Man Ray, roi du portrait
Le National Portrait Gallery de Londres rend justice au travail de portraitiste de ce photographe inclassable.
De Man Ray, on sait généralement qu’il était photographe, dadaïste puis surréaliste. Son compagnonnage avec ce mouvement, son amitié avec Duchamp, ses expérimentations diverses, ses va-et-vient entre photographie, peinture, sculpture, cinéma donnent de lui l’image d’un inlassable expérimentateur dont les audaces ont marqué le vingtième siècle.
C’est une vision très différente de l’artiste que nous propose la National Portrait Gallery de Londres avec son expositionMan Ray Portraits . Comme son titre l’indique, celle-ci est exclusivement consacrée à l’art du portrait.
On se souvient en effet que cet homme né en 1890 à Philadelphie a photographié bon nombre de ses camarades artistes. Mais si certaines de ces images sont devenues célèbres, c’est surtout pour leur étrangeté, leur poésie comme dans Noire et Blanche (une femme serrant contre son visage un masque africain), Le violon d’Ingres (une femme de dos, les marques d’un violon dessinées sur les reins), certaines images très mises en scène de Lee Miller ou encore l’Érotique voilée avec une Meret Oppenheim au bras couvert de graisse derrière une impressionnante machine.
Des visages, des figures
Si la notion de portrait est bien présente dans toutes ces images, il s’agit surtout de compositions où le modèle est utilisé comme simple élément d’un tout imaginé par l’artiste. On retrouve ces images connues à la National Portrait Gallery mais on y découvre aussi beaucoup plus : de vrais portraits réalisés pour la presse, les magazines de mode, les revues d’avant-garde.
L’exposition démarre à New York où, entre 1916 et 1920, Man Ray photographie Mina Loy ou Marcel Duchamp. On passe ensuite à Paris et le défilé de stars commence : Foujita, Hemingway, Schoenberg, James Joyce, Gertrude Stein, Braque, Picasso, Cocteau, Peggy Guggenheim magnifiée par la mise en scène et les éclairages, Stravinsky, Satie et son sourire amusé, Artaud d’une sombre beauté ou encore un André Breton dos-à-dos avec Drieu La Rochelle.
C’est tout le monde intellectuel et artistique parisien qui défile devant l’objectif du photographe américain, lequel se faufile aussi dans les coulisses des théâtres pour y photographier danseurs et travestis.
On découvre également d’étonnantes images du Maharaja et de la Maharani d’Indore, mis en scène avec une audace impensable aujourd’hui. Kiki de Montparnasse est l’une des modèles préférées de cette première époque parisienne. Lee Miller suivra tandis que Virginia Woolf ou Aldous Huxley se livrent aussi au regard de l’artiste.
De 1940 à 1950, on le retrouve à Hollywood avec des portraits très cinéma et quelques essais plus personnels comme Henry Miller et une femme nue masquée ou les autoportraits où Man Ray change constamment de visage.
Quant aux dernières années, elles livrent une série d’images en couleurs inattendues : Juliette Gréco, Montand et, en fin de parcours, une Catherine Deneuve en noir et blanc dans un univers surréaliste à souhait.
Jusqu’au 27 mai à la National Portrait Gallery de Londres, www.npg.org.uk.



