Audrey Tautou et l’insouciance de ses 18 ans
L’actrice retrouve sa candeur pour incarner Chloé, l’héroïne de « L’écume des jours » mis en scène par Michel Gondry. Rencontre.
Audrey Tautou semble un peu à part dans le grand barnum du cinéma. Même si elle reste à tout jamais dans l’esprit du public la jeune Amélie Poulain de Jeunet. Dans la vie, Audrey est du genre à privilégier la discrétion à la démonstration. De façon sereine et naturelle. En mai prochain pourtant, elle sera la maîtresse de cérémonie du 66e Festival de Cannes. On ne peut pas plus dans la lumière. L’actrice y assumera sa fonction éphémère avec cœur, c’est une évidence pour celle qui se définit comme quelqu’un de très entier. «Si je dis oui, je pense oui. Je ne fais pas de faux sourire.» C’est avec la même exigence qu’elle s’est plongée dans l’univers de L’écume des jours. Après l’aventure très forte de Thérèse Desqueyroux, de Claude Miller, la «petite fiancée du cinéma français» espérait une nouvelle rencontre majeure. Et Michel Gondry est arrivé avec son projet fou.
Ça veut dire quoi tourner avec Michel Gondry? Car il a un environnement visuel foisonnant très particulier.
Effectivement, l’environnement est fou mais il sert les acteurs. Quand on tourne dans un décor, ce décor sert à jouer même s’il est délirant et surréaliste. Pouvoir jouer dans tout ce bazar poétique, ça aide, ça porte. Ça devient finalement naturel. Après, la surprise, l’étonnement, la jubilation de découvrir tel accessoire, telle animation, tout ça devient vite familier.
C’est vrai que Michel a un profil assez unique. Il est à la fois manuel, il a une vraie connaissance des arts plastiques, il a fait de l’animation, il sait peindre, dessiner, photographier, filmer. Son profil est complet. Michel, c’est vraiment un artiste.
Ses tournages, c’est un tourbillon d’idées, de trouvailles, d’improvisations, et, en même temps, avec ses acteurs, il est toujours présent. Il les met en condition pour avoir ce qu’il veut dans ce joyeux chaos. Il peut aussi nous oublier, nous abandonner pour échapper aux habitudes qu’on peut avoir en tant qu’acteur. Ça vous a plu de passer d’un personnage sombre (Thérèse Desqueyroux) à un personnage solaire comme l’est la Chloé de Boris Vian?
L’expérience vécue avec Claude Miller était exceptionnelle, vraiment magnifique. J’ai pu craindre ne jamais pouvoir vivre quelque chose d’aussi enthousiasmant. J’ai eu cette chance d’enchaîner avec Michel dans un univers totalement différent. Ça m’a beaucoup aidé à vivre ce qui s’est passé, la perte de Claude.
Chloé ne se rapprocherait-elle pas plus de vous? On vous sent plus solaire qu’ombrageuse.
Je crois que j’ai cherché à retrouver l’insouciance que j’avais à 18 ans. Cette candeur, cette sensation qu’on a avant d’avoir connu des épreuves dans sa vie. Avec les années, on ne perd pas ça mais ça change de couleur. On prend de la distance.
En tant qu’actrice, vous avez senti un ordre de plaisir comme chez Jeunet?
Esthétiquement, c’est différent. La dynamique du film, la liberté des acteurs aussi. Mais dans la poésie, surtout, la bienveillance, dans la ville réinventée, oui, il y a un air de famille. Même si l’histoire va montrer quelque chose de plus mature, c’est aussi une vie rêvée.
Pas mal de vos personnages restent dans la tête des spectateurs, d’Amélie Poulain à Thérèse Desqueyroux en passant par Coco Chanel… Ressentez-vous ce même attachement pour vos personnages ?
Je ne m’en rends pas compte du tout. Mes rôles ne me collent pas à la peau. En revanche, si je ne deviens pas mes personnages quand je tourne, ils deviennent ma vie le temps du tournage. Ça envahit, ça accapare ma vie. Je crois que c’est pour ça que je n’arrive pas à tourner cinq films par an.
Que retiendrez-vous de l’aventure de «L’écume des jours»?
Ma rencontre avec Michel Gondry, sa confiance, ses encouragements. C’était super qu’il m’ait demandé de faire le petit dessin animé à la fin car c’était inédit pour moi. C’était très gentil et généreux de sa part.
Cela vous a donné envie de poursuivre cette voie?
Oh la la… Il faut que je sois encouragée pour oser.
Vous pourriez dire comme Vian «Tout est vrai puisque c’est moi qui l’ai inventé»?
En tout cas, dans ce film, oui.
Où en êtes-vous avec votre envie d’écriture?
Je prends mon temps.
Des projets?
J’ai tourné Casse-tête chinois de Cédric Klapisch, avec Romain Duris. C’est un plaisir total de retrouvailles. Sinon, je n’ai pas d’autres projets immédiats.
On se souvient de la rumeur qui annonçait que vous arrêtiez le cinéma et que vous avez dû démentir car elle était infondée. Comment vivez-vous ce regard permanent sur votre personne depuis le succès d’Amélie Poulain?
De toute façon, on ne peut jamais tout contrôler. Qu’on m’ait fait tenir des propos que je n’ai pas tenus, fait des photos que je n’aime pas et que je n’ai pas validées, c’est tout le temps.
Parfois, c’est plus contrariant que d’autres fois. Ça dépend du degré de transformation. L’imprécision… Il peut m’arriver de relire, mais c’est rarement une bonne idée. J’ai appris ça dès le départ. Après, quand j’ai certains doutes sur la compréhension, je relis parfois après parution. Ça ne sert à rien et ça vous empêche de dormir pendant trois jours. Et votre image, vous contrôlez?
J’essaie autant que je peux comme j’essaie de bien faire mon travail sur un plateau. Et du mieux possible quand je fais de la promotion.
Quand je vois ma tête sur des magazines, ça me laisse assez indifférente. Et je me moque de moi quand je me trouve moche. J’ai plus d’autodérision avec mon image qu’avec les propos qu’on me fait tenir. Une photo ratée, une tronche de cake, j’en serai la première à en rire. Et puis, j’ai l’habitude. Chez moi, il y a toujours quelque chose d’un peu raté. Aujourd’hui, je l’assume. En revanche, je suis plus soucieuse des propos transformés ou caricaturés. On vous surnomme la petite fiancée du cinéma français, ça vous plaît?
Ah, bon?! On est plusieurs fiancées alors… Mais ça me plaît. Ça veut dire que je reste encore jeune.








