Comment se porte l’art après la dictature Ben Ali?
Depuis la chute du régime dictatorial de Ben Ali, la scène artistique quitte lentement ses chaînes et ose les thèmes sensibles. Les arts urbains, le théâtre et la caricature y tiennent une place courageuse. Nous avons interviewé quelques personnalités ayant marqué le paysage culturel tunisien : Yassine Redissi, Hamadi Kaloutcha, Nadia Khiari et Habib Meddah. Ils nous donnent leurs avis concernant l’émergence artistique après l’ère Ben Ali et la situation actuelle de la liberté d’expression en Tunisie.
Nadia Khiari : Artiste peintre et caricaturiste, Nadia Khiari est connue pour son célèbre Willis le Chat, un personnage malicieux qui commente l’actualité tunisienne. Elle collabore avec la presse, notamment le Siné Mensuel et TV5Monde.
La liberté d’expression a-t-elle évolué après l’abdication de Ben Ali ?
Je trouve qu’elle a grandement progressé depuis l’abdication de Ben Ali. Quand il régnait, la censure contrôlait les rouages d’Internet. Il était impossible d’accéder à plusieurs sites. Lorsqu’on cherchait une source qui se rapportait à la politique interdite par Ben Ali, une page affichait l’erreur 404. Après la révolte, j’ai eu l’occasion d’exercer librement ma passion artistique. Pendant le régime dictatorial, quand je peignais une toile, j’évitais les sujets délicats ; quelquefois, je ne faisais qu’évoquer vaguement une critique sur la politique. À cette époque, j’étais directrice artistique d’une galerie. À chaque vernissage, un policier surveillait les visites, écoutait les conversations, notait la moindre expression gênante. Aujourd’hui, notre victoire est la liberté d’expression. Mais elle est encore chétive. Le gouvernement actuel essaye d’employer la méthode de Ben Ali.
Comment procède-t-il ?
L’an passé, l’exposition « le Printemps des Arts » au palais El Abdellia fut visitée par un huissier d’Ennahda. Dès qu’il vit les œuvres, il alla dans les mosquées et rassembla un groupe qui, pendant la nuit, saccagea l’exposition sous les yeux de la police. Auparavant, Mehdi Mabrouk, ministre de la Culture, comptait acheter quelques œuvres, ignorant complètement leurs valeurs. Ensuite, jugées blasphématoires, il annula sa commande. Il se plaignit même contre les organisateurs et une œuvre non exposée. Le rappeur « Weld El 15 » risque la prison ferme parce qu’il a critiqué la police dans un clip vidéo. L’artiste est souvent le bouc émissaire, car il éveille la conscience. Cependant, un rappeur défendant Ennahda, Psycho M, ne se gêne pas d’insulter les médias, les artistes et d’encourager à prendre la kalachnikov contre ceux qui sont opposés à la ligne politique d’Ennahda.
Estimez-vous que le président provisoire Moncef Marouzki tienne un double discours ?
Il est fou… Il a pété les plombs… Il a parlé d’extrémisme laïc. Qu’est-ce que signifie cette expression ? C’est comme si on disait humaniste extrémiste. Absurde ! Marzouki, opposé à Ben Ali, était un fervent défenseur des libertés fondamentales. Là, il gaspille son temps à menacer les Tunisiens ; il est favorable aux intérêts du Qatar, et lorsqu’il voyage en Europe, il prétend défendre la démocratie.
Marzouki a-t-il pratiqué la censure ?
J’accorde une chose à Marzouki : il n’a jamais porté plainte contre un artiste, malgré les attaques. Mais s’il pouvait défendre l’expression libre et empêcher que les artistes soient emprisonnés parce qu’ils tiennent des propos gênants…
Hamadi Kaloutcha : Sofiane Belhadj, alias Hamadi Kaloutcha, est l’un des fondateurs et secrétaire général de l’association des blogueurs tunisiens, détesté par l’ancien gouvernement Ben Ali. Il fut arrêté le 6 janvier 2011, avant la chute du régime, par la sûreté d’État et fut interrogé au Ministre de l’Intérieur, parce qu’il avait tenu des propos favorisant la démocratie.
