Considérée aujourd’hui comme un marché abordable, la Toscane se prépare à la reprise
Dans le domaine du luxe, la Toscane a longtemps été considérée comme un marché surévalué.Après plusieurs années de crise, les professionnels s’attendent à voir cette région prisée par le monde entier amorcer une reprise.Ils disent en mesurer déjà les premiers signes.
Bill Thomson a beau vivre depuis 1987 en Italie, la langue de Dante qu’il pratique à la perfection n’en a pas moins gardé une fameuse pointe d’accent anglais.
L’Angleterre ? Il y retourne souvent pour affaires mais c’est en Toscane qu’il se voit vivre encore de nombreuses années. « J’ai appris une chose ici, dit-il à l’ombre d’une glycine. Les gens prennent encore le temps de profiter des choses de la vie, et notamment du repas de midi. Et s’ils n’arrivent pas à faire ce qu’ils devaient faire, ils partent du principe qu’il n’y aura pas mort d’homme si le travail sera effectué le lendemain. Assez agréable comme philosophie de vie… »
Lorsque Bill Thomson émigre en Toscane pour y suivre celle qui deviendra son épouse, il met le pied à l’étrier en rénovant des fermes rurales qui pullulent dans la région. Il ne lui faudra que sept ans pour voir sa carrière prendre une autre ampleur puisqu’en 1994, il fonde Knight Frank Italie, une antenne du célèbre courtier anglais.
Le marché de la Toscane, il le connaît sur le bout des doigts. Tandis qu’il nous fait visiter une première maison en pierres typiques dans le village de Greve in Chianti, où le « classico » fait la fierté des vignerons du coin, il explique la situation d’un marché qui continue encore et toujours à attirer une clientèle internationale, parmi laquelle plusieurs Belges. « Le marché est aujourd’hui très lent, commence-t-il par dire. Concernant les prix, ils ont baissé de 30 à 40 % sur les cinq dernières années. Cette maison-ci est à vendre au prix de 2,9 millions d’euros. En 2008, on aurait probablement pu en demander 5 millions ! »
Pourvue de 5 chambres et 6 salles de bains, « Le Grillaie » se situe sur un terrain de 4 hectares à une demi-heure de Florence. De la piscine, on aperçoit quelques-uns des 300 oliviers qui jalonnent la propriété. L’endroit est d’un calme absolu et offre un beau panorama sur Greve et ses environs.
Les poutres au plafond et les tomettes en terre cuite au sol et sous la toiture rappellent immanquablement le « cachet » toscan. « Des maisons comme ça, nous devons en avoir entre 10 et 15 en portefeuille actuellement, poursuit Bill Thomson. C’est le genre de maisons « standard » qui ne présentent aucune surprise : on achète ce qu’on voit. Aujourd’hui, je suis persuadé que nous avons touché le fond. Nous ne pourrons pas descendre plus bas. Le reste du monde est en train de sortir de la crise, nous commençons depuis plusieurs semaines à percevoir des signes de reprise, même pour un marché de secondes résidences comme le nôtre. »
Le patron de Knight Frank Italie est tellement persuadé que la reprise est imminente qu’il a demandé à ses 12 agences transalpines de se tenir prêtes. « Je leur ai demandé d’avoir suffisamment de biens de qualité à disposition, insiste-t-il. Nous faisons actuellement de la publicité auprès de vendeurs potentiels pour qu’ils nous confient leur propriété. Être prêt pour la reprise, cela ne s’improvise pas. Regardez ce qui se passe à Monaco ou à New York : il n’y a pour l’instant plus un seul appartement à y acheter car le marché là-bas n’a pas vu venir la reprise ! »
Dans le village voisin de Panzano, une autre propriété nous attend. Elle appartient à un couple d’Indiens qui a décidé de faire le tri parmi les propriétés qu’il possède à travers le monde. Trop de résidences secondaires tue la résidence secondaire…
Abritant également un pavillon qui sert de chambres d’hôtes (location : 15.000 euros la semaine tout de même…), le « Casale Panzano » (3,5 millions d’euros à la vente) est encore plus majestueux avec des jardins qui sont ici d’une beauté à couper le souffle. Pas étonnant : dès la fin de l’hiver, le jardinier y vient quatre heures par jour, sept jours sur sept. Huit chambres, 10 salles de bains, salle de fitness, 3 terrasses, dont une qui donne sur une piscine plongée en pleine verdure. Tout autour, nous n’apercevons que des oliviers, des vignes et quelques fermes toscanes disséminées au loin. On comprend mieux pourquoi une telle région, que beaucoup considèrent comme la plus belle du monde, a inspiré tant d’artistes ou écrivains.
L’intérêt des investisseurs pour la Toscane n’est pas neuf. Il remonte aux années 60 mais c’est dans les années 80 que la région a connu un « boom », une période que regrettent aujourd’hui Knight Frank et d’autres courtiers spécialisés. « Les signes de régression sont intervenus un peu avant la crise de 2008, poursuit notre hôte. La perception à l’époque était que la Toscane était surévaluée. Aujourd’hui, cela a complètement changé. Les gens la trouvent bon marché. Nous sommes revenus à une situation identique à celle du milieu des années 80 même s’il faut aujourd’hui entre 12 et 18 mois pour vendre un bien. Quand tout va bien… »
Un délai qui peut paraître long mais que Bill Thomson trouve « normal ». « Acheter une résidence secondaire en Toscane est un achat qu’on veut, et pas qu’on doit faire, conclut-il. Cela doit rester « fun », comme l’est également la recherche d’une propriété. Les gens aiment prendre le temps de visiter, cela fait aussi partie de leur plaisir. Cela fait moins nos affaires mais c’est comme ça… »








