Les paysages intérieurs dans l’œil de Denis Deprez
A l’aube des années 1990, Denis Deprez a bouleversé le paysage de la nouvelle bande dessinée belge de ses explorations graphiques et narratives. Ses albums où la couleur murmurait derrière les mots étaient déjà en quête du sens de la vie. Mordu de littérature, il a par la suite dépoussiéré les mythes de Frankenstein ou d’Othello d’un coup de pinceau expressionniste, avant de jouer de l’aquarelle pour illuminer les Champs d’honneur de Jean Rouaud. Chez Denis Deprez, la pratique artistique a toujours été en résonance avec la nature et la famille. Depuis cinq ans, il a tourné le dos à la bande dessinée pour se jeter à corps perdu dans la peinture. Petits Papiers expose ses paysages d’une formidable immensité intérieure au Sablon. Il nous en parle, l’âme à nu.
Vous étiez considéré comme l’un des talents les plus prometteurs et les plus intègres
de la nouvelle bande dessinée belge.
Pourquoi avez-vous abandonné le 9e Art ?
Il ne faut pas avoir peur des mots. Je faisais des vignettes et, là, mes dessins font plus de deux mètres sur trois. Je me suis repensé en tant qu’artiste mais d’abord en tant qu’être humain, en me posant la question de la place de l’homme, de son interaction avec la nature. Nous vivons une époque du tout à l’économie. Nous agissons comme si tout nous était dû. Mais parfois, la terre se révolte et nous remet à notre juste place. Pour en revenir à l’image et à ma pratique de dessinateur, je me suis recentré sur le rôle clé du paysage. Je me suis aperçu qu’il avait toujours eu une place importante dans mon œuvre et j’ai décidé d’aller encore plus loin, de vider mes images de toute présence humaine pour mieux voir la lumière, le temps, le monde… Je vois l’art comme une manière de nous réhumaniser dans une époque où les écrans nous coupent de l’eau, du vent, de la mer… nous font oublier que nous sommes d’abord humains.
Vos paysages ont des sens cachés ?
Ma démarche dépasse le dessin. C’est une philosophie de vie. Dans l’exposition, un récit photographique silencieux complète la réflexion sur le paysage et un film expérimental est projeté dans la galerie. Il comporte du son et du texte, comme s’il donnait à voir les pensées de l’auteur en marche. La caméra se promène en bord de mer, sur les autoroutes, dans les caves du Musée d’Afrique centrale de Tervuren où l’on découvre des kilomètres de têtes d’animaux empaillés derrière des grilles de protection comme s’ils étaient vivants…
Quelle technique utilisez-vous ?
J’emploie de l’acrylique sur papier. C’est propice à la contemplation. J’utilise de grands rouleaux de papier de plus d’un mètre de large sur neuf mètres de long, que je redécoupe ou réassemble pour construire de gigantesques cases de papier. C’est tout ce qui me reste de mon côté BD mais en même temps, ça n’a rien à voir avec de la BD. Je suis face au monde. C’est le sens du titre de cette exposition :







