Le 11h02: « Face au chômage, l’Europe ne pourra s’en sortir sans croissance »
Le chômage bat des records en Espagne, mais partout en Europe le nombre de chômeurs ou de travailleurs précaires augmente pour atteindre désormais 26,3 millions d’Européens sans emploi et 45 millions concernés par le sous-emploi... Pourquoi un tel scénario ? Comment s'en sortir ? Dominique Berns a répondu à vos questions.
Eurostat a publié les nouveaux chiffres sur le chômage. Ils sont assez catastrophiques. Ils ne font pas sourire. Un commentaire ?
« C’est vrai, ces chiffres ne font pas sourire. Mais ce que nous avons voulu montrer dans le journal de ce matin, c’est que ces chiffres du chômage, au sens strict, sous-estiment l’ampleur du sous-emploi. En réalité, il n’y a pas que les chômeurs qui souffrent du manque d’emploi. Il y a aussi les travailleurs à temps partiel, qui souhaiteraient travailler plus mais qui ne trouvent pas rien. Et il y a également tout un tas de personnes qui après de nombreuses tentatives sans succès, ont abandonné leur recherche d’un emploi. Or ces gens ne sont pas comptabilisés dans le chômage au sens strict. Eurostat ne fait qu’évaluer cette population. Pourtant, ces chiffres oubliés sont catastrophiques. On arrive à des taux de 20% de la population active. Les politiciens n’aiment pas trop parler de ces chiffres car cela montre que la situation est bien pire qu’on le croit ».
Comment on est arrivé à une situation d’une telle précarité ?
« Je pense fondamentalement qu’on est arrivé une telle situation en Europe, c’est parce que nous n’avons pas tout simplement assez de croissance. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Et ces chiffres devraient quand même faire prendre conscience aux dirigeants européens que la stratégie actuelle, la stratégie d’austérité, condamne l’Europe à une croissance faible, voire à une récession, condamne les pays du Sud à la dépression économique. Et c’est une récession qui dure, qui s’approfondit. On est dans des situations qui rappellent les années 1930. Donc la cause, c’est l’absence de croissance en Europe. Et cette absence est due à la crise, mais surtout à la manière dont nos dirigeants européens ont décidé de répondre à cette crise. Et maintenant, la grande question est : comment sortir de cette crise, comment sortir de ce trou dans lequel on se trouve ».
Une des solutions serait de penser au niveau européen. De ne pas faire des politiques de relance différentes pour chaque pays, mais bien une politique à l’échelle de l’Europe..
« Tout à fait. Le niveau où l’on peut vraiment agir, c’est au niveau de l’Europe ou de la zone euro. Nos économies bien trop interpénétrées pour qu’on puisse imaginer que des politiques menées indépendamment puissent fonctionner. Au contraire, ce qu’il faut, c’est coordonner les politiques. C’est prévoir une coordination des politiques nationales, chapeautées par une politique européenne qui viserait à court terme la relance et à moyen terme la consolidation de la croissance économique. Il faut trouver les moyens de relancer la croissance au niveau de l’Europe ».
Cela a l’air si simple. Alors pourquoi dans la réalité c’est si compliqué à mettre en œuvre ?
« Le premier problème, c’est que pour nos dirigeants européenne, la priorité serait la consolidation des finances publiques, autrement dit l’austérité. Faire descendre la dette publique, en supposant que cela va redonner la confiance aux investisseurs, qui vont se remettre alors à dépenser. Mais constat : cette stratégie ne fonctionne pas. L’Europe s’enfonce dans la récession et l’on voit tous les six mois les instances officielles nous annoncer la reprise, mais pas pour tout de suite. Et on postpose à chaque fois la reprise que l’on nous promet. Autre problème : ce sont les enchaînements logiques qui relanceraient l’économie. Pour l’Europe, cela commence par les exportations, qui augmente la production industrielle. Et ce qui accroîtrait le pouvoir d’achat des ouvriers et donc la consommation. Mais les États-Unis ont la même chaîne logique. Donc l’Europe est en concurrence avec eux. Et avec un Euro plus élevé, c’est plus difficile pour nous ».
Heureusement, en Belgique, on s’en sort pas trop mal...
« La Belgique s’en est plutôt bien tirée économiquement, jusqu’à maintenant. Bien que je le rappelle, le taux de sous-emploi atteint les 14 %. Mais la Belgique est rattrapée par la crise de la zone euro. Des pays qui s’en tiraient bien sont rattrapés par la morosité des pays du Sud. Il faut changer de mentalité et de voir, d’analyser les choses ».
Vos réactions
Voir toutes les réactions Croissance ? Avant de produire faut trouver des acheteurs, et pour trouver des acheteurs il faut produire moins cher ou nettment mieux. Faut aussi produire en masse suffisante. Donnez des examples s.v.p.
Le chômage, c'est l'épouvantail qu'on nous montre pour nous empêcher de penser un autre monde possible. En Europe,il y a des citoyens qui ont des besoins et des entreprises et des travailleurs qui ont les moyens de produire pour répondre à la demande. La façon dont fonctionne notre systme est incapable d''inventer la possibilité d'un partage du temps de travail. C'est le choix déjà fait de l'économie capitaliste, qui est un frein à cette évolution de société. Se sentent exclus et vivant dans une certaine misère, les citoyens qui voulaient jouer avec les autres dans la cours de récréation du consumérisme sont frustrés. C'est notre rapport à la marchandise, qu'il faut contester.
(suite) et puis il serait largement temps que la politique se départisse de ses accointances malsaines avec le secteur financier. Les banques, les grandes entreprises, autant d'acteurs qui finalement sont devenus les décideurs. Ils réclament, les politiques accordent. Ce serait sympa pour une fois d'avoir un gouvernement qui a des co***les, et qui ne se laisse pas diriger par le bout du nez. Mais bon, ils y trouvent leur petit intérêt personnel, probablement...
Ce que j'aime avec la politique, c'est qu'on dirait que l'histoire ne leur apprend jamais rien... Ca fait quand même des lustres qu'on clame que l'austérité serait la pire chose à faire (encore un peu plus confirmé par cet étudiant qui a découvert que les grands pontes de l'austérité se sont plantés dans leurs calculs...), mais ils s'accrochent. De même, l'exemple des USA après la crise de la fin des années 20 n'a certainement pas été réglée par l'austérité. Mais bon, allez donc faire comprendre ça à une bande de singe gesticulant qui, eux, ne ressentent de toute façon pas les effets de la crise grâce à leur train de vie très peu en phase avec le tout venant...









On refuse de voir la vérité en face Cette crise n'est pas due aux banques, elle est due à la globalisation qui a entrainé des délocalisations et donc du chômage et donc un déséquilibre des budgets des Etats. Les seuls qui s'en sont sorti sont les Allemands à cause de leur politique industrielle orientée depuis 10 ans vers l'innovation, la qualité, la formation et la compétitivité. Cela a bien sûr exigé des sacrifices : plus d'heures de travail, des allocations de chômage limitées... Tant que nous ne voudrons pas faire de même, notre croissance sera nulle. Bien sûr, il faudrait que l'Allemagne joue son rôle de locomotive et se mette à consommer, c.à.d. baisse ses impôts. En outre il faudrait accepter d'augmenter le budget européen afin de faire en Europe des grands travaux d'infrastructure, surtout à l'Est et au Sud. Mais ce n'est pas en s'asseyant sur les droits acquis qu'on s'en sortira et là les journalistes ont peur d'aborder ce sujet qui dérange.