L’Europe a besoin de vous (et vice versa)

Maroun Labaki
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Ce samedi, à l’occasion de la journée «portes ouvertes» des institutions européennes, l’Europe a été à la rencontre des citoyens, pour expliquer tout ce qu’elle était. Bel effort! Mais qui paraît tellement dérisoire eu égard à la vague de méfiance, voire d’hostilité, que gonflent quasiment partout l’austérité et l’angoisse des lendemains.

Disons-le tout net: l’Union européenne n’est pas parfaite, loin de là. Ce désamour sans frontières est cependant injuste. L’Europe n’est pas responsable des déficits publics creusés par nos Etats, elle n’est pas responsable de la culbute de Lehman Brothers, elle n’est pas responsable de la perte de compétitivité de nos entreprises,etc.

Bien sûr, c’est compliqué tout ça! Comme le monde, comme la vie. Alors les populistes de gauche et de droite, ainsi que l’extrême droite, tous anti-européens, s’en donnent à cœur joie avec leurs slogans et leurs réponses faciles. Leur ascension s’apparente aujourd’hui à un triomphe.

Certes, les situations nationales sont différentes, mais les feux clignotent en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Grèce, en Hongrie, et dans plusieurs pays riches du nord de l’Europe – et ce ne sont pas de joyeux lampions. Gare à l’allure que prendra, dans ces conditions, le Parlement européen qui sera élu dans un peu plus d’un an!

On l’a vu ces dernières semaines: l’Europe a mis un peu d’eau dans le vin de l’austérité. C’était politiquement nécessaire. Pour le reste, l’impression demeure que la politique de la rustine a été érigée en modèle de gouvernance, alors que seul un sérieux saut qualitatif vers davantage d’Europe (avec davantage de contrôle démocratique) peut nous éviter de tomber encore plus bas, avec plus de chômage et plus de souffrances. Autour du rond-point Schuman comme dans les capitales, nos dirigeants semblent tétanisésà l’idée de le dire et peut-être même de le penser. Encéphalogramme plat.

Attendrons-nous de toucher le fond? L’Europe est un grand projet de civilisation, de paix, de liberté, de progrès, de démocratie, de solidarité, etc. Et c’est aussi notre seule chance de résister aux empires économiques émergents. Samedi, lors du débat «citoyen» sur l’avenir de l’Europe organisé à Bruxelles par Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission européenne, Paul Dujardin, le directeur du Palais des Beaux-Arts, a lancé: «Souvent, on se demande ce que l’Europe fait pour nous. Nous devons aussi nous demander ce que nous, citoyens, faisons pour l’Europe.» Il a raison. C’est notre affaire – à tous.

Vos réactions

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31. Labrador dit le 07/05/2013, 16:34

@ Lidju - Fondamentalement l'exemple RTBF / RTL est un des meilleurs et trop rares exemples d'un schéma de partage public / privé, construit avec le temps sur la base du consensus démocratique.

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30. Labrador dit le 07/05/2013, 16:18

@ BruxellesdanslaRue - Je crois aussi qu'on a vraiment besoin d'une presse écrite (papier et numérique) financée par le service public, "politisée", càd, ayant une représentation démocratique, brièvement, une extension du schéma des médias audiovisuels type RTBF/RTL, où, en plus d'une information utile, locale et internationale, la plus complète possible, des tribunes où les partis pourraient présenter leurs programmes (qui connaît les programmes politiques des partis?), interroger les citoyens, débattre avec eux, voire débattre entre partis, avec aussi des scientifiques, des citoyens d'expérience ... Très peu de gens savent ce qu'est la politique. Il y a là une matière didactique, enrichissante, participative aussi, également une manière de rapprocher le citoyen de la société.

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29. Labrador dit le 07/05/2013, 15:28

Je me souviens avoir lu l'an dernier un rapport d'investisseurs de Wall Street conseillant d'investir dans France Telecom, parce que, grâce à sa "restructuration" (et à un certain coût humain), le rendement, le "yield", était de 10%. Ces 10% sont des dividendes qui quittent l'Europe, ne sont pas ré-investis, et provoquent de la dé-croissance. Avec la nouvelle législation de l'UE sur les capitaux, des milliers de milliards de dollars ont été investis en Europe, dans le but de prélever la marge bénéficiaire, qui aurait dû être réinvestie. Des centaines de milliards d'euros de marges quittent l'Europe. Petit conseil pour M. De Gucht : bien différencier entre chiffre d'affaires (facturation, figurant dans la balance commerciale) et valeur ajoutée ou marge bénéficiaire (dividendes, intérêts...). Cette dernière quitte l'UE et n'est pas réinvestie.

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28. Labrador dit le 07/05/2013, 14:59

@ jmv71 - La protection du consommateur est essentielle, mais cela ne suffit pas, et c'est bien cela que tout le monde reproche à l'Europe, c'est de n'être qu'un grand marché. L'UE ne nous protège pas comme citoyens, travailleurs, contribuables.... Le plus grave est cette nouvelle législation de la Commission qui oblige les Etats à appliquer des "réformes structurelles" - en clair privatiser - , à liquider le patrimoine public, à céder le monopole public sur, par ex. les communications, donc à céder la facturation à des fonds d'investissement, et à réduire encore les recettes fiscales ! Quant à la législation financière et commerciale, on a déjà longuement parlé, il ne faut pas être un expert du commerce international pour s'apercevoir que c'est un massacre pour notre industrie. On parle beaucoup de la dette publique, mais la dette privée, à cause du dumping financier, s'aggrave de jour en jour. A mon avis, les négociateurs ne sont pas conscients des enjeux et [...]

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27. BruxellesdanslaRue dit le 07/05/2013, 14:50

... des peuples!

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