Comment estimez-vous la situation artistique en Tunisie ?
Avant tout, il faut poser le constat de la situation artistique héritée du régime Ben Ali. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la situation était déjà mauvaise. Outre la censure, les festivals étaient permis lorsqu’ils affichaient des allégeances à Ben Ali. L’État contrôlait tout ; le budget alloué à la culture était maigre, d’où une situation culturelle rachitique. Après la fuite du dictateur, il y a eu une ébullition artistique qui a suivi l’effervescence des premiers mois. À cette période, les Tunisiens ont découvert un certain nombre d’artistes, notamment dans la scène hip-hop, dont un nombre de rappeurs aux paroles contestataires. L’art urbain a aussi fait son apparition dans nos rues, notamment le graphe ou le tag. Mais cette tendance s’est vite tarie et l’effervescence des premiers moments a fait place à la morosité actuelle. La situation artistique aujourd’hui est plus mauvaise. Il n’y a aucune volonté politique de remédier à ce problème. Au contraire, cette année, l’État a donné à la culture un budget inférieur : 0,38 %. Avant il s’élevait à 1 %. Normal pour un gouvernement dont le ministre de la Culture a déclaré « L’art doit être beau et n’a pas à être révolutionnaire ».
La liberté acquise après l’ère Ben Ali continue-t-elle à s’émanciper ?
On ne peut que répondre par la négative. La liberté acquise se voit menacée aujourd’hui. La violence politique touche le monde artistique. Témoin, l’exposition « Le printemps des Arts » attaquée par des salafistes. « Mécréance et atteinte au sacré » a été leur leitmotiv. Suite à cet épisode, des menaces de mort ont été adressées à 27 artistes tunisiens ; certains ont été agressés. Autres, la dernière condamnation à deux années d’emprisonnement ferme du rappeur « Weld El 15 », ou encore la condamnation de Jabeur Majri à sept ans de prison ferme pour la publication d’un brûlot jugé « blasphématoire » montrent aussi que la liberté dont on jouissait après l’ère Ben Ali reste fragile. Enfin, le projet de la Constitution rendu public récemment est loin d’assurer les libertés nécessaires à l’épanouissement artistique. Ainsi, on n’y fait nullement mention de la Déclaration universelle des droits de l’homme, tant réclamée et scandée par les manifestants durant le soulèvement. En revanche, dans l’article 5 de ce projet, l’État a l’attribut de « Protecteur de la religion ». Les cas semblables à celui de Jabeur Majri pourraient se voir se multiplier…
La jeunesse artistique tunisienne parvient-elle à exprimer librement ses opinions ?
Avec l’exposition « le printemps des Arts », l’affaire du rappeur « Weld El 15 » et celle de Jabeur Majri, on voit les limites d’expression que rencontre la jeunesse artistique tunisienne. Pour le cas du rappeur, elles sont affolantes. Un mannequin du clip du jeune chanteur et le caméraman ont écopé 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Malgré ces tentatives d’intimidation, la jeunesse semble ne pas être prête à courber l’échine. Surtout dans l’art populaire.
Vous êtes un blogueur qui expose les travers du gouvernement provisoire. Comment reçoit-il votre opinion ?
La place des blogueurs n’est plus la même. À l’époque de Ben Ali, nous étions le bruit dans un silence général. Les médias étaient muselés et il n’y avait d’autres moyens d’exposer une opinion critique qu’à travers un blog. Aujourd’hui, les médias se sont remis à jouer leur rôle et se sont multipliés. Le peuple tunisien s’est tu longtemps. Ayant goûté à l’expression libre, il refuse de retourner au silence. L’exposition des travers du gouvernement provisoire est devenue un sport national. Le gouvernement n’a pas eu la bonne attitude envers la critique. Certains membres vont jusqu’à diaboliser leurs détracteurs. Au lieu d’avoir l’intelligence de récupérer l’énergie qui s’oppose à lui, et de se baser sur l’analyse critique pour se renforcer, ce gouvernement ne fait que se renfermer sur lui-même.
Observez-vous des signes qui montrent que la Tunisie approche à une censure semblable à celle qu’appliquait Ben Ali ?
