Le phare d’Alexandrie et les «Histoires d’eaux» d’Isabelle Hairy

Dominique Legrand
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Suivre le cours du Nil jusqu’à Alexandrie, se familiariser avec son histoire et ses rites. L’exposition de Mariemont dévoile les multiples secrets de l’eau nourricière. De la survie du port antique aux dernières révélations scientifiques belgo-françaises.

  • Isabelle Hairy, première exploration de la citerne El-Gharaba. © S.COMPOINT.
    Isabelle Hairy, première exploration de la citerne El-Gharaba. © S.COMPOINT.

Au Nord, la Méditerranée. Au Sud, le lac Mariout: de l’eau saumâtre. Alexandrie est une ville sans source d’eau. La plus grande cité du monde hellénistique n’est pas un don du Nil! Comment ce port antique va-t-il appréhender son approvisionnement et la gestion de l’eau potable? Experte en plongée sous-marine, Isabelle Hairy nous raconte ses «Histoires d’eaux».

Depuis 20 ans, l’architecte-archéologue, ingénieur de recherche au CNRS et au Centre d’études alexandrines aux côtés de Jean-Yves Empereur, fouille les vestiges du célébrissime Phare éparpillés dans la rade lors du séisme au XIVe siècle.

L’exposition «Du Nil à Alexandrie» présente pour la première fois en Belgique des reproductions à l’échelle 1/5 de statues d’Isis et de Ptolémée découvertes parmi les vestiges du phare d’Alexandrie, une des Sept Merveilles du monde antique. Ces statues mesuraient plus de 8 mètres de haut. Quel est l’état d’avancement des fouilles?

Aujourd’hui, toute la zone est cartographiée. Nous remontons les fragments du Phare, mais aussi ceux d’un temple dédié à Isis d’époque romaine, les ruines d’une digue qui protégeait le fort de Qaitbay construit à l’emplacement du Phare au XVIIe siècle. Nous avons recensé plus de 3.000 blocs remontés des fonds marins grâce à des ballons. Parmi la dizaine de statues reconstituées, l’une d’elles figure devant la Bibalex, la nouvelle Bibliothèque alexandrine. Nous avons découvert les vestiges d’une porte monumentale du phare, haute de 13 mètres. D’époque hellénistique, elle ouvrait vers la mer. Une autre porte de style pharaonique ouvrait vers le continent. Le phare ne reflète pas un syncrétisme mais une juxtaposition des cultures par le biais d’éléments architecturaux. C’est une volonté politique.

En 20 ans, les techniques de fouilles subaquatiques ont progressé…

Les procédures d’acquisition sous l’eau ont nettement progressé. Je n’emploie plus le crayon et la gomme! La photogrammétrie permet de saisir une image en 3D, d’appréhender le volume, la matière, la couleur. Je dois replacer les pièces disparates d’un immense puzzle et construire un système théorique pour aboutir au dessin du bâtiment en me basant sur les vestiges mais aussi sur le texte d’Ibn Al Shaikh. En 1165, ce fonctionnaire arabo-andalou a visité le Phare dont la construction avait débuté au IIIe siècle avant notre ère. Il en a tiré une description cotée exceptionnelle.

Alexandrie doit sa survie à un système hydraulique dont vous percez les secrets.

Les eaux amenées par le canal de Canope étaient distribuées par des aqueducs souterrains dans plus de 500 citernes creusées sous la ville à une profondeur de 5 à 6 m sous le niveau de la mer. Ces citernes ont été utilisées jusqu’au XIXe siècle puis abandonnées suite à l’établissement du réseau moderne. Les fouilles ont permis d’inventorier 140 réservoirs permettant de stocker jusqu’à 3 millions de mètres cubes d’eau permettant d’alimenter 20.000 personnes. Avant la construction du canal de Ptolémée, le système fonctionnait par galeries drainantes, les «hyponomes». Les ingénieurs étaient confrontés à trois problèmes: fabriquer un bâtiment qui résiste à la pression de l’eau, à la poussée des terres et aux secousses sismiques. Les colonnes présentent 10 mètres de haut et sont entrecroisées par des arcs pour résister aux forces telluriques.


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