Robert Redford revient à son meilleur niveau
37 ans après « Les hommes du président », « Sous surveillance » ramène l’acteur-réalisateur à un niveau plus que respectable.
Il faut imaginer la scène. Nous sommes à Venise. Sur le Lido. C’est la fin de l’été et la Mostra, qui bat ce jour-là son plein, a trouvé son lion. Robert Redford, 76 ans, s’avance. Veston blanc, lunettes fumées, chaussures claires. Autant de signes extérieurs qui nous rappellent qu’avant de prendre les traits de Leonardo DiCaprio, Gatsby le magnifique eut sur grand écran la silhouette racée, calme et élégante de Redford. Redford est un lion et lorsque, sous le soleil exactement, il quitte une panthère noire automobile pour fendre une foule d’Italiens en extase, comme saisis par un silence religieux, et rencontrer une demi-douzaine de journalistes européens, à cet instant précis, on sait ce que c’est une star : figure mystique, étoile tombée du ciel, poussière de rêve.
Redford appartient à la mémoire et à l’imaginaire. Il vous parle, et ce n’est pas tout à fait lui. C’est lui… et un peu plus. C’est Butch Cassidy, Jeremiah Johnson, Bob Woodward, Brubaker, le « condor »… ou Gatsby. Cela fait une trentaine d’années que Redford comme Eastwood mais avec, lui, le cœur à gauche, consacre une partie de sa vie d’acteur à sa carrière de réalisateur. L’homme nous livre aujourd’hui son neuvième film. Son cinéma est carré, solide, traditionnel. Il cède parfois à un certain didactisme. Pas avec «
Votre film nous renvoie au souvenir des « Hommes du président ». Il y est question du métier de journaliste… à l’ère d’internet. Les temps ont-ils changé ?
Je crois que tout a changé. C’était inévitable. Le monde a changé du tout au tout. Les conditions sont différentes, et cela affecte le journalisme, bien sûr. Internet, la création des ordinateurs, les nouvelles technologies, tout cela a marqué son empreinte sur le métier, et le journalisme a dû s’adapter à ce nouveau paysage. Ce dont parlait «
Y a-t-il pourtant des fondamentaux ? Des points communs entre le journaliste de votre film et les Woodward et Bernstein des « Hommes du président » ?
Dans «
Le cinéma aurait-il, lui aussi, changé à la même proportion que le journalisme ?
Les changements sont là aussi inévitables. Si j’ai lancé le festival de Sundance, il y a une trentaine d’années, c’était pour protester contre la centralisation qui menaçait l’industrie du cinéma. Il me semblait qu’on pouvait trouver une façon plus humaniste de travailler dans le cinéma indépendant. Moi, je venais d’une décennie, les années 70, dans laquelle il y avait de la place pour le mainstream et pour le cinéma d’auteur. Et tout à coup, au début des années 80, le mainstream prenait le pouvoir sans laisser de miettes au cinéma indépendant. C’était inquiétant, ça. Et Sundance est né en réponse à cette inquiétude.
Vous avez l’image de l’artiste engagé. S’agissant de vous, on évoque souvent votre conscience politique. D’où vous vient-elle ?
C’est en Europe que, tout jeune, je me suis ouvert à la conscience politique. Avant cela, aux Etats-Unis, je n’étais intéressé que par les arts et le sport. Je trouvais la politique ennuyeuse. Lorsque je suis arrivé en France à l’âge de 18 ans, j’étais très naïf. Et les Français, sans le vouloir, me renvoyaient l’image d’un petit gars bien fade. Ils me disaient : « Alors, vous qui venez du grand pays de la liberté, que pensez-vous de ceci, de cela… ? » Je n’avais rien à dire. Je ne savais rien. Je me sentais si humilié que j’ai commencé à m’éveiller, notamment politiquement. Et j’ai commencé à me pencher sur l’état de mon pays. De sorte que lorsque je suis rentré dans mon pays, ma vision de l’Amérique s’était élargie.
Que pensiez-vous, à l’époque, des activistes du Weather Underground ?
J’avais beaucoup de sympathie pour ce qu’ils faisaient. À l’époque, j’étais un jeune acteur, tâtonnant, débutant. Mais les Weather Underground n’étaient pas isolés, dans ce qu’ils exprimaient. Vous aviez des gens tels que les Rolling Stones, les Beatles, Bob Dylan qui exprimaient ce même état d’esprit, eux par la musique. Vous aviez la musique, la mode, les Underground… Période terriblement excitante. Le changement était en marche. L’heure était au combat. Vous savez, j’ai envisagé il y a une trentaine d’années déjà de m’attaquer à ce sujet. Mais à l’époque, je n’avais pas assez de recul. Il y a le lien à l’histoire américaine. Mais derrière l’histoire de ce fugitif, traqué par le FBI et contraint de se cacher sous un nom d’emprunt, il y a peut-être aussi une variation contemporaine autour des «
Que sont devenus tous ces combats ? Où sont parties ces énergies ?
C’est complexe. Mais l’Amérique du milieu des années 70 avait encore une incontestable part d’innocence. Elle est partie. D’une certaine façon, et même si je n’aurais jamais vu les choses de cette manière à l’époque, je pense que tant les républicains que les démocrates recherchaient la vérité, du temps du Watergate. Les deux camps travaillaient de concert pour tenter de trouver la vérité. Au-delà des controverses et procédures liées à l’affaire, il y avait malgré tout un souci de moralité publique.
Cela faisait six ans qu’on ne vous avait plus vu devant la caméra. Pourquoi cela devient-il si rare ?
Personne ne veut de moi, je suppose… Pourtant, je vous assure que j’aime énormément faire mon travail d’acteur. Ce n’est pas chose si facile ni naturelle de jouer tout en réalisant un film. Film au très petit budget, ceci dit en passant. Et petit budget veut dire tournage serré, court. Sans prendre le temps de diriger vos comédiens. Ni de répéter beaucoup. De là à me choisir comme acteur de mon film…