Certains élus de l’Assemblée Nationale Constituante ont formulé la demande d’appliquer cette censure. Il y a eu aussi une plainte déposée contre l’Agence Tunisienne d’Internet pour contraindre à relancer la censure du contenu pornographique. Bien que cette agence fût sommée par le tribunal d’appliquer cette censure, elle a prouvé son incapacité technique à le faire. Le Ministère de l’Intérieur a envisagé dernièrement une structure chargée d’enquêter sur la cybercriminalité. Et ceci n’est pas rassurant. Au temps de Ben Ali, exprimer une opinion opposée à l’opinion officielle était considéré comme de la cybercriminalité. La volonté d’un retour à la censure est là. Cette entreprise commence à se dessiner. L’Histoire n’a été d’aucune leçon à nos décideurs actuels.
Avez-vous déjà été intimidé par le gouvernement actuel ?
Des tentatives d’intimidations m’ont déjà été lancées : rien que quelques messages orduriers et menaçants sur Internet. Il est à signaler que les tentatives d’intimidations de membres de la sûreté nationale de Ben Ali continuent à mon encontre. Ainsi, l’agent qui a procédé à mon interrogatoire au Ministère de l’Intérieur à l’époque continue son intimidation. À chaque fois que je le croise, ce dernier profère des menaces au cas où je dévoilerais le rôle qu’il jouait sous le régime dictatorial. En somme, l’impunité totale pour les bourreaux de Ben Ali qui continuent à se montrer menaçants envers ceux qui se sont retrouvés entre leurs mains.
Que pensez-vous de la situation politique en Tunisie ?
La situation politique est tendue. Les raisons qui ont motivé au soulèvement contre le régime Ben Ali n’ont fait que s’accentuer. La flambée des prix, le népotisme, l’impunité, le chômage augmentent. À cela s’ajoute une certaine insécurité régionale. Et pour couronner le tout, la mollesse du gouvernement envers les groupuscules les plus extrémistes et les plus susceptibles d’employer la violence. Ces derniers servent à agiter la peur. D’un autre côté, les partis formant ce gouvernement montrent leurs limites démocratiques. Ils essayent d’empêcher l’émancipation d’un nouveau parti politique « Nidaa Tounes » (L’Appel de la Tunisie), jugé comme un des plus susceptibles de remporter les prochaines élections. Les partisans des partis formant le gouvernement vont, par exemple, empêcher que leurs opposants se rencontrent. L’assassinat de Chokri Belaid, fondateur du Front populaire, arrange aussi les affaires de la clique au pouvoir. Le Front populaire devenait fortement reconnu. Cet assassinat est venu stopper son élan. Le prochain rendez-vous électoral n’est pas encore fixé, ni même le type de régime. Mais le gouvernement est loin du consensus.
Influence-t-il le domaine culturel ?
L’influence s’en fait ressentir négativement. Le culturel est pris en otage par la politique. Sa défense devient le fer de lance de l’opposition. Tandis que du côté du pouvoir, avec Ennahda comme principal acteur, le culturel tend à être relégué comme dernière des priorités. Alors que son budget a été réduit, le budget du Ministère des Affaires religieuses a été augmenté de 13,2 %. Et cela s’ordonne avec le projet « civilisationnel » théorisé par Rached Ghannouchi, chef d’Ennahdha. Celui-ci vise à faire du religieux la principale référence y compris pour le culturel. À cela s’ajoute la violence politique touchant les manifestations culturelles. Et l’insécurité vient affaiblir les chances de réussite d’événements culturels. Il faudra du temps, des moyens et surtout une véritable volonté politique pour redonner à l’Art ses lettres de noblesse. Les signaux sont là pour dire que ce gouvernement provisoire n’a été d’aucune aide. Au contraire, par son action, il n’a fait qu’assombrir encore plus le tableau.
Yassine Redissi : Blogueur et journaliste à Libération, il couvre régulièrement l’actualité tunisienne et rédige des chroniques sur les problèmes que rencontre la Tunisie.
En Tunisie, la liberté d’expression évolue depuis l’abdication du président Ben Ali. Croyez-vous qu’elle est acquise ?
