Un homme d’État. Respect

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef
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Il faut regarder cet homme, un peu voûté, élégantissime dans sa chemise blanche avec boutons de manchette, le visage usé, avec, dans ses mains légèrement tremblantes, quelques feuilles de papier. Il inspire le respect, il suscite l’admiration. Il donne une leçon aux hommes politiques pris de déraison. Il offre surtout à l’Histoire une incarnation du sens de l’État. A ceux qui demanderont ce qu’est un « Homme d’État », on pourra montrer l’image de ce vieil homme de 87 ans, face au Parlement italien, acclamé par ceux qu’il cloue au pilori. Il n’y a pas de moment plus fort dans cette journée particulière, et pas de moment plus honteux pour ceux auxquels il s’adresse, que lorsque Giorgio Napolitano, nouveau président italien, ému par l’affection croissante dont il se sent l’objet, assène : «  Je ne pouvais décliner. Mais il y a eu trop d’erreurs, de bêtises et d’irresponsabilités des forces politiques. Vos applaudissements ne doivent induire aucune auto-indulgence. La tactique, le cynisme et l’instrumentalisation vous ont portés à la stérilité et au blocage du Parlement. »

Rappelez-vous ce moment : il vient de rendre son honneur à l’Italie. Par la grâce d’un vieil homme poussé, par la folie qui s’est emparée de la classe politique de son pays, à reprendre du service « jusqu’à ce que ses forces le lui permettront ». Au sacrifice de sa vie donc, alors que tant d’autres dans ce Parlement-là ne sont prêts à rien sacrifier.

La colère froide de Giorgio Napolitano n’est pas sans rappeler le coup de sang d’Albert II, lorsque le président italien en appelle à ce b.a.-ba politique : « Un gouvernement est plus important que le refus d’une alliance. »

Il y eut des temps de chaos où l’homme « providentiel » portait un costume militaire et punissait la démocratie en l’écrasant. On se doit donc de saluer ceux où des individus armés du seul amour de leur pays, du sens de l’Etat et de la démocratie sauvent leur pays. Car c’est de cela qu’il s‘agit.

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14. koala dit le 24/04/2013, 02:53

Lyrisme Chère Béatrice, quel lyrisme à l'antique, si je puis. Qu'est-ce qu'on doit se sentir satisfait après avoir pondu un tel papier. Enfin quel honneur et quelle visibilité que de voir son nom associé à celui de Kroll dans Le Soir on-line. Le Soir a enfin compris que nous nous connectons pour notre 'Kroll quotidien'.

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13. curtius dit le 24/04/2013, 00:45

En dehors de la désinformation habituelle, il y a beaucoup de gens valables dans le parti de Berlusconi, eh oui... De toute façon, pour la 1ère fois depuis 20 ans, gauche et droite sont condamnées à s'entendre sur des réformes importantes en formant un gouvernement (sans doute, cette semaine), sous la surveillance de ce grand homme qu'est effectivement Napolitano. C'est d'ailleurs une tradition, en Italie, d'avoir des présidents de grande carrure (svp, Napolitano n'a rien à voir avec la mafia...). Ne caricaturez pas non plus avec le travail des enfants (ça existe dans le sud mais c'est rarissime tout de même), ou les magouilles omniprésentes. Bien sûr, la mafia parasite le sud (7% du pib italien mais la lutte contre elle ne marche pas trop mal) et l'économie souterraine est bien présente (mais juste un peu plus qu'en Belgique).

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12. curtius dit le 24/04/2013, 00:34

:-) c'est pas Napolitano, avec son costume militaire mais, par ex, Hitler, Mussolini, Pinochet et cie. On est en plein délire quand on parle de l'Italie, simplement parce qu'on se base sur des exagérations, des caricatures, de la désinformation... Le principal auteur du bordel lors de l'élection du Président, c'est le PD (parti démocrate, centre-gauche) qui, lors des votes pour Marini, puis pour Prodi s'est créé des dissensions internes au mauvais moment. Le PdL (Berlusconi), s'est lui bien comporté, en acceptant le compromis sur certaines personnes présidentiables, en accord avec le PD (sur Marini, par ex, homme de gauche et ex-syndicaliste). Lors de prochaines élections, l'habituelle tranche d'électeurs hésitants retiendra ces 2 faits et fera pencher la balance du côté de Silvio. A moins que la fameuse réforme électorale attendue n'arrive avant ça (probable) et que les législatives ne se fassent en deux tours (dans ce cas, la gauche gagnerait).

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11. Labrador dit le 23/04/2013, 21:36

Napolitano a connu le pire et le meilleur, il n'a plus rien à gagner, ni à prouver. C'est ce qui rend son geste d'autant plus méritoire. Un parcours politique monumental. Peut-être consulté sur wikipedia.

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10. BruxellesdanslaRue dit le 23/04/2013, 21:12

Au temps pour moi! Je n'avais pas compris la phrase dans ce sens-là. Merci Duracell.

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