A la recherche du temps perdu…

Jean Vouet
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Proche du parc Monceau, l’immense appartement de l’ambassadeur Raymond Gest et son épouse, née princesse Caroline Murat, est rénové de fond en comble au début des années 1960 et le couple a fait appel au célèbre décorateur Emilio Terry pour penser sa décoration. Ce dernier bénéficie de solides références, comme la rénovation de l’hôtel de Chanaleilles pour le milliardaire grec Stavros Niarchos ou encore, ce qui est considéré comme son chef-d’œuvre, ses décors pour le château et le parc de Groussay pour Charles de Bestegui, arbitre des élégances…

Grande décoration

Emilio Terry est issu d’un milieu privilégié. Né en 1890, il vécut à partir de l’âge de sept ans au château de Chenonceau, l’un des plus beaux châteaux de la Loire, qui appartint à Diane de Poitiers, puis à Catherine de Médicis. Sa famille d’origine espagnole et irlandaise, avait fait fortune à Cuba, ce qui lui permit sa vie durant de mener grand train. Bien que vivant à son époque en fréquentant Gabrielle Chanel, Jean Cocteau, Salvator Dali et les frères Giacometti pour ne citer que quelques noms, Emilio Terry était un admirateur du Grand Siècle, ce XVIIIe siècle si cher à la France. C’est plus particulièrement la période néoclassique qui l’intéressait et l’architecte qui le fascinait le plus était Nicolas Ledoux, dont les bâtiments empreints de rigueur et de solennité renvoyaient à l’architecture de Palladio. A côté de cet équilibre qui formait l’ossature de son travail, Emilio Terry avait le chic pour ajouter une touche de fantaisie qui permettait d’échapper à l’ennui des décors grandiloquents.

Un endroit hors du temps

Raymond Guest appartenait à une famille américaine fortunée et il fut un temps ambassadeur des Etats-Unis en Irlande. Depuis sa disparition en 1991 et jusqu’à sa propre mort en 2012, son épouse vécut dans l’appartement parisien, dont le décor fut préservé. Celui-ci avait été conçu comme un lieu de réception et en même temps de repos, un havre pour un couple voyageant beaucoup. Les références à l’Empire y étaient multiples de manière à rappeler les origines de madame Guest, prénommée Caroline comme son ancêtre, la sœur cadette de Napoléon Ier, reine de Naples et épouse du prince Murat.

Résultats

La provenance n’était pas l’enjeu majeur des enchères. En effet, le décor une fois défait, les meubles retrouvaient leur statut d’objets qui, certes, avaient un pedigree qui n’était pas anodin, mais qui ne les transformait pas en « must have », d’autant qu’ils appartiennent à une époque passablement dépréciée actuellement. C’est donc l’un des rares éléments modernes qui obtint le meilleur prix de l’ensemble, soit 193.500 euros, sur la base d’une estimation de 20.000 à 30.000 euros ! Il va à un immense tapis de plus de 7,5 par 4,5 mètres qui couvrait la quasi-totalité du parquet à la Versailles du grand salon, œuvre du décorateur lui-même, à la fois inspirée du néoclassicisme et des créations des années 1950. La fantaisie d’Emilio Terry est également présente dans un manteau de cheminée, qu’il dessina pour la salle à manger. En marbre gris, il est ponctué d’éléments en biscuits, inspirés par la porcelaine anglaise de Wedgwood, tant prisée sous Louis XVI. Résultat : 115.000 euros, bien au-delà des 8.000 à 10.000 euros espérés. Même surprise pour un canapé « confident » d’époque Napoléon III qui, sur la base d’une estimation de 4.000 à 6.000 euros, s’est négocié 61.500 euros ! Il proviendrait du palais de Blenheim, demeure des ducs de Marlborough.

Osez la rencontre !