Gabriel Garcia Bernal, le sexe-symbole engagé

Fabienne Bradfer
Mis en ligne

A 34 ans, Gael Garcia Bernal défend le cinéma engagé. En tant qu’acteur et producteur. Pour « No », par exemple. Ou comment Pinochet a été contraint de quitter le pouvoir au Chili.

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Photo D.R.
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Gael Garcia Bernal, c’est d’abord un regard magnifique et un sourire enfantin constant même quand il enchaîne des interviews dans une suite parisienne pour défendre «  No », du Chilien Pablo Larrain, dont il est l’acteur principal et le producteur. Enfant de la balle (papa cinéaste, maman actrice), Gael est un acteur singulier. Il s’est vite imposé à la fois comme un sexe-symbole international et comme une des figures du renouveau du cinéma latino tout s’ouvrant au monde. Dans sa filmographie se côtoient des cinéastes comme Alejandro Inarritu («  Amours chiennes »), Alfonso Cuaron («  Y tu mama tambien »), Fernando Meirelles («  Blindness »), Jim Jarmusch (« The limits of control »), Walter Salles («  Carnets de voyage »), Pedro Almodovar («  La mauvaise éducation  ») ou Michel Gondry («  La science des rêves »). À 34 ans, ce jeune Mexicain aurait pu s’installer à Hollywood. Il vit à Buenos Aires, par choix. C’est le même besoin de liberté et d’engagement qui l’a poussé à créer sa maison de production Canana Films.

Qu’est-ce que Pinochet évoquait pour vous avant de faire ce film ?

Je n’ai jamais eu à avoir peur de Pinochet. J’ai toujours pensé que c’était une poupée ridicule, pas trop intelligent. Mais avant de faire le film, je savais peu sur lui si ce n’est qu’il avait été « destitué » à cause d’un référendum. Une chose que peu de gens ont eu conscience. Car Pinochet lui-même restait assez secret, il ne quittait que rarement son palais. Peu de gens savent qu’il est mort millionnaire.

Êtes-vous quelqu’un de politique ou plutôt apolitique ?

Je crois que chacun est au fond de lui un animal politique. Rien que le fait d’échanger des idées, de discuter avec d’autres personnes est en soi un acte politique. J’aime d’ailleurs la chose politique, elle permet d’avancer dans le monde.

C’est la même chose pour votre choix de films ?

Oui, je le crois. Mais en Amérique, la plupart des gens ont la politique dans la peau, d’une manière ou d’autre autre.

Et la publicité en tant qu’outil politique ?

Elle l’a toujours été. C’est avec elle que la politique a commencé : les politiciens n’ont jamais cessé de communiquer. Certains appellent ça de la propagande mais ça rejoint aussi la religion qui, elle, n’a jamais eu de cesse de transmettre des messages. La lune, les signes, les étoiles ont toujours servi de vecteurs de communication. La publicité n’est jamais très loin de l’outil politique, quelle que soit sa forme.

En quoi ce personnage rejoint-il votre personnalité ?

Je pense qu’on a le même sens de l’humanité, une empathie commune pour les gens. Et sans doute une certaine volonté. René Saavedra est une personne bien de son temps en même temps qu’il représente tous les combats universels. On ne peut que se sentir en adéquation avec le voyage qu’il entreprend. J’aime aussi l’idée que c’est un exilé.

Qu’avez-vous appris avec Pablo Larrain et ce personnage ?

Pablo est un type génial et un grand réalisateur. On peut facilement parler avec lui, il est loyal et intelligent. C’est un metteur en scène fantastique. Il m’a appris beaucoup. À m’impliquer encore plus dans la recherche et l’analyse démocratiques. À considérer qu’il n’y a pas de frontière dans le totalitarisme ou sa conséquence directe, l’emprisonnement. Qu’un prisonnier au Cambodge, en Afrique du Sud ou en Amérique est toujours quelqu’un privé de ses droits fondamentaux, quelle que soit son origine ou sa nationalité.

Vous êtes avant tout acteur. Mais ici, vous agissez également en tant que producteur. En quoi était-ce essentiel pour vous ?

Ici, l’engagement était normal car j’ai été impliqué dès le départ, dès sa gestation. Je suis fan du point de vue développé par Pablo. En fait, la question serait même : pourquoi ne me serais-je pas engagé directement dans le processus ? Le sujet était trop important. Ces dix dernières années, j’ai tourné à Paris, à Londres, aux Etats-Unis, à Madrid… J’ai touché à des tas de réalités différentes et j’aime ça. Mais je n’ai pas retrouvé la même liberté et la même énergie que dans le cinéma sud-américain. Or j’aime l’idée, en tant qu’acteur et producteur, de me constituer une bande.

Osez la rencontre !