L’affaire Viktor dévoile une double hypocrisie

Frédéric Soumois
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La première: l’affaire Viktor souligne crûment qu’il y a effectivement des limites à ce que la sécurité sociale peut payer pour une vie. Dans certains pays, cette limite est même précisément fixée, pour une année avec qualité de vie à des seuils tournant autour de 50.000 euros. Au-delà desquels les systèmes de santé estiment démesuré de dépenser l’argent commun. La commission de remboursement de l’Inami, qui comprend des représentants de tous les acteurs de la santé, n’a, elle, pas dit non à l’idée de payer le médicament le plus cher aujourd’hui sur le marché, un demi-million d’euros par an. Mais elle a demandé que la firme fasse un pas vers un prix plus raisonnable.

Même si c’est très dur à écrire en regardant un petit garçon de 7 ans dans les yeux, les membres de cette Commission, qui représentent des intérêts divers – et parfois divergents – du système de santé, ont fait là exactement ce pour quoi ils sont nommés: peser si un nouveau médicament apporte un bienfait réel au patient, le rembourser proportionnellement à ce bienfait. Mais aussi faire survivre le système global. Car quel serait le sens d’un système qui rembourse tout à n’importe quel prix et qui, au mois d’avril, ne pourrait plus honorer les factures des patients, laisserait les hôpitaux en faillite, l’offre de soins en désuétude? Ce n’est pas de la fiction, c’est déjà le cas chez certains de nos voisins du sud de l’Europe…

Au demeurant, cette commission n’a pas dit non, mais n’a demandé que de la mesure. Et offert de négocier, ce que la firme productrice a refusé, avant de s’adjoindre les services d’une firme de relations publiques pour faire que personne n’ignore le regard de Viktor.

La seconde: sait-on que la même firme ne donne aucune transparence sur le coût de revient de son médicament? Qu’elle n’envisage même pas de le distribuer dans des pays européens qu’elle sait dépourvus des ressources nécessaires pour le payer? Et où, pourtant, des Viktor anonymes vivent aussi et seraient sauvés par ce médicament?

Certes, on ne peut pas faire grief aux actionnaires d’une firme qui a développé seule, en assumant des risques majeurs, de vouloir le juste prix de leur investissement patient. Mais on peut leur reprocher de jeter le visage de Viktor en pâture au moment même où elle négocie ce juste prix avec les autorités. Même si cela nous jette aux yeux qu’il y a effectivement une limite à la solidarité. Et que les choix vont devenir de plus en plus difficiles…

Vos réactions

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11. PierreFF dit le 08/05/2013, 17:20

dans le cas de produits vitaux, les états(ev l'Europe) devraient disposer d'une législation leur permettant de fixer une marge bénéficiaire max au fournisseur qui dans le cas de recherches sur des maladies rares de ce genre doit être large mais pas illimitée avec possibilité de l'imposer par exemple en refusant le brevet dans l'espace considéré.

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10. BruxellesdanslaRue dit le 08/05/2013, 11:24

[Salluste] (suite) Tertio, vous avez au moins raison sur un point: la Belgique est un enfer fiscal pour les travailleurs. Mais ce que vous ne dites pas, c'est que la Belgique est un paradis fiscal pour les rentiers. A titre d'illustration, sachez que si Mitt Romney (candidat malheureux à la prez US) était taxé en Belgique, il serait beaucoup plus riche que lorsqu'il est taxé aux USA. Nous avons en Belgique une fiscalité à deux vitesses qui est très odieuse et perverse. Or si vous demandiez un débat sur la fiscalité, vous affronteriez un mur plus grand que si vous demandiez aux Flamands de céder la côte belge à la Wallonie. Par ailleurs, les rentiers dont je parle ne sont pas des gens qui ont travaillé et économisé. Ce sont les centaines de multimillionnaires qui "rapasitent" notre travail. Car non content d'être dépositaires de fortunes colossales, ils prélèvent leur dîme sur notre travail. Le coût du Capital nous plombe davantages que le "coût du travail".

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9. BruxellesdanslaRue dit le 08/05/2013, 11:15

[Salluste] Vu le nombre de vos points d'interrogation, je me sens forcé d'apporter quelques réponses à vos nombreux sujets d'inquiétude. Primo, je suis scientifique et chercheur, ce qui me donne une idée du rôle limité mais flamboyant de la science dans la société et dans l'histoire. Le désintérêt de la science est manifeste. Prenons l'internet qui a été développé à 95% dans l'université du MIT et dans l'armée US, deux entités financées par le contribuable. Aujourd'hui l'internet est exploité par le privé à des prix exhorbitants, et le citoyen paie ce progrès une deuxième fois. Je pourrais aussi parler de la mécanique quantique ou de la météo si ça vous intéresse. Secundo, dans son projet de société, la droite (PS-CdH-MR et le reste du monde néolibéral) encourage la commercialisation de ces savoirs à des fins de profit privé. La gauche (la vraie) promeût un modèle où ces savoirs, développés avec vos taxes, bénéficieraient aux citoyens sans g

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8. Manuela a dit le 08/05/2013, 10:10

La société pharmaceutique Alexion a fait un bénéfice de 255 millions de dollars l'année passée. Les revenus annuels de son CEO Leonard Bell dépassent les 12 millions de dollars par an. Source: Forbes. Tout cela est financé par les contribuables. Vive le capitalisme.

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7. Politiblog dit le 08/05/2013, 06:55

Editorial courageux qui a pour qualité d'observer le phénomène avec du recul. Quand de telles décisions doivent être prises, je préfère qu'on prenne en compte l'ensemble des paramètres et qu'on voit plus loin que le bout de son nez. Tout n'est pas possible non plus; on pourrait sans douter dépenser tout le PIB de la Belgique sans pour autant réussir à soigner 100% des malades... Je préfère amplement des gens qui ne perdent pas la notion de réalité que des politiciens qui se laissent prendre au piège (ou qui eux-mêmes posent le piège) de l'émotion causée par les médias, voire qui en profitent pour des raisons purement électoraliste (une fois de plus, Laurette veut paraître altruiste... Avec l'argent des autres, qui n'est hélas pas inépuisable).

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