11h02: « Les OffshoreLeaks n’en ont pas fini avec leurs révélations »

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Pourquoi la Belgique sert-elle de tremplin pour les offshores ? Le volet belge de l’OffshoreLeaks est-il éteint ? Alain Lallemand a répondu à vos questions et montré pour la première fois, en exclusivité, la liste des Belges cités.

Certaines personnes sont un peu déçues qu’il n’y ait pas eu de grosses révélations, des politiciens par exemple…

Alain Lallemand : « 

Je constate et je réaffirme aujourd’hui qu’il n’y a pas de politiciens. C’est la première chose que j’ai cherchée quand j’ai reçu les données. Mais il y a des choses plus intéressantes : dans l’ensemble du dossier des Offshore Leaks, on retrouve 140 Canadiens, 70 Suédois et 89-92 Belges. Pour un tout petit pays, on est extrêmement présent. Et je le rappelle, les Offshore Leaks ne concernent que les mémoires informatiques de offshores présents en Asie. C’est étonnant de voir que des Belges soient aussi nombreux. Imaginez ce que l’on pourrait trouver si il y avait des Offshore Leaks pour le Luxembourg.

Je ne pense pas qu’on n’ait rien trouvé. On montre que des personnes importantes en terme planétaire sont présentes en Belgique. Regardez le cas Hamoir décris dans nos journaux ce lundi 22 avril. C’est une manière emblématique de montrer à quel point que l’offshoring est en train de faire une percée dans notre quotidien. Ok, je n’ai pas trouvé de politiciens, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’intéresser à ce qui se passe. Je rappelle aux internautes que cet argent qui s’évade dans les offshores, c’est aussi une perte pour l’assiette fiscale. »

On parle d’une fameuse liste, est-ce que vous l’avez réellement ?

A.L. : «  Oui, je l’ai devant moi et je vous la montre. Pour je fais cela aujourd’hui ? C’est pour vous expliquer comment je procède. Pour chaque nom qu’il y a sur cette liste, j’ai fait le travail de décryptage. Non seulement voir s’ils sont bien dans la base de données des Offshore Leaks ; mais aussi voir s’il y avait derrière un véritable dossier qui faisait sens. Et pour certains, j’ai même un gros dossier intéressant. »

Ce qui apparaît dans l’enquête, c’est que la Belgique semble être un véritable tremplin des offshores. Mais pourquoi nous ?

A.L. : «  Tout simplement, parce que la Belgique n’est pas soupçonnée, n’est pas soupçonnable. Et c’est un pays agréable dans lequel on peut vivre sans être forcément soupçonné. A l’inverse du Luxembourg ou d’autres pays bien connus. Mais attention, cela ne veut pas dire que la Belgique est plus importante en terme de paradis fiscaux. Ce que je veux dire, c’est qu’il existe des plaques tournantes connues pour l’évasion et la fraude fiscale, comme la Suisse, mais aussi d’autres choses, comme notre petit pays attirant pour donner une certaine respectabilité aux investissements et pour créer un offshore dans une autre partie du monde. »

Aujourd’hui, pour l’affaire d’Hamoir, vous révélez l’identité d’une personne, avec la photo de sa carte de résidence. Êtes-vous en droit de révéler ces documents ?

A.L. : «  Ben oui, parce qu’il y a une véritable pertinence. Je montre le document qui intéressant dans cette affaire. Je lui reproche, moralement, le fait d’être résident en Belgique pour créer des offshores à l’étranger. Je pense que je suis inattaquable sur cette révélation, car vous savez, bien qu’il existe une protection de l’image et de la vie privée, il y a une dérogation possible lorsqu’il s’agit du droit à l’information. Je montre ici une information qui a un intérêt public que je peux justifier. Et à partir du moment où je peux justifier l’intérêt public, je suis autorisé à entrer dans ce qui est communément appelé la vie privée. Mais attention, il y a aussi le droit à l’oubli. Donc si je montrais à nouveau ces documents dans 20 ans, je serai condamnable. »

Enfin, la question de ce 11h02 : est-ce que la liste a encore des choses à révéler ? Est-ce que des noms vont encore sortir ?

A.L. : «  On arrive au bout de ce qui est intéressant pour la Belgique, en terme des personnes morales. Mais on n’a pas encore été du côté des banques. On a seulement effleuré le dossier. On a parlé d’ING, de Dexia et de Fortis mais on n’a pas encore été dans le détail. Et puis il y a des constructions belges, mais aussi des constructions belgo-luxembourgeoises. Donc dans les prochaines semaines, c’est le mot « Luxembourg » qui va sortir. Et sachez que lorsqu’on parle de Luxembourg, ce n’est pas des dizaines ou des centaines de dossiers, mais bien des milliers. Je vais donc m’intéresser maintenant aux articulations entre la Belgique et le Luxembourg. »

Osez la rencontre !