12-12 Syrie: donner, la seule action indiscutable

Jurek Kuczkiewicz
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Les chiffres, parfois, peuvent parler. La guerre civile en Syrie a tué à ce jour 70.000 personnes, l’équivalent de la population de la ville de Tournai.

Il y a 1,4 million de Syriens, autant que les populations de Bruxelles et du Brabant wallon réunis, à avoir fui leur maison et leur pays, s’entassant pour la plupart dans des camps de fortune en Turquie, en Jordanie et au Liban. Le nombre d’enfants affectés par la guerre monte à quelque deux millions…

La guerre civile en Syrie est une boucherie, il n’y a pas d’autre terme, qui débite avec une régularité de métronome son produit quotidien meurtrier. Pendant ce temps, le reste du monde regarde sans voir, voit sans agir, ou débat sans conclure. Le drame des drames qui durent, c’est qu’ils s’installent sournoisement comme un bruit de fond permanent: 80 morts hier, 250 aujourd’hui, 70 demain, la routine…

On ne peut pourtant pas dire que le sujet «Syrie» ne figure pas souvent en tête des sujets d’actualité. Mais il apparaît au travers d’événements ou de questions qui sont à chaque fois débattus comme s’ils étaient entièrement déconnectés les uns des autres. Lorsqu’on débat des positions respectives des membres du Conseil de Sécurité, on ne pense pas aux morts qui tombent. Lorsque des jeunes Belges partent combattre aux côtés des insurgés, on s’offusque de leur radicalisation, et on s’affaire à mettre en place des procédures pour les empêcher de partir. Mais on n’établit aucun lien avec la non-assistance des États démocratiques à une population assassinée.

La tétanie du monde face à la guerre civile syrienne peut s’expliquer: par la complexité des enjeux, par les risques de déstabilisation – ils sont incommensurables – et finalement par cent «bonnes» raisons de ne pas agir pour briser la machine à tuer.

On ne peut s’étonner que les citoyens aient du mal à concevoir pourquoi ils devraient faire des dons aux organisations qui viennent en aide aux victimes syriennes, alors que leurs gouvernements n’ont aucun discours politique clair et engagé sur la guerre qui s’y déroule.

Il y a toutefois un argument très simple. Si les résultats des actions politiques, diplomatiques ou militaires sont difficiles à évaluer, les effets de l’aide humanitaire sont clairs et indiscutables: elle permet de soulager, soigner, nourrir ou loger des enfants, des femmes et des hommes brisés par une guerre qu’ils n’ont pas voulue. Sur ce point, aucun doute ne fait le poids face à quelques euros versés au compte 12-12 Syrie. Cela n’empêchera pas les morts. Mais cela aidera les survivants.

Vos réactions

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13. exclu dit le 28/04/2013, 19:20

L'Arabie Saoudite et autres pays arabes sunnites exportateurs de pétrole ont suffisamment d'argent pour soutenir financièrement les révolutionnaires sunnites qui veulent substituer la dictature de Assad par la dictature islamique et les Iraniens également richissimes exportateurs de pétrole soutiennent financièrement le régime Assad comme le Hezbollah chiite au Liban . Ils ont donc largement les moyens de payer pour les dégâts "collatéraux" qu'occasionnent leurs interventions respectives. En Europe nous avons déjà nos réfugiés économiques musulmans de toutes origines ( je dis musulmans parce que tous les pays où cette religion est majoritaire sont concernés et pas uniquement les pays arabes) que nous entretenons et d'autre part, nous finançons la Syrie par l'achat de pétrole à (très) bon prix . Donc inutile de venir mendier , à nouveau, chez les occidentaux . Je trouverais même indécent d'aider ces riches pays producteurs de pétrole qui nous détestent d'aille[...]

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12. Lidju dit le 28/04/2013, 16:21

@11. BruxellesdanslaRue Si l'ONU intervient, ce sera pour mettre en place un régime du type occidental. Autrement dit ce sera du colonialisme. Que les syriens choisissent ce qu'ils veulent et agissent en conséquence. Je n'aimerais pas que les syriens viennent me dire comment je dois faire, je ne vais certainement pas leur imposer quoi que ce soit même avec la bénédiction de l'ONU

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11. BruxellesdanslaRue dit le 28/04/2013, 13:30

@Michel. Je vous donne raison sur ce point: je préfèrerais aussi que l'ONU agisse "à bon escient" plutôt que de recourir systématiquement à la charité. Mais l'ONU est clairement paralysée puisqu'elle est dirigée par les vainqueurs de la WWII, qui s'opposent sur le dossier syrien. Si l'ONU intervient en faveur du pouvoir ou des rebelles, elle mécontente alternativement l'une ou l'autre moitié du Conseil de Sécurité. Voilà les limites de l'ONU. Par contre l'ONU peut déployer de l'aide aux réfugiés en marge du conflit, mais alors elle avoue son impuissance face à sa mission. C'est vraiment complexe.

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10. michel5 dit le 28/04/2013, 13:22

@BruxellesdanslaRue. Bachar El Assad appartient à la minorité alaouite, qui est une branche de l'islam apparentée au chiisme. On a bien compris que M.Kuzkiewicz appelle à aider les réfugiés. Mais beaucoup de gens, dont moi, en ont un peu marre du Charity Business. Je préfère -et je le fais- soutenir financièrement des actions philanthropiques que je suis assez grand pour choisir moi-même. D'autre part, l'ONU est là, non? Ils peuvent toujours réduire de moitié le coût de leurs opérations paramilitaires à l'étranger qui ne servent à rien d'autre qu'à gonfler les comptes en banque de milliers d'expatriés, faute de définition correcte des objectifs (voir Rwanda et Congo par exemple).

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9. BruxellesdanslaRue dit le 28/04/2013, 13:01

Pour autant que je comprenne le sens de l'article, M. Kuczkiewicz ne défend l'aide ni aux rebelles ni au pouvoir, mais il défend l'idée d'aider les réfugiés (ni rebelle ni pouvoir, mais citoyens réfugiés). Par ailleurs, le conflit qui oppose rebelles et B. Al Assad saurait difficilement être un conflit sunnites vs. chiites car - à moins de me tromper fort - B. Al Assad n'est ni l'un ni l'autre, il appartient plutôt à une minorité qui fait consensus et c'est la raison pour laquelle sa famille est au pouvoir. Donc ceux qui hurlent ci-dessous que l'Islam s'abat sur le monde telle un cataclysme biblique et - à peu de choses près - qu'il est temps de se réfugier dans nos abris anti-atomiques face au jihad, devraient se calmer un tout petit peu. Ce n'est pas le sujet, et ce ne sera probablement jamais un sujet. Il s'agit d'une guerre complexe avec beaucoup d'enjeux contradictoires.

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