A Milan, les designers repensent les bureaux de demain
Des intérieurs pour travailler et des bureaux pour vivre. À Milan, la Design Week est l’occasion de sonder l’évolution des pratiques à travers du mobilier, des luminaires et des installations interactives où artisanat et technologie se retrouvent plus que jamais soudés.
Paru dans Victoire le 13/04/2013
Vivre demain. Le thème hante les salons de design, comme l’a notamment illustré le dernier Interieur à Courtrai ou, aujourd’hui, Milan : Intérieurs de demain. Plus que jamais en ces temps de crise, le marché se soucie d’anticiper le futur. De coller au mieux à des besoins mouvants, au rythme de la société. À des demandes adaptées aux individus, qui tendent de plus en plus vers le bien-être et la durabilité. Jusque dans les espaces exigus.
La Milan Design Week 2013 se focalise en partie sur la bulle privée-professionnelle, sur des espaces où il fait bon vivre et travailler à la fois, du beau mobilier multifonctionnel, mais aussi des bureaux à vivre, sortes de prolongement du chez-soi qui tranchent clairement avec les standards aseptisés (tours de bureaux impersonnels…) du genre.
Formes libres
L’intérêt des designers contemporains pour le mobilier de bureau n’est pas neuf et coïncide avec les débuts de l’ère digitale. Dès 2002, le bureau Joyn des frères Bouroullec est édité chez Vitra, suivi de la chaise Worknest, cinq ans plus tard. Flexible, doté d’une structure mobile et modulaire, Joyn devait créer, dans la proximité, du calme pour la concentration ou la détente. Et de mêler espaces ouverts et cloisonnés.
Depuis, la créativité et la fantaisie se fondent dans la fonctionnalité. Parmi les références du genre, Rewrite, du duo dano-italien GamFratesi a été conçu pour une exposition à Copenhague en 2009 puis édité par Ligne Roset. Dessiné comme une bulle rassurante, ce bureau de réécriture est recouvert de matériaux naturels insonorisants (laine et noyer), qui aident à la concentration. Fixé sous la table, un coffre en métal laqué dissimule transformateurs et câbles électriques.
De son côté, le Goggle Desk de Dany Venlet se veut l ’interprétation nouvelle et innovante de la fonction présidentielle. Par des formes arrondies, des tailles imposantes et une sélection pointue de finitions et de matériaux. Le produit existe en versions vernie ou mate, colorée ou non. Classe et ludique.
Tout comme la K Workstation de Misosoup Design, qui s’inspire de l’art du pliage pour créer une forme incurvée, et intègre étagères et espace bureau au sein d’une unité de travail. K est fabriquée en bambou contreplaqué stratifié, recyclable et peut être configurée de multiples manières.
Nouveaux espaces
À Milan, la thématique professionnelle est notamment explorée au sein du Saloni Internazionale del Mobile à travers deux biennales à l’honneur : SaloneUfficio et Euroluce.
La première expose les dernières tendances en mobilier de bureau et des solutions destinées aux banques, aux compagnies d’assurances, aux bureaux de poste, aux espaces publics et communautaires. Acoustique, murs, revêtements de sol, mobilier, éclairage, technologies de communication… font l’objet de recherches poussées. La notion de plaisir dans les lieux de travail est encore soulignée dans l’installation de Jean Nouvel Project : Office For Living. Soit, sur 1600 m2, six pavillons et autant de scénarios qui illustrent sa vision de l’espace de labeur.
L’éclairage constituant un autre facteur-clé de l’environnement de travail, Euroluce se concentre cette fois sur les univers industriel, hospitalier, théâtral et la rue. L’accent est porté sur la durabilité, l’économie d’énergie, la lutte contre la pollution (néons commerciaux…).
Artisanat de pointe
Autre initiative de premier plan, SaloneSatellite, terrain d’expression des jeunes designers (- de 35 ans), dont la seizième édition a pour thème Artisanat et design : ensemble pour l’industrie, ref létant une pratique croissante dans le milieu ces dernières années : la collaboration active entre designers, artisans et fabricants. Dans un souci d’intégrer la tradition de l’artisanat à la technologie industrielle contemporaine et à ses potentialités infinies.
Dix-sept écoles internationales de design sont représentées au sein de cette vibrante section, sélectionnées par un jury de personnalités du design italien, parmi lesquelles l’École nationale supérieure des Arts décoratifs (France), Politecnico di Milano (Italie), Tallin University of Technology (Estonie), Beijing University of Technology – College of Art & Design (Chine), Universidad del Desarollo (Chili)…
Processus expérimental
À Milan toujours, dans la zone industrielle du nord-est, Lambrate, l’événement off Ventura Lambrate, lancé en 2010 par le duo néerlandais Organisation in Design, poursuit la voie expérimentale. Parmi les nouveaux lieux investis, une imprimerie – encore partiellement en activité – où se déploie Ventura at Work, explorant le monde du travail, non pas en termes d’aménagement d’espaces ou de mobilier mais, à l’instar du SaloneSatellite, en lien avec les thèmes productionprocessus- transformation, liés au design et à des recherches scientifiques et technologiques.
Divers labels européens sélectionnés y regroupent leur savoir-faire le temps du Salone. Le jeune collectif interdisciplinaire Sundayworks, basé à Londres, présente des pièces de mobilier contemporain et des installations interactives qui questionnent la perception et la conception du design. Leur projet Pack ! (Emballez !), par exemple, est un ensemble de composants modulaires textiles, assemblés pour créer des sacs, mais aussi des sièges et éléments de rangement nomades. Ils sont conçus selon des techniques de fabrication low-tech et rapides : le tissage et le pliage.
De son côté, dans une exposition-labyrinthe, dont l’architecture évoque différents processus de fabrication, DMY Berlin présente les derniers travaux de designers berlinois cutting-edge. Branka Blasius Bureau, Coordination, Joa Herrenknecht, Rauber Henning, Shapes in play, Super Equipe… Tandis que la plate-forme Danish Crafts présente la sixième édition de Mindcraft à Milan. Des oeuvres à haute valeur artistique et philosophique. Telles les tapisseries murales Rush Hour (Heure de pointe) de Grethe Sorensen, traduction en fils de pixels de photographies de lumières entre Shanghai et New York, qui illustrent encore la complémentarité artisanat-technologie. Dans l ’obscurité de la ville, les lumières artificielles se transforment et commencent à tracer leur propre modèle…













