Nicole Kidman: «Je déteste le conformisme et la médiocrité»

Philippe Manche
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La future Grace Kelly incarne une mère en manque affectif dans « Stoker », le très beau film du Coréen Park Chan-wook, réalisateur du déjà puissant « Old Boy ». Entretien

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Bien sûr, Nicole Kidman est une star internationale. Mais sans doute parce qu’elle est australienne, sans doute aussi parce que ses choix de rôles sont toujours bien sentis (grand écart entre superproduction et film d’auteur), la comédienne n’en reste pas moins simple pour autant. C’est cela. Nicole Kidman a la tête sur les épaules. Qui mène sa barque de manière spontanée et instinctive. « Je déteste le conformisme et la médiocrité », dit-elle dans cet hôtel londonien de Soho.

Park Chan-wook a la réputation de travailler à la manière d’un artisan. C’est ce qui vous a attiré chez lui ?

Je pense que c’est quelqu’un d’extrêmement brillant derrière son travail de cinéaste. C’est un maître. Il fait des films magnifiques. J’ai vu Stoker pour la première fois au festival de Sundance et j’étais sidérée. La construction du film est magistrale. J’y ai découvert des choses dont je n’étais pas consciente à l’époque du tournage. Comme cette scène de la brosse à cheveux qui se transforme en herbe. Il n’a donné aucune explication, on faisait partie de l’orchestre, nous étions des instruments et lui construisait la mélodie. J’adorerais retravailler encore avec lui. Et pourtant ce n’est pas spécialement évident parce qu’il ne parle pas anglais. C’est un peu comme lorsque j’ai fait « The Others », avec Alejandro Amenabar. Même si Alejandro parle un peu, mais pas couramment. Ceci étant, tous les deux possèdent une telle habilité en termes de cinéma que nous, comédiens, leur faisons confiance. Ce n’est même pas une question de choix, c’est ainsi. Nous savons que nous sommes entre de bonnes mains. C’est moins flippant que si j’avais eu à travailler avec quelqu’un dont c’est le premier film et qui ne parle pas anglais.

Concrètement, sur le tournage, il est accompagné d’un interprète ?

Oui, bien sûr, et ça fonctionne. En fait c’est un peu comme lorsque nous faisons de la promotion avec des journalistes japonais qui ne parlent pas anglais, mais qui bénéficient d’un interprète. Rien de neuf, ça prend juste un peu plus de temps. Parce qu’il est important de nuancer les propos. Pour revenir à Park Chan-wook, c’est juste une question de rythme. Ce sont souvent des plans assez longs, de deux ou trois minutes. Ce qui veut dire que ça vous prend la moitié de la journée quand ce n’est pas la journée complète. Et au bout du compte, tout se fait au ralenti, c’est un train particulier. Et éloigné d’un Lee Daniel, avec qui j’ai fait Paperboy. Lui, c’était : « Vas-y ! Essaie un peu ! » Passer de la Louisiane, « Paperboy » et Lee Daniel à Nashville, « Stoker », Park Chan-wook, c’est assez incroyable.

Comment parleriez-vous de votre rôle de maman dans « Stoker » ?

Quand vous étudiez le théâtre, la dramaturgie chez Tennessee Williams, dans les tragédies grecques ou chez Shakespeare, les rôles de mères sont toujours assez complexes. Si je me réfère à « The Others », j’ai toujours conçu le film comme une espèce de tragédie grecque avec un petit quelque chose à la Tennessee Williams. D’ailleurs nous avons souvent parlé de Williams avec Park. Il se fait que nous avons tourné dans le Sud, mais il n’y a aucune autre indication. Par exemple, nous n’avons pas d’accent typiquement de la région. Il voulait quelque chose d’intemporel, et mon personnage est juste fébrile et en manque d’affection.

Des rôles à chaque fois très stimulants et exigeants. Vous avez aussi tourné « Grace de Monaco », le biopic d’Olivier Dahan…

Oui, ça c’était après « Paperboy ». Et entre les deux, j’ai fait « The Railway Man », un film anglais, de Jonathan Teplitzky. Je tenais à le faire même si j’ai un petit rôle parce le thème tourne autour du pardon. Et puis je voulais travailler avec Colin Firth.

Vous étiez dans vos petits souliers pour interpréter Grace Kelly ?

Je suis toujours inquiète avant d’aborder un rôle. J’ai adoré travailler avec Olivier Dahan, il a une personnalité magnétique. J’étais ravie d’être en France, nous étions dans des endroits magnifiques et j’étais contente d’offrir un peu de ce mode de vie français à mes enfants. Maintenant, oui, bien sûr qu’il y a une responsabilité à interpréter quelqu’un comme Grace Kelly, j’ai vu ses films, oui, je pense la connaître un peu plus aujourd’hui.

Un mot sur Mia Wasikowska, votre jeune partenaire de « Stoker » qui, comme vous, est australienne. Vous reconnaissez-vous en elle à son âge ?

Je crois que je lui ai dit une fois sur le tournage que si elle avait besoin d’un conseil, j’étais là. J’ai déjà vécu ce genre de situation avec des actrices plus âgées. Ça peut être rassurant. Mia, je l’adore. Un jour, elle était assise un livre à la main. Je lui demande ce qu’elle lit et elle me montre un Tchekhov. Et moi : « Ça y est ! C’est ma fille ! » La plupart des comédiens pianotent sur leur téléphone ou tablette entre les prises et Mia, elle, passe son temps à lire. En cela, nous sommes proches. J’ai toujours adoré bouquiner et c’est pour cela que je suis devenue comédienne. Parce je passais mon temps à lire. Pas que des pièces. Des tonnes de romans. C’est avec ça que j’ai développé ma sensibilité. Et puis, en tant qu’enfant, je ne vois pas meilleur moyen pour s’évader.

Osez la rencontre !