Spirou passe de main en main

Daniel Couvreur
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Le Centre belge de la BD expose les originaux de plus d’une vingtaine d’auteurs coupables de 75 ans d’aventures de Spirou.

  • Le Centre belge de la BD voit les 75 ans de Spirou, « ce jeune homme espiègle et aventurier », en grand. © Daniel Fouss.
    Le Centre belge de la BD voit les 75 ans de Spirou, « ce jeune homme espiègle et aventurier », en grand. © Daniel Fouss.

Spirou appartient à la légende de la bande dessinée franco-belge. Dès sa naissance, en 1938, c’est un personnage à part dans l’histoire. Il est le premier en Belgique à posséder un magazine à son nom.

C’est l’imprimeur Jean Dupuis qui a eu l’idée de ce héros mascotte des jeunes wallons, mais il a dû en confier le dessin à un auteur français, Rob-Vel. A l’époque, la bande dessinée n’intéressait pas les artistes et Jean Dupuis a été forcé de rechercher la perle rare à l’étranger. Le nº1 du Journal de Spirou paraît le 21 avril et personne n’imagine alors que le héros entrera au musée 75 ans plus tard.

JC de la Royère reconstitue la prodigieuse saga de ses aventures au Centre belge de la bande dessinée, à travers un choix de planches originales des 22 auteurs qui l’ont fait vivre. La seconde caractéristique de Spirou, totalement atypique dans l’univers classique de la bande dessinée franco-belge, c’est justement cette faculté du personnage à passer de main en main.

Spirou est le seul personnage de l’âge d’or des magazines Tintin et Spirou à appartenir à son éditeur. Du coup, il peut rajeunir, vieillir, rebondir, changer de style, d’époque, sur le modèle des superhéros américains. C’est certainement l’une des raisons de sa longévité, même si la qualité de ses albums s’en est parfois ressentie. Le succès commercial du personnage a connu des hauts et des bas, mais sa popularité dans le cœur des Belges et des Français est restée intacte.

L’album de toute une vie

L’exposition du Centre belge de la BD invite à partager et comprendre les métamorphoses du personnage. De sa naissance sous la plume de Rob-Vel, à sa maison préfabriquée par Franquin, sa quête mystérieuse du Bocongo avec Yves Chaland ou ses exploits à New York, c’est tout le journal de vie de cet ingénu qui s’écrit en version originale sous les yeux des visiteurs.

JC de la Royère a sélectionné le meilleur des 63 albums du groom. Le parcours explore les hors-série, les spin-off, les seize tomes du Petit Spirou et même des ébauches et des projets iconoclastes gelés dans les tiroirs de l’éditeur… Au bout de cette chasse aux trésors, quelle image retenir de Spirou ?

« Celle d’un aventurier courageux, autour duquel ses dessinateurs successifs ont construit un monde à taille humaine, témoigne Jean Auquier, le maître à penser du CBBD. Pour un dessinateur, se voir confier un univers tel que celui de Spirou, est un challenge aussi redoutable qu’excitant. Etre contraint de respecter une grammaire artistique précise tout en y imposant sa propre personnalité réclame un savoir-faire exceptionnel. Quant aux auteurs qui, au fil des années, ont choisi de rendre un hommage graphique à Spirou, ils enrichissent l’œuvre commune d’éclats aussi éblouissants que leurs souvenirs de jeunes lecteurs. »

L’exposition est aussi dédiée à Yvan Delporte, le rédacteur en chef le plus créatif des 75 ans d’histoire du journal Spirou. Disparu en 2007, il avait tracé les grandes lignes de la scénographie et entamé la rédaction des textes de présentation. Un de ses anciens complices, JC de la Royère, a parachevé le propos.

Osez la rencontre !