Harun Farocki, explorateur au long cours du monde de l’image
Argos présente en cinq oeuvres les questionnements de Harun Farocki sur l’image, son évolution et son pouvoir.
Homme de cinéma et de télévision, Harun Farocki développe depuis de nombreuses années tout un travail sur la question de la mise en images, de la signification de celles-ci, de leur évolution, de leur utilisation par les médias mais aussi par les divers pouvoirs…
On ne s’étonne donc pas de retrouver son travail chez Argos, Centre for art and media, où l’univers de l’art vidéo est constamment mis en valeur. Pour cette exposition en solo, l’artiste né en 1944 en Tchécoslovaquie mais vivant à Berlin, présente cinq dispositifs sous le titre Side by Side (côte à côte). Pour chacun d’entre eux, des images sont projetées sur deux écrans voisins, permettant les comparaisons, les contradictions, les multiplications de points de vue, les décryptages…
Comme souvent en matière d’art vidéo, il faut du temps pour faire le tour de cette exposition, chaque œuvre durant entre 17 et 25 minutes. À travers ses installations, Harun Farocki tient en effet un discours aussi passionnant que structuré sur le pouvoir de l’image. On a donc tout intérêt à voir chacune d’entre elles d’un bout à l’autre pour en comprendre pleinement la signification et les multiples implications.
Pour bien saisir le travail de l’artiste, Interface est sans doute la pièce la plus parlante. Il y analyse en effet son propre travail sur l’image depuis ses débuts avec la pellicule cinéma jusqu’à son utilisation actuelle de l’image numérique. Entre les deux, il revient sur de nombreux aspects de son travail dont l’utilisation d’images existantes auxquelles il donne un sens nouveau. Se filmant en train de visionner son propre travail, il répète aussi avec un léger décalage les commentaires de ses réalisations anciennes. Étrange phénomène de dédoublement accompagnant les manipulations d’images dont le réalisateur nous montre à la fois les secrets et les raisons d’être.
On peut ensuite se plonger dans les quatre autres installations avec, en ce qui nous concerne, une préférence pour The Silver and the Cross, impressionnante exploration filmée du tableau Description de Cerro Rico et la Municipalité impériale de Potosi.
Harun Farocki filme dans le moindre détail cette œuvre réalisée par Gaspar Miguel de Berrio en 1758 tout en nous livrant régulièrement des images des mêmes sites aujourd’hui. Il nous plonge au cœur de l’œuvre, filmant chaque maison, chaque personnage, chaque ruelle pour mieux nous faire comprendre la force de l’image. Et la manière dont celle-ci servait à l’époque le propos colonial évacuant par exemple les travailleurs indiens en quelques traits alors que la classe dirigeante espagnole est dépeinte avec un luxe de détails.
On retrouve la question du travail dans Comparison via a third, réalisé en 2007, où il met côte à côte la fabrication de briques artisanales en Afrique et celle mécanisée à l’occidentale. Dans la foulée, il interroge l’évolution de l’image filmée dans Parallel, en explorant notamment l’incroyable bond qualitatif des représentations du réel dans les jeux vidéo.
Enfin, il établit un parallèle entre The man moving with a camera de Dziga Vertov et les caméras de surveillance dans l’agglomération lilloise. Il nous montre ainsi une journée dans la vie d’une ville au travers de milliers d’images filmées automatiquement et scrutées par des gens payés pour les regarder…
Passionnant, ce parcours en cinq œuvres livre une réflexion essentielle et d’innombrables questions sur l’image dans le monde actuel.










