Jozef Wouters : « Nous devrions être plus en colère ! »

Catherine Makereel
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En ouverture du KunstenFestivaldesArts et du Toc Tok Knock festival, Jozef Wouters revisite l’histoire de l’homme et de la nature au Musée des sciences naturelles.

  • Installation de jour pour le KunstenFestivaldesArts. © D. Rodenbach.
    Installation de jour pour le KunstenFestivaldesArts. © D. Rodenbach.

We shoud be angrier than we are. » Si vous rencontrez ce mystérieux slogan qui circule dans la capitale, sachez que la phrase – « Nous devrions être plus en colère que nous le sommes » en français – renvoie à une installation adossée au Musée des sciences naturelles. Là où les plans avaient prévu l’aile « coloniale » du musée avant que celle-ci n’aboutisse finalement au Musée de Tervuren, l’artiste flamand Jozef Wouters installe une aile temporaire intitulée « Institut Zoologique pour Espèces Récemment Eteintes ».

Installation le jour et performance le soir, cette proposition fera l’ouverture du KunstenFestivaldesArts et du troisième et dernier volet du Toc Tok Knock Festival du KVS. C’est dans ce dernier festival, à Laeken en octobre dernier, que nous avions découvert l’artiste, à travers une formidable exposition de maquettes interrogeant la portée utopique de l’architecture.

De maquettes miniatures, Jozef Wouters passe cette fois à une architecture géante, en plein air, avec ses échafaudages encerclant une exposition tandis qu’à l’étage, des pupitres évoquent une atmosphère d’étude, de bibliothèque. Le public y déambulera seul ou en groupe, le soir, avec audioguide et performance de Jozef Wouters. Tout est parti d’une découverte, il y a quelques années, dans un musée du sud de la France : « J’ai découvert l’histoire du dernier loup de Tasmanie qui s’est éteint dans la nuit du 6 septembre 1936. Ce dernier spécimen de son espèce est mort de froid dans sa cage du zoo de Hobart, en Tasmanie, à cause d’un gardien qui avait oublié d’ouvrir le volet de son abri. Je me suis mis à lire ce que je trouvais sur le thylacine et j’ai découvert un tas d’autres histoires sur des espèces récemment éteintes : le dernier ibex des Pyrénées, le bruant à dos noir, la tourte voyageuse. »

L’artiste scénographe se met à collectionner des objets, des récits, des images, pour finalement donner sa vision des choix que fait l’être humain dans son rapport à l’habitat. « L’idée est qu’il n’y a pas de différence entre l’écologie et l’histoire naturelle. Si on veut parler de l’un, on doit parler de l’autre. Il y a cette merveilleuse citation de Werneg Herzog qui disait : “Pire que le problème de l’écologie, c’est que nous n’avons pas les images adéquates pour la visualiser.” Une citation magnifique qui donne la responsabilité aux artistes, à qui il revient de fabriquer des images. » Jozef Wouters ambitionne de rendre concrète la complexité du problème.

Reliée par une passerelle au Musée des sciences naturelles, l’installation ne veut pas critiquer la manière dont le musée met en scène la nature, mais entend donner un autre point de vue. « Plus qu’une aile qui tend à la vérité, je voudrais créer une aile qui doute. Je comprends qu’on puisse vouloir nommer les choses. En 1756, un botaniste suédois a classifié la vie sur cette planète avec une liste qui décrivait la nature tout entière sur base d’analogies et de différences. On décide d’empailler un exemplaire de chaque espèce et de les conserver dans un musée. Le nouveau et l’inconnu ne posent pas problème et s’intègrent facilement. On voit ainsi apparaître une image de la nature comme un ensemble harmonieux que l’homme peut observer de haut, sans douter de ce qu’il ignore. Ne faisons-nous pas trop grand cas de la vérité en oubliant que le doute est plus important ? »

Du 3 au 25 mai au Musée des sciences naturelles, 29 rue Vautier, Bruxelles.

Osez la rencontre !