise économique. Mais si le nombre de travailleurs de ce secteur augmente depuis 2005, le nombre de diplômés dans le domaine diminue depuis plusieurs années. En clair, cela signifie que l'Europe ne produit pas assez de travailleurs qualifiés pour occuper les emplois toujours plus nombreux créés dans ce secteur. Selon la Commission, cette pénurie devrait aboutir à quelque 700.000 emplois informatiques non pourvus d'ici à 2015. Le secteur des TIC représente 5 % du PIB européen et une valeur commerciale annuelle de 660 milliards d'euros.
« Les innovations technologiques mettent à terre les modèles de production ou de management traditionnels, en bouleversant l’équilibre entre l’offre et la demande de talents. Le besoin de nouvelles compétences augmente, alors que des postes de travail classiques sont supprimés et que les talents disponibles dans l’entreprise se font rares et plus chers » explique Geert Vaerenberg. Un avis que partage la Commission européenne dont le « Panorama des compétences » rapporte qu’en Belgique, 71 % des entreprises du secteur des TIC connaîtraient de sérieuses difficultés à pourvoir les postes vacants et conserver les talents.
Par ailleurs, l’évolution rapide des technologies et de leurs usages amène de nouveaux besoins en profils numériques compréhensifs des dernières tendances en matière de marketing et de communication. « Plutôt que de s’adresser à des agences classiques de communication, la plupart des entreprises disposant d’un site web ont tout intérêt à recruter un Internet Manager maîtrisant le marketing interactif et capable de les aider à développer leur business internet sur le long terme et de manière suivie » constate William Vande Wiele, patron de Sending My CV. Pour justifier ces chiffres, la plateforme de recrutement en ligne revendique une base de données de 11 millions d’employeurs en Europe, dont 500.000 en Belgique.
Or, ces nouveaux profils requièrent des formations idoines, trop peu courues encore. « Il y a pénurie des talents mais également des formations. L’iPad n’a pas trois ans qu’il concentre déjà une grosse partie des efforts des entreprises pour se rapprocher de leurs clients. Ce genre d’outils nécessitent de nouvelles compétences qui sortent du cadre très strict de l’informatique pure. Aujourd’hui, on demande aux candidats de maîtriser des compétences techniques, commerciales et sociales. Or, les formations de ce type sont encore bien trop rares. » insiste Geert Vaerenberg.
Toutefois, même quand elles existent, ces filières spécialisées ne rassemblent pas les foules pour autant. En Wallonie par exemple, moins de 30% des professionnels du web ont emprunté une telle filière. Dès lors, les compétences s’acquièrent le plus souvent par auto-apprentissage.
Si l’offre baisse, la demande croît
Pourtant, en Europe, les effectifs du secteur ont augmenté de 29 % avec 3 millions d’Européens actifs dans les TIC aujourd’hui. En Belgique, le récent Baromètre du SPF Économie constate effectivement la bonne santé du secteur. Hormis les activités ayant trait à la fabrication, à la distribution et à la réparation des équipements informatiques, le nombre d’entreprises dans le secteur a grimpé de 14 % de 2008 à 2011, passant de 26.875 à 30.771. Soit une croissance exceptionnelle compte tenu des ravages de la crise sur les constitutions d’entreprises tous secteurs confondus. Mieux, dans ces secteurs visés de l’édition de logiciels, des télécommunications, de la programmation, du conseil, du traitement de données, de l’hébergement et des activités connexes, le secteur affiche 3,4 % de croissance de 2008 à 2011.
En Wallonie, les perspectives d’emploi dans le secteur du web confirment la tendance. Selon l’Agence wallonne des Télécommunications (AWT), 61 % des entreprises à haute valeur ajoutée affirment vouloir embaucher dans ce secteur dans les deux ans à venir, pour seulement 7 % qui craignent de devoir licencier du personnel avant fin 2013. En ce qui concerne les petites entreprises, la propension à embaucher est moins forte, « seulement » 26 % voudront engager avant la fin de l’année.
OLIVIER CROUGHS ET FABRIZIO CATAPANO (st.)



