Le webdocu «Fini de rire» dénonce les menaces sur les dessinateurs de presse
« Fini de rire », un documentaire du belge Olivier Malvoisin, dénonce les menaces qui pèsent sur les dessinateurs de presse. Il est diffusé ce 7 mai sur Arte et le webdocu est à voir sur lesoir.be
Entretien
Fini de rire. Les documentaires d’Olivier Malvoisin montrent en effet que la caricature, l’impertinence, l’audace que peuvent avoir les dessins de presse sont en danger. Soit on fait taire leurs auteurs, directement. Soit on les assaille de pressions, pour qu’ils lissent leurs propos. Tout a commencé avec les caricatures de Mahomet. Une série de douze dessins parus dans le journal danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005 et reprises dans plusieurs journaux de par le monde. Ces dessins ont provoqué l’indignation de communautés musulmanes, qui ont manifesté, parfois violemment, contre cette publication. Cette question de la liberté d’expression a titillé Olivier Malvoisin, 36 ans aujourd’hui, économiste de formation et réalisateur de documentaires.
C’est cette affaire des caricatures de Mahomet qui a nourri votre réflexion et mené au documentaire
Le dessin de presse est idoine pour parler de liberté d’expression, parce qu’il a un contenu fort et qu’il est sans texte. Mais cette affaire a montré, ce qu’on ne pensait plus possible, qu’on pouvait encore lancer des menaces de mort à des journalistes. Ça m’a donné envie d’aller voir les dessinateurs, de connaître leurs difficultés, d’apprécier les enjeux des nouvelles technologies. D’autant que, comme le dit Plantu, le dessinateur du
Pourquoi ?
Le travail des bons dessinateurs, c’est une manière de faire passer des idées en jouant avec les limites, du journal, de la société, de la bien-pensance. Si un dessin, fait débat, c’est qu’il a touché juste, c’est qu’il a transformé un non-dit en débat.
La liberté d’expression est-elle entamée aujourd’hui ?
Il y a toujours eu des formes de censure, mais les enjeux se déplacent en fonction de la culture, de la géographie, de la technologie. Il n’y a plus de censure étatique chez nous, mais il y en a ailleurs, évidemment. Chez nous, la censure souffre d’une forme de privatisation. Elle est soufflée par les partenaires économiques, par les groupes de pression, par le public lui-même… Tout cela entraîne souvent beaucoup plus d’obéissance, beaucoup plus de lissage. Et puis tous les dessinateurs n’ont pas la chance d’être salarié ou quasi par un journal , comme Kroll ou Plantu: la plupart doivent se battre pour voir leur dessin publié, et le dessinateur indépendant a davantage tendance à faire le dessin que le journal attend.
Le lissage dont vous parlez, il est présent partout ?
Il ne faut pas ternir le tableau. Il en est toujours qui ruent dans les brancards, comme Kroll au
Dans certains pays, pas question de lissage mais de censure.
En Iran, c’est le contrôle de la technologie. Le gouvernement est propriétaire des canaux de diffusion : il les bloque. En Chine, on contrôle la parole. En Tunisie, en Egypte, chaque fois qu’il y a un problème, on bloque Facebook. On essaie aussi de faire passer des lois antiblasphème, mais c’est flou. Comme dit la dessinatrice tunisienne Willis, est-ce qu’une barbe, c’est du sacré
Ces dessinateurs montrent donc un vrai courage.
Un type comme Kianoush, le dessinateur iranien, aurait pu se contenter de faire du graphisme plutôt que du dessin de presse. Mais il s’est dit qu’il n’aurait plus osé se regarder s’il ne continuait pas et a choisi l’exil en France. Willis la tunisienne reçoit des menaces de mort sur son Facebook. Mais elle a fait le choix de continuer. Et de témoigner sur mon documentaire à visage découvert. Je serai davantage protégée, dit-elle, en me montrant. Ali Ferzat a eu les mains brisées en Syrie, il vit maintenant au Koweit. En Cisjordanie, un dessinateur s’est fait arrêter. En Egypte, un présentateur télé s’est fait arrêter 24 heures. C’est ça, les modalités de pression diffuses : on essaie d’installer la peur. L’époque est à la trouille. On alimente cette impression pour que les gens se tiennent à carreau.
Pourquoi un webdoc en plus d’un film ?
Le webdoc et le film sont indépendants et complémentaires. Le film a un propos linéaire : il tente de raconter une histoire. Le webdoc, un outil formidable, multiplie les entrées
JEAN-CLAUDE VANTROYEN
Fini de rire, le doc de 52 minutes. Produit par MDW Productions, coproduit par Plexus Production, en partenariat avec Arte, la RTBF et le Tax Shelter. Sur la RTBF, le mercredi 24 avril à 22 h 55, sur Arte le mardi 7 mai à 22 h 35.
Fini de rire, le webdoc. Produit par Plexus Production, coproduit par MDW Productions, en partenariat avec Arte. Dès ce mardi, à l’adresse http://webdocus.lesoir.be/fini-de-rire








