Toutes les subtilités des arts d’Orient et de l’Islam
Un art riche, raffiné, confidentiel encore, rares étant ceux, galeristes et antiquaires à se spécialiser en ce domaine. A Paris, la galerie Kevorkian fait partager sa passion, ses trésors et ses connaissances, depuis trois générations déjà.
Gros plan sur trois pièces phares, choisies par Corinne Kevorkian.
Une céramique Minaï
Cette coupe minaï aux cavaliers en céramique siliceuse de petit feu à décor peint sous glaçure et émaillé sur glaçure a été mise en valeur à la Tefaf.
A propos du style Minaï, Corinne Kevorkian précise qu’on l’appelle aussi haft rang ou sept couleurs : « Ces pièces très luxueuses sont considérées comme parmi les plus remarquables créations de la céramique persane et islamique. De courte durée – et donc rare –, leur production a été arrêtée avec la conquête mongole en 1220. »
Caractéristiques de cette technique de production qui ne sera redécouverte en Europe qu’au XVIIIe siècle ? « Une cuisson à petit feu, c’est-à-dire à haute température pour les pigments les plus résistants, explique Corine Kevorkian, puis à basse température, sur glaçure refroidie, pour les plus fragiles et les rehauts d’or. Une technique qui permet d’élargir la gamme chromatique employée dans la céramique. Ajoutons que cette richesse chromatique nouvelle favorisera le développement de motifs figuratifs inspirés des arts du livre et du textile. Evoquant également des plaisirs princiers ou illustrant des textes poétiques tel le Shahnameh, le Livre des Rois iranien. Les livres et tissus de cette époque ayant presque intégralement disparu, cette série de céramiques offre un précieux témoignage de ce à quoi pouvaient ressembler les miniatures et textiles. Le thème des deux cavaliers de part et d’autre d’un arbre est une des iconographies classiques de la céramique minaï, probablement issue de l’art du textile. Elle est ici enrichie de nombreux éléments secondaires qui participent à la vivacité de la scène. Quant à la forme de cette coupe, avec son bord polylobé dont chaque lobe se termine en pointe, elle est particulièrement élaborée et inhabituelle. »
Une miniature moghole
Autre exemple de la richesse de ces arts d’Orient, cette page illustrée d’un Zafarnama de Yazdi : une miniature gouache et or sur papier signée Bhora et un texte en graphie nasta’liq à l’encre noire.
Aux non-initiés que nous sommes, l’antiquaire explique que le Zafarnama – Livre de la Victoire – est l’histoire en prose de Timur (Tamerlan), commandée par son petit-fils le sultan Ibrahim Shah Rukh à Sharaf al-Din ‘Ali Yazdi en 1424-25 de notre ère : « Le texte eut un grand succès en Iran et un exemplaire parvint à la cour moghole sous le règne de l’empereur Akbar avant 1595. C’est aux alentours de cette date qu’Akbar en commanda un exemplaire à l’atelier impérial pour sa bibliothèque. C’est de ce manuscrit aujourd’hui dispersé, la seule copie connue de ce texte provenant de l’atelier impérial moghol, qu’est issue cette remarquable scène de bataille illustrant une victoire de Timur sur les troupes de Nasir al-Din Mahmud Tughulg du Sultanat de Delhi. »
Une sculpture d’albâtre
Beauté translucide que celle de cette tête sud-arabique en albâtre. Une tête d’homme en haut-relief dont les yeux sont incrustés de pierre blanche en forme d’amande et dont les pupilles creusées portent des traces d’incrustations colorées. A noter encore le nez rectiligne et la bouche étroite pour cette tête au sommet et au dos inachevé. Explication : « Les têtes de ce type étaient fixées à l’aide d’un enduit dans des niches situées dans la partie supérieure des stèles funéraires inscrites. »
Galerie Kevorkian, Arts d’Orient et de l’Islam, 21 quai Malaquais, 75006 Paris. Tél. 33 (1) 42 60 72 91 – Site : www.galeriekevorkian.com.


