«Piquer 11.600.000 euros, c’est une manière de s’exprimer»
Dans « 11.6 », Philippe Godeau s’attache au destin de Tony Musulin, ce convoyeur parti avec la caisse, incarné par un François Cluzet tendu comme un arc, sec, affûté. Entretien avec le réalisateur.
Philippe Godeau s’est d’abord fait connaître comme producteur (Jaco Van Dormael, Maurice Pialat, Christine Pascal ou Roschdy Zem) avant de passer derrière la caméra. C’était en 2009 avec « Le dernier pour la route » et déjà François Cluzet. Avec « 11.6 », thriller de bonne facture, il retrace une tranche de vie de Tony Musulin, ce convoyeur de fonds qui s’est fait la malle avec 11.600.000 euros qui donne son titre au film.
Qu’est-ce qui vous a tellement intéressé chez Tony Musulin au point d’en faire votre second long-métrage ?
Ce qui m’a intéressé, c’est lorsqu’il met l’argent dans le garage, il sait que la ligne d’arrivée est là. S’il était allé jusqu’au bout, comme un gangster, ce n’est sûrement pas moi qui aurais fait le film. Pourquoi en est-il arrivé là ? Pourquoi est-il allé manger en revenant avec l’argent ?
Vous avez aujourd’hui des éléments de réponses ?
Le fait de décider de piquer 11 millions d’euros, c’est sa manière de s’exprimer et de se tenir droit vis-à-vis de son entourage et de sa hiérarchie. D’autres sont syndiqués (c’est une profession où il y a plus de 95 % de syndiqués), d’autres se suicident ou vont manifester. Attention, je ne porte pas de jugement. Et je n’en fais pas un héros. Il est comme il est, avec ses défauts et ses qualités. Je reste persuadé que son énergie et la volonté de piquer cette somme, c’était pour faire mal à sa hiérarchie.
Sur quels éléments vous êtes-vous appuyé ? Les rapports de police ?
Sur son témoignage. Nous avons rencontré son entourage à Lyon, les autres convoyeurs, des policiers qui l’ont recueilli à Monaco. Ensuite, c’est un travail d’écriture avec toutes nos notes. Et on reste fidèle à l’idée que nous avons du personnage. Et on utilise certains artifices propres au cinéma pour expliquer plus facilement les choses.
Vous avez rencontré Musulin ?
Pour être tout à fait honnête, il n’a pas voulu. J’ai fait savoir que je n’étais pas contre en précisant que je ne faisais pas un documentaire mais bien du cinéma. Au final, je n’étais pas mécontent de ne pas avoir à le rencontrer.
Ce qu’il y a réellement de fascinant dans ce personnage, et l’interprétation de François Cluzet, est qu’il va jusqu’au bout. Sans rien lâcher. C’est un beau matériau pour un cinéaste ?
Bien sûr, c’est cette personnalité-là qui est incroyable. Après même avoir vu film, je me suis dit qu’en temps de guerre, il aurait rejoint la résistance. Il appuie sur l’accélérateur et quand vous le faites, vous savez que vous basculer dans un autre monde. Il le sait. Celui qui va dans le maquis, je ne dis pas que c’est facile, mais il sait que sa vie va basculer. Ainsi que celle de son entourage aussi. Vous pouvez avoir plein de défauts mais avoir cette fierté et ces valeurs qui sont, pour moi, importantes.
Quand son père dit qu’il aimait bien les belles voitures, c’est parce qu’il aimait bien qu’on lui dise monsieur. Ce sont des petites choses comme ça qui m’ont inspiré. En termes de mise en scène, vous ne lâchez rien non plus…
J’ai essayé de me dire que le cinéma, c’est l’ambition de faire ressentir des choses et de les faire vivre plutôt que de les expliquer. C’est intéressant de rentrer dans sa tête et de faire ressentir les choses plutôt que d’être dans la démonstration.











L'enterrement de Miss Maggie était un moyen de s'exprimer alors ?