Viens chez moi, j’habite sur la Grand-Place...
Si la Grand-Place est incontestablement la place la plus emblématique de Belgique, elle n’est pas la plus chère, loin de là.
Sur les 39 bâtiments qui la bordent, 23 appartiennent à des propriétaires privés même si peu y habitent encore.
Salut ! T’habites où ? Au n°1 Grand-Place... Ne riez pas, cette conversation pourrait appartenir à la réalité. Nulle autre place en Belgique n’a la symbolique de la Grand-Place, située en plein cœur de Bruxelles.
Difficile de faire mieux, diront la majorité. Se réveiller le matin, tirer les rideaux et apercevoir par la fenêtre la façade de l’Hôtel de Ville ou celle de la Maison du Roi n’est pas anodin. Mais cela ne présente pas que des avantages non plus. Pour le parking, notamment, ou encore les accès à l’appartement, que ce soit via des cages d’escalier souvent étriquées, ou via des fonds de cour.
En compulsant en compagnie d’Eric Demarbaix, le directeur du cercle d’Histoire de Bruxelles, un livre sur les bâtiments de ce haut-lieu du tourisme (1), nous avons été frappés de constater que sur les 39 bâtiments recensés -et qui s’étalent du n°1 (la maison du Roi d’Espagne) au n°39 (L’Âne)- 23 appartiennent à des privés, 5 à des banques, 2 à des sociétés mixtes, 3 à des sociétés immobilières et 6 à la Régie Foncière de la Ville.
Mais si l’on veut savoir combien de personnes vivent effectivement dans leurs logements de la Grand-Place, c’est plus difficile à dire. « Ils doivent se sompter sur les doigts de la main, affirme ainsi Geoffroy Coomans de Brachène, l’échevin de l’urbanisme de la Ville. Certains étages sont utilisés par des magasins et j’imagine que plusieurs personnes restent domiciliées à la Grand-Place pour profiter d’une carte de riverains... Il y a même une maison à l’abandon. »
Situeé au n°28, la Ville a un mal fou à persuader le propriétaire dont elle veut taire le nom de procéder à des travaux de rénovation que celui-ci juge trop coûteux...
En termes de rénovation, justement, il est bon de signaler que les propriétaires ne doivent pas rénover leurs façades. « Celles-ci sont restaurées à cent pour cent par la Ville qui reçoit elle-même un subside de la part de la Région puisque la Grand-Place fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. poursuit l’Echevin. Pour effectuer des travaux à l’intérieur de sa maison, c’est un peu différent. Les parties classées feront elles aussi l’objet de subsides. Le reste sera à charge du propriétaire. »
Ce système de subsides, les propriétaires actuels le doivent à un certain Charles Buls, présenté par beaucoup comme le « sauveur » de la Grand-Place. « Bourgmestre de Bruxelles à la fin du 19e siècle, c’est lui qui a mis le système de subsides en place, révèle à son sujet Eric Demarbaix, proprement incollable lorsqu’il s’agit d’évoquer la Grand-Place sur un plan historique. Celle-ci commence à voir le jour au tout début du Moyen-Âge, soit vers la fin du 12e siècle, avec l’apparition des premières maisons en bois autour du Nedermerkt, un marché qui se déroulait sur une zone de marécages asséchés. »
La Grand-Place connaîtra sa première transformation importante dans la première moitié du 15e siècle avec la construction de l’Hôtel de Ville. « Il prendra 60 ans pour être achevé, insiste Eric Demarbaix. Sont apparues ensuite la Maison du Roi ainsi que quelques maisons en pierres, dans le bas de la place, côté Roi d’Espagne. »
Mais le vrai « moteur » de la Grand-Place dans sa configuration actuelle, c’est à un événement tragique qu’on le doit : le bombardement de la Ville par le maréchal de Villeroy, pendant trois jours d’août 1695, soit-disant en représailles à des bombardements par la flotte anglaise des villes françaises de la Manche. La Grand-Place n’est pas épargnée. « C’est à la suite de ce bombardement qu’on construit du neuf et qu’on décide d’aligner les maisons qui ceinturent la place, poursuit l’historien. Tout est reconstruit en six ans à peine, jusqu’en 1702 ! Le style de la Grand-Place est une copie de l’architecture espagnole. Rhabillée plus tard, seule la Maison du Roi présente un style baroque. Quant aux statues de l’Hôtel de Ville, elles ont été placées au 19e siècle. »
Dans le repère du Cercle d’Histoire situé dans la cité du Sureau, à deux pas de la place Sainte-Catherine, Eric Demarbaix nous montre un article du Soir de 1999 sur la Grand-Place. « Un appartement une chambre se louait à l’époque pour 20.000 francs (500 euros) par mois, plus 4.000 francs (100 euros) de charges », dit-il.
Un prix qui a forcément évolué aujourd’hui même si la Grand-Place n’est pas la place la plus chère, loin s’en faut, de Belgique (lire en page 5).
Intéressés par un achat ? Comptez 3.000 euros du mètre carré. C’est cinq fois moins que sur la place Albert au Zoute.
Un petit conseil toutefois : allez sonner à la porte de la Régie Foncière de la Ville de Bruxelles avant de vous décider. Les prix y sont, paraît-il, moins chers...
(1) « Les Maisons de la Grand-PlaCE DE BRUXELLES », aux éditions cfc.