Depuis la chute de Ben Ali, la liberté d’expression a progressé. La population aborde publiquement tout sujet, ainsi que dans les médias, chose impossible avant la révolution. Mais cette liberté n’est pas encore acquise. Nous avons assisté à plusieurs épisodes qui montrent qu’elle est malmenée, surtout depuis l’élection d’octobre 2011, qui a porté le parti islamiste au pouvoir. Aujourd’hui, la société civile reste vigilante pour maintenir cette liberté, primordiale au bon déroulement du processus démocratique.
Qu’avez-vous remarqué comme signes qui prouvent que la liberté d’expression est fragile en Tunisie ?
La chaîne Nessma TV avait attiré les foudres des groupuscules salafistes suite à la diffusion du film Persepolis. Ensuite, les attaques perpétrées contre l’exposition « le Printemps des arts » au palais El Abdellia, à cause d’une sculpture symbolisant une femme lapidée. Récemment, nous avons assisté à l’emprisonnement du directeur d’Ettounsya, Sami Fehri, suite à la diffusion de l’émission « Ellogik el syéssi » (la logique politique), qui faisait principalement la satire du pouvoir islamiste. Blanchi par la justice à trois reprises, il est tout de même resté emprisonné. Voilà quelques exemples parmi d’autres, malheureusement.
Ces signes marquent-ils un retour de la censure semblable à celle que contrôlait Ben Ali ?
Malgré ces menaces qui pèsent sur la liberté d’expression, nous sommes loin de la censure appliquée pendant l’ère Ben Ali. Mais si ce genre de pratiques se répète, nous vivrons inévitablement un retour aux années noires. La principale différence entre la censure du RCD (parti de Ben Ali) et celle d’Ennahdha, c’est que cette dernière ne se salit jamais les mains directement. Il n’y a pas vraiment de police politique, comme celle d’avant. Le parti islamiste a eu l’intelligence de sous-traiter ses tentatives de censures et d’intimidations auprès de la mouvance salafiste. Officiellement, le parti Ennahda se dit tolérant et démocratique, mais certains soupçonnent qu’il tente un passage forcé pour appliquer l’islamisme.
Le peuple continue-t-il à être confiant envers Ennahda ?
Je pense que l’opinion publique est majoritairement défavorable envers la politique menée par Ennahdha. Toutefois, le parti jouit encore d’une base électorale que les derniers sondages situent entre 20 et 30 %. Pour cette partie de la population, il représente une rupture radicale avec le régime de Ben Ali, même si dans les faits, Ennahdha reproduit les mêmes comportements que le RCD, allant même jusqu’à recycler une bonne partie d’anciens membres. Aussi, face à Ennahda, il n’y a pas vraiment d’alternative qui arrive à convaincre. Le parti Nida Tounes n’arrive pas à se défaire de l’étiquette RCD. Les autres partis sont souvent taxés d’élitisme et sont incapables à convaincre les habitants des régions intérieures.
Estimez-vous que le président provisoire Moncef Marzouki tienne un double discours ?
Ce double discours me rappelle celui que tenait Ben Ali. En France il se targuait d’avoir créé un modèle démocratique viable. À son retour en Tunisie, il s’empressait de menacer tous ceux qui osaient le critiquer. Dernièrement, les maladresses de Marzouki se sont multipliées. Je pense que cela est dû à l’approche d’éventuelles élections présidentielles. Au Qatar, il tient un discours favorable à l’islamisme, sans doute pour s’assurer un financement électoral ; en France, il se vante d’avoir « inventé une nouvelle démocratie ». Personnellement, je pense que ce sont les dernières convulsions d’un homme à l’agonie, qui cherche désespérément à prolonger une carrière politique déjà condamnée à mort.
La jeunesse artistique tunisienne est-elle favorablement accueillie en Tunisie, ou subit-elle une espèce de censure ?
