Quelle stratégie pour décourager nos ressortissants à prendre les armes en Syrie aux côtés des opposants djihadistes au régime de Bachar El-Assad ? Quelle prévention contre les risques de radicalisation de ceux qui reviennent du champ de bataille et pourraient menacer la sécurité nationale? Le débat fait rage. Pourquoi partent-ils, combien sont-ils? Ont-ils choisi les rangs de l’armée syrienne de libération? Ou ceux des islamistes? Les hommes politiques se livrent, côté francophone, une guerre de position sans merci. Entre Joëlle Milquet, vice-Première et ministre CDH de l’Intérieur, et Didier Reynders, vice-Premier et ministre MR des Affaires étrangères, les nerfs sont à vif. Ces deux-là ne se sont jamais appréciés. Le dossier syrien ne les a pas rapprochés. Absents jusqu’ici, les socialistes, par la voix de Laurette Onkelinx, sont entrés dans la danse, histoire de ne pas laisser le champ libre à la concurrence. Qui s’écharpe.
Le MR reparle de l’échec de l’intégration, fusille la ministre CDH pour sa passivité, reproche à la majorité wallonne de ne pas avoir rendu le parcours d’intégration obligatoire – «il ne faut alors pas s’étonner que des jeunes allochtones soient perturbés» maugrée Didier Reynders.
La ministre de l’Intérieur riposte, rappelle que pendant les 15 ans où des ministres libéraux se sont succédé à l’Intérieur, aucune mesure n’a été prise pour contrer le radicalisme. Ambiance garantie au conseil de ce vendredi, où le dossier atterrira sur la table. Ce dossier vaut pourtant beaucoup mieux qu’un prétexte à des positionnements politiques préélectoraux. Il mérite un vrai débat sur les causes de la radicalisation de certains jeunes, perméables à des discours extrémistes, incitant à la haine et au rejet de nos valeurs. Peut-être faut-il s’interroger sur les motivations de ces jeunes en quête d’identité et d’une place dans une société qui leur offre peu de perspectives et encore moins d’empathie.
Angélisme? Au nord du pays, une récente étude relève que les Flamands jugent la discrimination, somme toute, acceptable. Ce débat autour de la radicalisation est l’affaire de tous. Le jour où les nouveaux Belges seront considérés comme des vieux Belges est encore loin. En attendant, le phénomène qui agite aujourd’hui le Landerneau pourrait être une opportunité de rapprochement entre communautés. L’écrasante majorité des imams condamne l’attitude de ceux qui grossissent les rangs jihadistes. L’occasion rêvée pour dialoguer. Loin de la guérilla politique.