Le pouvoir et les tabous paralysent

Béatrice Delvaux
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« A aucun niveau de pouvoir, il n’est bon qu’il n’y ait pas d’alternance. Dans ma vie publique, j’ai pesté contre l’Etat CVP. Il est donc bon que nous allions et nous venions au pouvoir. » Cet homme parle du Parti socialiste francophone. Il en est l’un des plus fervents partisans. En septembre 2012, Guy Spitaels disait tout haut ce qu’il n’aurait sans doute jamais avoué s’il avait encore été aux affaires: un PS au pouvoir sans discontinuer depuis tant d’années, n’est pas une bonne chose pour les entités qu’il gouverne. Trop, ces 25 ans au pouvoir? Pas sain en tout cas, car source pour tout parti pris au «piège» du pouvoir perpétuel, de la tentation de considérer qu’il «nous» appartient. Ou du risque de devenir un Etat dans l’Etat, avec toutes les dérives associées: abus, impunité, politique des petits amis, confusion entre les outils et/ou des deniers publics du pouvoir et du parti. Le CVP connut ces errements, le PS n’y a pas échappé, avec les affaires notamment.

Reconnaissons que cette pérennité, le PS ne l’a ni volée, ni usurpée. Il n’y a parfois été pour rien, bénéficiant du système d’élections à la proportionnelle. Il le doit souvent à cette formidable présence de proximité, ce clientélisme qui lui a garanti sa popularité, et permis d’éviter aux francophones l’émergence de partis extrêmes façon Vlaams Blok ou FN. L’apport le plus indubitable de ce PS «durable» est le progressisme de notre société. Euthanasie, avortement, mariage homosexuel, droit de vote des étrangers: les socialistes ont été la source de ces acquis. De même que la modernisation de l’Etat belge. Bart De Wever va s’étrangler en lisant ce qui suit, mais le fer de la lance copernicien de la mutation institutionnelle, c’est le PS. La création de la Région wallonne, la Région bruxelloise, le transfert accru de compétences, la scission de BHV: c’est le PS qui les a permis.

La performance de la sécurité sociale, de la protection sociale et le maintien du pouvoir d’achat en Belgique sont les autres grands crédits du bilan socialiste. Mais leur capacité à doter la société des outils pour s’adapter à la nouvelle donne économique du monde, est, elle, grippée. Les socialistes francophones ont une excuse: ils ne sont pas les seuls. Comme le dit le sociologue Gerassimos Moschonas: «Les sociaux-démocrates européens ont perdu la maîtrise de la modernisation économique.» Soyons de bon compte : les outils alternatifs manquent face au marché mais ce sont aussi ses propres tabous qui empêchent la révolution copernicienne du PS. Sur l’intégration, sur le travail (emploi, pensions) ou la fiscalité, le PS n’est pas celui qui donne les clés d’une véritable transformation de la société aux enjeux du moment. Il n’ose pas, ne sait pas/plus? Les deux sans doute. Mais quand on est le premier parti et qu’on occupe le pouvoir sans discontinuer, c’est un échec lourd, qui risque de lui coûter ce qu’il tente de préserver: sa présence au pouvoir.

«Lorsqu’on est au pouvoir, il est des moments de l’histoire où il faut oser des ruptures.» Cette phrase qu’Edwy Plenel a lancée à François Hollande, vaut pour le PS. Où est le courage, où est l’audace sur les big bangs qu’exigent la Wallonie et Bruxelles, ou sur les grandes réformes économiques et de société ? Compétitivité, chômage, intégration: ce n’est que poussé dans le dos que le PS a bougé.

Comme les autres partis? Oui, mais le PS est le premier d’entre eux, et à ce titre, il se devrait d’être «la» force du progrès. Oser imaginer cette nouvelle société du nouveau monde, écrire le «Quaregnon» du XXIe siècle: c’est le plus grand et plus urgent défi du PS. Au pouvoir, et si impossible, ce sera, forcé, dans l’opposition.

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13. lardetredesagreable dit le 19/04/2013, 22:20

Le PS laisse tomber les francophones des communes où il n'a pas d'électorat , ça s'appelle la realpolitik . Le PS défend des emplois dépassés par l'économie réelle - charbonnages , sidérurgie- ça s'appelle la realpolitik . Le PS préfère que le niveau de sens critique de ses électeurs reste faible , ça s'appelle la realpolitik . Le PS maintient en place des incapables mais qui sont des faiseurs de voix , ça s'appelle la realpolitik . Rejeter les bonnes idées de l'opposition pour se les approprier plus tard , ça s 'appelle la realpolitik . Dire qu'on ne touchera jamais à l'indexation automatique des salaires , ça s'appelle de la realpolitik . Comme naguère le CD&V en Flandre , le PS roule pour le parti et sa nomenklatura . Et tant pis pour le reste du pays , la particratie s'est érigée en castes . Mais les autres font pareil , c'est bien pourquoi la démocratie va vers le populisme extrémiste . Le PS devait balayer devant sa porte il y a 20 ans ; c'est un[...]

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12. dsti dit le 19/04/2013, 19:10

La responsabilité du PS Le fédéralisme, oui, c'est le PS qui le voulait, car il en avait marre de l'Etat CVP et d'être le 2ème à Rome et préfèrait être le 1er dans son village la Wallonie, prêt d'ailleurs à sacrifier les Fourons (qui votaient PSC) pour y arriver. Il a tellement mal géré son fief que les flamands en ont eu marre de payer et se sont mis à voter NVA. C'est la mauvaise gestion du PS(la cigale) et son refus du changement (assis sur les droits acquis) qui ont créé cette dynamique de confédération (en fait d'indépendance) du côté de la fourmi flamande. Quant aux ministres PS nationaux, honte à eux , la plupart sont incapables de s'exprimer dans la langue de Vondel et rien que pour cela ils n'auraient jamais pu occuper un poste à responsabilité nationale dans une entreprise privée. Ce parti est lamentable...

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11. jimthebricoleur dit le 19/04/2013, 12:12

Encore rate! Madame Delvaux, les deux principaux suspects de l'attentat de Boston seraient, selon le FBI, deux frères d'origine tchètchène. Donc, votre prose fumeuse et bien pensante d'hier sur la responsabilité interne américaine dans les attentats s'effondre lamentablement. Dur dur le métier de journaliste, surtout à votre niveau...

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10. pimprenelle1793 dit le 18/04/2013, 22:29

ah zut... pas près d'oublier...

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9. pimprenelle1793 dit le 18/04/2013, 22:27

En effet, la scission de BHV, c'est le PS qui l'a permise. Plus exactement, le PS, suivi par ses rustines orange et vertes et par le MR, a bradé à la Flandre les droits des habitants de la périphérie et gravement hypothéqué ceux des Bruxellois contre une place de premier pour Di Rupo. Madame Delvaux classe cette reculade parmi les apports du PS. Nous, les citoyens lésés, la mettons à jamais au nombre des trahisons politiques. De celles que nous ne sommes pas prêts d'oublier. Parce que, quand Onkelinx et les autres juraient, la main sur le coeur, qu'il n'y aurait jamais de scission de BHV sans élargissement de Bruxelles, nous, on y croyait. Moralité ? Ne plus jamais croire aux promesses du PS et de ses satellites orange, verts et bleus.

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