Depuis le 14 janvier 2011, les manifestations artistiques se sont multipliées en Tunisie. Cet épisode historique a inspiré la jeunesse à travers le pays. Toutefois, même si nous assistons à une vraie renaissance dans plusieurs domaines artistiques, certains sujets restent tabous. Il est encore difficile pour ces jeunes d’aborder la sexualité, encore moins tout ce qui touche à la religion. Certains événements violents (tels que l’exposition El Abdellia citée plus haut) ont entraîné une forme d’autocensure chez les artistes.
Le rapport de Reporters sans frontières mentionne que la liberté de la presse s’est réduite en Tunisie depuis l’année passée. Les médias tunisiens, comme autrefois sous le régime Ben Ali, seraient-ils bientôt à nouveau condamnés à ne raconter que les actions officielles du gouvernement ?
Nous remarquons que les médias publics, notamment la télévision, commencent à reprendre certains mauvais plis qu’ils avaient durant l’ère Ben Ali. Il reste cependant une lueur d’espoir qui émane principalement des chaînes privées, telles que Nessma et Ettounseya, qui continuent malgré tout à assurer une information correcte et objective. Mais il n’est pas exclu qu’elles tombent aussi sous le joug de la censure, directement ou indirectement. Le directeur d’Ettounseya, Sami Fehri, croupit en prison, et la chaîne Nessma, boudée par les annonceurs, est au bord de la faillite financière. Si ces deux médias venaient à disparaître, il n’y a aucun doute que nous sombrerions à nouveau dans la censure et la pensée unique ; jusqu’à la prochaine révolution peut-être…
Habib Meddah : Professeur de littérature française à Tunis et directeur du Festival international de Bizerte, il défend la liberté d’expression et tâche que les artistes puissent librement exprimer leurs œuvres dans son événement annuel.
Comment estimez-vous la situation de la liberté d’expression en Tunisie ?
Elle est assez complexe. D’une part, il y a eu un progrès fulgurant, les gens ne craignent plus d’exprimer leurs pensées dans tous les domaines, notamment la politique ; d’autre part, on a l’impression que cela dérange les nouvelles autorités et qu’elles essaient d’étouffer insidieusement cette liberté qui a été conquise après une lutte terrible. Elle n’est pas un cadeau du gouvernement. le gouvernement tente un subtil retour aux anciennes méthodes de Ben Ali. Issu des urnes, il se croit inébranlable, croyant qu’il détient la légitimité pour concocter des lois qui conviennent à ses propres intérêts. Les médias sont critiques envers le pouvoir. Mais le gouvernement pense qu’ils agissent contre lui, croyant qu’ils sont contrôlés par l’ancien régime.
Et le gouvernement laisse-t-il l’art s’épanouir ou lui impose-t-il une censure semblable à celle de Ben Ali ?
Le gouvernement n’agit jamais directement pour restreindre la création libre. Il intervient à travers des groupes violents qui attaquent les spectacles au nom de prétendues valeurs sacrées et ce qu’il jugeant blessant les coutumes et les opinions religieuses radicales.
Et quel rôle joue le président Marzouki dans cette opération ?
Je remarque qu’il tient un discours ambigu. Il ménage la chèvre et le chou, ne prend aucune position ferme pour la défense des libertés fondamentales. Un jour, il reçoit une association d’artistes pour leur exprimer son soutien ; l’autre, il reçoit des représentants de la ligue de la protection de la révolution (un groupe violent contesté par l’opposition et les associations civiles). Elle est le bras armé du parti majoritaire au pouvoir, Ennahdha.
La jeunesse artistique tunisienne arrive-t-elle à s’exprimer librement malgré les pressions du gouvernement ?
Les spectacles de Lotfi Abdelli ont été perturbés par ces groupes violents. La police leur a laissé le champ libre. Mais ces vexations et ces entraves constituent un challenge. On veut se montrer digne créateur, confiant au public qui assiste tout de même aux représentations. La tâche est difficile cependant, les artistes travaillent dans des conditions précaires et parfois plus dangereuses qu’avant. Le public évite encore les spectacles qui pourraient gêner la politique.












Comme dans tous les pays de la révolution du printemps arabe, la peste de la dictature d'extrême droite a fait place au choléra de l'islamisme radical. Ils ne sont pas sortis de l'auberge (et nous non plus, dans une moindre mesure).