Un trio d’exception pour mettre Bach en mouvement

Jean-Marie Wynants
Mis en ligne

Anne Teresa de Keersmaeker et Boris Charmatz dansent « Partita 2 ». Amandine Beyer mène la danse avec son violon. Création à Bruxelles avant la Cour d’Honneur à Avignon.

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Anne Teresa De Keersmaeker et Boris Charmatz ont trouvé en Amandine Beyer une partenaire musicale idéale. Anne Van Aerschot
    Anne Teresa De Keersmaeker et Boris Charmatz ont trouvé en Amandine Beyer une partenaire musicale idéale. Anne Van Aerschot

Dans les couloirs de Parts où le trio est en plein travail de création, Amandine Beyer est la première à surgir, violon à la main. « Ils arrivent, ils sont encore dans la salle » sourit-elle, parlant de ses deux complices, Boris Charmatz et Anne Teresa De Keersmaeker.

Aussi détendue que si elle passait là par hasard, la jeune femme nous entraîne à sa suite tout en devisant sur la météo. Difficile d’imaginer que nous suivons là une des violonistes les plus talentueuses et les plus demandées du moment. Anne Teresa De Keersmaeker nous le rappelle quelques minutes plus tard.

« Quand le projet a commencé à prendre forme et qu’il a fallu chercher un violoniste, on m’avait suggéré son nom. Mais vu son emploi du temps, je me disais qu’on n’avait aucune chance de l’embarquer dans l’aventure. » « En fait, complète la musicienne, dès que j’ai lu le mail, j’ai dit OK. Mais je dois reconnaître qu’à l’époque, je ne réalisais pas que ça représenterait autant de travail et autant de représentations. » Fan de danse depuis l’enfance, elle explique : « J’ai toujours aimé le mouvement et pensé la musique en mouvement. En plus, cette Partita 2, c’est un répertoire très solitaire. Donc ici, c’est super de le partager à trois. Leur énergie m’influence beaucoup. Parfois, je me laisse entraîner par celle-ci et je joue beaucoup plus vite au grand dam du régisseur… »

Autour de la table, les deux danseurs-chorégraphes se marrent. Internationalement reconnus pour leurs chorégraphies, Boris Charmatz et Anne Teresa De Keersmaeker sont avant tout des danseurs. Et le plaisir de la danse ne les a jamais lâchés. « Je voulais depuis longtemps danser pour Anne Teresa, avoue modestement le chorégraphe français. On s’était croisé quelques fois mais on s’est vraiment rencontré en préparant le Festival d’Avignon 2011. »

Cette année-là, Charmatz est l’artiste associé de la manifestation et il ouvre les festivités dans la Cour d’Honneur avec Enfant. La chorégraphe belge lui succède au même endroit avec la création de Cesena. À force de se croiser, ils décident d’esquisser quelques pas côte à côte.

« Là, on a vu très vite qu’on avait envie de travailler ensemble, explique Charmatz. On a envisagé plusieurs possibilités et finalement, on en est arrivé à Partita 2. Et là, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas faire ça en dix jours pour 2011 ni même pour 2012. »

Ce sera donc 2013, en ouverture du Kunstenfestivaldesarts ce vendredi et, en juillet, en clôture d’Avignon. Mais le duo n’est plus seul en scène. « L’idée d’une troisième personne s’est imposée rapidement, explique Anne Teresa De Keersmaeker. Il fallait un autre corps extérieur. Sinon, avec un homme et une femme, on entre trop vite dans une idée de polarités… Avec un troisième élément, ça change la donne. »

Amandine Beyer ayant marqué son accord, le trio se met au travail autour de cette fameuse Partita. « J’avais envie de travailler sur cette musique depuis longtemps, raconte la chorégraphe. D’ailleurs, personne ne va me croire, mais l’année avant de commencer ce projet, nous jouions au Théâtre de la Ville à Paris. Alors que j’étais au Mistral, le bar voisin, un monsieur est venu me trouver et m’a demandé si je ne pourrais pas faire une chorégraphie sur la Chaconne de Bach… Il m’avait même apporté un enregistrement . »

Autour de la table, ses deux complices s’amusent de cet épisode, l’interrogent sur la version qu’on lui avait apportée alors. Une discussion passionnée s’engage autour de l’œuvre, ses interprètes, la manière dont elle fut transmise, ses origines du côté de la danse française, les influences de Bach…

Pas de doute, ces trois-là se sont trouvés, aussi amoureux de la musique (Charmatz a pratiqué le violon) que du mouvement. « Après autant d’années, j’ai toujours autant de plaisir à voir la musique et à écouter la danse, Anne Teresa De Keersmaeker. Autant de plaisir à laisser les deux coexister en soi et à les amener à vivre ensemble. Comme une invitation à voir la danse qui est dans la musique même quand la danse n’est pas là. »

« Partita 2 », du 3 au mai au Kaaitheater, www.kfda.be

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