«C’est très à la mode d’être méchant»

Fabienne Bradfert
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Ce premier film parle du déracinement et de l’intégration avec humour et légèreté. Le réalisateur Ruben Alvès revendique le droit aux bons sentiments.

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: D.R.
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ENTRETIEN

La générosité et l’humanité plutôt que le cynisme et la méchanceté ! C’est le challenge de Ruben Alvès, jeune réalisateur de La cage dorée, une « feel good comedy » primée au Festival de l’Alpe d’Huez et qui sort en salle ce mercredi. Avec ce film, Alvès, qui vit entre Paris et Lisbonne, avait une envie : mettre de la lumière sur la très discrète communauté portugaise et lui rendre hommage. Sa réussite est d’avoir évité le film communautariste en racontant une joyeuse et colorée histoire de famille.

Vous dédiez votre premier long-métrage à vos parents. De quelle manière ont-ils inspiré l’histoire de « La cage dorée » ?

Les personnages principaux ont le même parcours que mes parents. Ma mère est gardienne d’immeuble et mon père a été ouvrier. Ils sont en France depuis plus de quarante ans. « La cage dorée » n’est pas autobiographique mais elle est largement inspirée. C’est le résultat de mon observation depuis 30 ans de cette communauté et principalement mes parents et ma famille. Mon intention était de rendre hommage à ces gens discrets qui sont arrivés en France dans les années 60-70 et qui ne font pas de bruit. Ils ont quitté un pays fasciste et se sont très bien intégrés en se plongeant dans le travail avec une dévotion absolue envers le pays d’accueil. Ils ont transmis les valeurs du travail bien fait à leurs enfants. J’avais envie de mettre cela à l’honneur.

Mais vous évitez le film communautariste. C’était votre challenge ?

Absolument. Même si c’est le premier film populaire à parler de cette communauté portugaise. Le propos est universel car c’est une histoire de famille, ça parle de déracinement. Chantal Lauby, qui est auvergnate, se sentait touchée par le film car elle est à un moment où elle se demande si elle va rester toute sa vie à Paris. Elle a cet appel des racines, de la terre où elle est née. Je ne suis pas dans la revendication ou le message. J’avais juste envie de montrer une famille confrontée à la question du retour aux racines. C’était vital pour moi. Un premier film doit venir des tripes. Ce sujet, je l’ai en moi depuis des années. Par pudeur portugaise sans doute, je n’avais pas montré l’envie de le faire. C’est mon producteur qui m’a incité à le faire. À 30 ans, j’avais assez de recul et de maturité. Je sentais que c’était important de le faire. Je ne me suis pas trompé quand je vois ce qui se dit sur les réseaux sociaux ou dans le courrier. J’en ai les larmes aux yeux. Je sens une vague de fierté. Je ne m’attendais pas à ça !

Parler de l’immigration et de l’intégration se fait souvent de manière tendue, conflictuelle. Quelle était l’importance pour vous d’adopter un ton léger et bienveillant ?

C’était capital. Surtout aujourd’hui, en pleine crise. Je ne fais pas un documentaire. Je ne juge rien ni personne. La comédie me permet de parler de choses importantes avec un sourire. C’est très à la mode d’être dur et méchant. Moi, je pense que l’humanité, la bienveillance et les bons sentiments ne sont pas démodés. Les gens sortent du film en disant : Qu’est-ce que ça fait du bien ! » Par les temps qui courent, ce n’est pas négligeable.

Un film français avec des acteurs étrangers, est-ce facile à monter ?

Quand on est obstiné et convaincant, oui. J’ai choisi les meilleurs. Avoir dans un même film Joachim d’Almeida, la star portugaise d’Hollywood, Rita Blanco, l’actrice portugaise des films d’auteur et du théâtre national, et Maria Vieira, sorte de Jacqueline Maillan du Portugal, était un vrai challenge. Côté français, je voulais sortir des têtes bankable, avoir des acteurs très humains et les baigner dans les couleurs chaudes du Portugal.

Comment êtes-vous arrivé dans le cinéma ?

J’ai l’impression d’y être depuis toujours car mon producteur, Hugo Gélin, est mon ami d’enfance et il vient d’une famille de cinéma qui fut ma deuxième famille. On partait en vacances avec une petite caméra et on faisait des projections aux copains à la rentrée. J’ai toujours aimé monter des spectacles. Je suis autodidacte. Mon école, c’est l’école de la vie. C’est là où je puise mon inspiration.

Osez la rencontre !