Une vente en hommage à un marchand
Trois textes servent d’introduction au catalogue. Le premier est de la nièce par alliance du marchand, Jacqueline Goldman. Elle y conte l’audace du jeune marchand de vingt ans se rendant sans y être invité chez le baron de Rothschild. Après avoir déposé sa carte sur le plateau d’argent que le maître d’hôtel lui tendait pour la remettre au baron, Landau ne fut pas reçu. Demandant sa carte en retour, il reçut à la place une obole de vingt-cinq sous, ce qui provoqua chez lui une réaction insolente, celle de déposer une seconde carte pour ce “ tarif “. Le soir même, le baron de Rothschild lui téléphonait. Légende ? Peut-être, mais la carrière de l’antiquaire n’en est pas moins exceptionnelle. Les deux autres préfaciers sont les instigateurs d’une vente (privée alors) consacrée à Nicolas Landau, les célèbres antiquaires parisiens Kugel et le décorateur anversois Axel Vervoordt.
Né à Varsovie en 1887, Nicolas Landau, qui s’éteindra en 1979, étudie le droit à Paris avant de rejoindre les Etats-Unis, où il ouvre en 1915 à New York sa première boutique d’antiquités à l’enseigne “ A Cluny “. De retour à Paris au début des années vingt, il s’installe au 7 rue de Duras, derrière la Galerie Charpentier, haut lieu des ventes aux enchères parisiennes et actuel siège de Sotheby’s France. En 1936, il participe à l’organisation de nombreuses expositions dont “ Les instruments et outils d’autrefois “ au Musée des Arts décoratifs. Son installation appelée “ le cabinet de l’honnête homme “ au Pavillon français de l’Exposition internationale de New York, en 1939, dictera le “ bon goût “ pendant des dizaines d’années.
Nicolas Landau est un antiquaire d’une autre époque, celle qui prisait les siècles passés et mettait en exergue les objets de curiosité. Lorsque l’on feuillète le catalogue de la vente, c’est la décoration des années 1950-1960 qui revient à l’esprit, non celle des créateurs de l’époque, les Jean Prouvé et compagnie, cantonnés à la réalisation de mobilier utilitaire, mais celle qui faisait le bonheur des grands bourgeois, soucieux d’afficher une opulence venue du passé, comme si ces objets acquis bien chers lors des Biennales des Antiquaires ou dans les boutiques des grands marchands parisiens, comme Nicolas Landau, avaient toujours fait partie du décor familial.
La vente affiche un produit total de 2.755.356 euros et trois lots seulement franchissent la barre des 100.000 euros. Le premier est un objet, aussi rare qu’original, à savoir un pied de table en pierre d’inspiration romaine et réalisé en Égypte au premier ou deuxième siècle de notre ère. Estimé entre 30.000 et 50.000 euros, cet objet haut de 58 cm, fut payé 145.500 euros ! Quant aux deux autres enchères à six chiffres, elles reviennent à un cheval écorché en bronze, un travail romain de la fin du XVIIIe siècle (121.500 euros) et à une huile sur panneau exécutée en 1947 par Hans Hartung (103.500 euros). Les bourses plus modestes eurent elles aussi l’occasion d’emporter certains lots. Ainsi, 875 euros, bien en-deçà de l’estimation de 1.500 à 2.000 euros, suffirent à un amateur pour acheter un miroir en terre cuite daté de 1778…


