Plus haut, plus vite, plus fort
La décision prise ce jeudi par la Banque centrale européenne réjouit doublement. D’abord, parce que l’institution de Francfort a prouvé son indépendance : malgré le poids de la Bundesbank, malgré les voix qui en Allemagne plaidaient au moins pour un statu quo, sinon pour un relèvement des taux, la BCE a décidé du contraire. Certes, la décision s’imposait au vu de l’état cataleptique de l’économie européenne dans son ensemble, et au regard des réactions sur les autres continents : les Etats-Unis viennent d’annoncer la prolongation de mesures anticrises, et le Japon ouvre grand les vannes monétaires. Mais les institutions européennes avaient additionné les mauvaises surprises (la dernière étant la manière dont elles ont tenté de résoudre la crise chypriote). L’autre élément positif, c’est que la BCE comprend que la politique monétaire consiste surtout à parler juste et fort, afin de gérer efficacement les anticipations des différents acteurs économiques. En septembre, déjà, elle avait éteint la spéculation en se disant prête à acheter sans réserve des obligations d’États en difficulté. Aujourd’hui, elle déclare que le robinet à liquidité sera grand ouvert, quoiqu’il arrive, jusqu’en juillet 2014. Voilà qui rassure un système financier encore très fragile.
Mais pourquoi faut-il que l’Europe, décidément fâchée avec la Grèce, s’acharne à contredire la devise olympique (plus haut, plus vite, plus fort) ? Pourquoi toujours faire trop peu, trop lentement, trop tard ? Aux Etats-Unis, un pays qui a retrouvé la croissance (+2,5 % aux dernières nouvelles) et qui a marqué des points contre le chômage (il est retombé à 7,6 %), la Réserve fédérale a abaissé depuis longtemps son taux directeur à zéro. Et elle maintiendra ces conditions « très accommodantes » jusqu’à ce que le chômage retombe sous les 6,5 %. La politique monétaire américaine peut parfois militer pour le bien-être social !
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Voir toutes les réactions Les taux de la BCE sont historiquement bas et ce ne sont pas quelques dixièmes de pourcent de plus ou de moins qui changera quoi que ce soit à la santé de l'économie. La question à poser est de savoir pourquoi, alors que les taux d'intérêts sont inférieurs au taux d'inflation, pourquoi donc les ménages européens conservent des milliers de milliards d'en banque et autres instruments financiers sans risque, plutôt que d'en investir ne fut-ce qu'une fraction dans des entreprises existantes ou à créer? Les seuls ménages belges ont un patrimoine financier de 800 milliards dont la majeure partie dort sur des comptes en banque ou dans des produits semblables. A quand des particuliers qui feront directement des prêts à des PME ou des TPE, ou qui prendront des participations au capital de ces entreprises? Peut-être quand la politique fiscale et sociale offrira des perspectives de rentabilité décente, peut-être lorsque les statistiques des faillites amorceront une courbe rent[...]
Très bon éditorial qui met bien en lumière la faiblesse de l'Europe. Cette Europe à bout de souffle et d'idées est engluée dans une vision dogmatique libérale. Elle s'enfonce dans une récession violente tandis que les autres continents se relèvent et nous tailles des croupières. Faisons comme les américains et les japonais: faisons marcher la planche à billets et créons de l'inflation. Dans l'histoire économique des crises libérales, c'est le seul moyen d'y arriver.
L'émission monétaire massive de la Fed n'a pas du tout pour objectif de relancer l'économie (même si ce discours de la Fed amadoue notre gauche). Son objectif premier est de compenser l'inflation des actifs financiers US qui gonflent les marchés boursiers. Son effet deuxième est l'appropriation des ressources et de l'économie des pays tiers à travers le dumping monétaire.
Les Etats-Unis connaissent une certaine amélioration économique à partir de leur pillage des ressources industrielles et financières de l'Europe - ce qui a provoqué la crise chez nous - , et des ressources naturelles de l'Afrique - les guerres là-bas. L'obligation de nous aligner sur la politique de la Fed est seulement un des reflets de notre soumission à l'impérialisme US/GB. Le capitalisme dur qui détruit notre modèle socio-économique trouve son origine dans le "Laisser faire, laisser aller" de la thalassocratie anglo-saxonne qui vit de l'exploitation des ressources et des populations dans le monde.








@ nicopapa - "Pourquoi nos épargnants n'investissent-ils pas dans des entreprises existantes ou á créer ?" Vous avez posé LA bonne question. 1 ) Outre l'effet de taille pour accéder au marché, les moyens de production / distribution essentiels sont verrouillés. 2 ) Dans l'état actuel des choses, il n'est pas possible d'investir, au risque de se faire éjecter à grands frais du marché, impossible de rivaliser avec des fonds d'investissement et des multinationales de plus en plus concentrées, omniprésentes et réactives, financées tantôt par la banque centrale de leur pays (dumping monétaire) ou à partir de fonds d'investissements ayant des actifs gonflés à recycler (dumping financier). Pour bien faire, il faudrait brider chez nous l'activité de ces sociétés, qui bénéficient d'un avantage déloyal au niveau de la marge bénéficiaire, parce que soit leur trésorerie est supérieure, soit le coût de leur financement est plus faible.