Un nouveau Magnette pour un vieux PS ?
Ce jeudi matin au Sénat, Paul Magnette, le président du PS, présente un livre composé de ses chroniques publiées dans De Standaard, en néerlandais et en français: « Le monde à l’envers. Chroniques pour une sortie de crise. De omgekeerde wereld. Hoe we uit de crisis zullen raken » (1) Il y a quelques semaines, c’était Bart De Wever qui présentait aux francophones ses chroniques du Standaard. Et voilà donc les deux frères ennemis, qui se répondent souvent d’une chronique à l’autre, soutenant leur combat électoral par la publication d’un substrat philosophico-idéologique.
Pas sur que ça va marcher. Pour Paul Magnette en tout cas, côté flamand. Jacques Delors, l’ex-président de la Commission européenne annonce dans la préface du livre: « Le temps est venu de tirer les leçons de la grande crise de 2008 et d’inventer un horizon nouveau ». C’est ce que promet le président du PS à ceux qui vont le lire : « La crise a mis la pensée en mouvement » et Magnette propose « une sortie de crise via plus d’Europe, un nouveau fédéralisme belge et un nouveau modèle sociétal ».
Nouveau ? C’est ce qu’il déclarait aussi dans le « Grand Oral La Première Le Soir », le week end dernier. A la veille de son premier grand congrès, le président tout neuf nous avait assuré qu’il allait venir avec de nouvelles idées et oser affronter les tabous. Même sur l’indexation. L’attente est forte. Cela fera cette année 25 ans que le Parti Socialiste est au pouvoir, après des élections triomphales (44% des voix) en décembre 1987.
25 ans, c’est trop ? Pour une partie de la Flandre visiblement oui, certainement pour ceux qui votent N-VA. Mais en Belgique francophone aussi certains estiment, comme Le Soir l’a écrit, qu’un parti qui reste aussi longtemps au pouvoir sans discontinuer, ce n’est pas sain. Au sein même du parti, Guy Spitaels avait déclaré en 2011 : « Dans ma vie publique, j’ai pesté contre l’Etat CVP. Il est bon que nous allions et que nous venions au pouvoir ».
Cette pérennité, le PS ne l’a ni volée, ni usurpée. Il n’y a parfois été pour rien, bénéficiant du système électoral à la proportionnelle. Il le doit souvent à sa présence de proximité, qui lui vaut une immense popularité au sud du pays mais a aussi évité l’émergence de partis extrêmes, façon VB ou FN. Dans le bilan de ce PS omniprésent au pouvoir, les acquis sont clairs sur le progressisme apporté à la société. Euthanasie, avortement, mariage gay, droit de vote des étrangers ont été possibles grâce à eux. De même que – Bart De Wever va s’étrangler – la modernisation de l’Etat belge. La création de la Région wallonne, de la Région bruxelloise, le transfert accru de compétences, la scission de BHV : c’est le PS qui les a permis. Performance de la sécurité sociale, de la protection sociale, maintien du pouvoir d’achat sont autant d’autres acquis socialistes. Reste le gros point noir : leur incapacité à doter la société d’outils pour s’adapter à la nouvelle donne économique. « Les sociaux démocrates européens ont perdu la maîtrise de la modernisation économique ». Soyons justes : les outils alternatifs manquent face au marché mais ce sont aussi ses propres tabous qui empêchent la révolution copernicienne du PS. Sur l’intégration, sur le travail (emploi, pension), la fiscalité ou la compétitivité, le PS n’est pas celui qui donne les clés de la transformation de la société. C’est un échec qui risque de lui coûter ce qu’il tente de préserver : sa présence au pouvoir.
« Nous allons venir avec du neuf », proclame Magnette. Il y a du boulot pour convaincre la Flandre. Mardi soir, je prenais la parole dans un service club d’une grande ville flamande, dont les trois quarts des membres, autrefois libéraux, votent désormais N-VA. L’un d’entre eux s’est levé après mon intervention « Madame, après la sortie de Magnette ce week-end au congrès socialiste, l’élection est faite. Encore une comme ça et De Wever a gagné ». Un autre me confie que si sa femme est devenue militante N-VA, c’est, non pour scinder le pays, mais pour mettre fin à l’hégémonie du PS « qui nous empêche d’avancer sur les étrangers, la fiscalité, l’indexation ». Un troisième m’a écrit ce mercredi pour préciser sa pensée de la veille : « Plier ou éclater. Ou le PS est prêt à voir la réalité et donc à entreprendre de vraies réformes ou alors la fracture sera très visible. En d’autres mots : le choix ne se trouve pas en Flandre. Déjà en 2007 et 2011 le PS a raté le bâteau, quid du troisième essai (2014)?”
Cher Paul Magnette, j’ai comme le sentiment qu’il va falloir écrire beaucoup de chroniques d’ici mai 2014…
(1) De Bezige Bij et Lucpire Editions




Belle photo..... cela me fait penser à certaines photos de Signal..... hehehe