DiCaprio au sommet de son art dans «Gatsby le magnifique»
Dix-sept ans après « Roméo et Juliette », DiCaprio retrouve Baz Luhrmann. Héros fitzgeraldien, il a une classe folle en Gatsby.
J e suis un peu lessivé. Je vais prendre une très très longue pause. En deux ans j’ai tourné trois films, et je suis complètement vanné », déclarait Leonardo DiCaprio en début d’année, lors de la promotion de Django Unchained, de Tarantino. Quoi, le roi du monde aurait-il un gros coup de mou
Fin 2012, Leo militait déjà pour la création d’un sanctuaire marin dans l’océan Austral. Et de le retrouver il y a 48 heures à peine chez Christie’s à New York pour une vente aux enchères d’œuvres inédites d’artistes contemporains de renom pour récolter des fonds pour sa fondation de défense de l’environnement.
A 38 ans, Leonardo DiCaprio est l’un des acteurs les mieux payés d’Hollywood et l’un des plus puissants du 7e art mais il reste bien fidèle à ses convictions. Déjà tout jeune, il se méfiait des productions à gros budget et voulait se limiter à un film par an. Ce qui lui fit dans un premier temps refuser Titanic avant de changer d’avis après une rencontre avec James Cameron et Kate Winslet ainsi qu’un cachet négocié à 2,5 millions de dollars. Ceci pour dire que derrière l’image lisse forgée pour Hollywood se révèle un homme qui rêve d’être à la hauteur de ses héros. S’il fait le bonheur des magazines people par ses nombreuses liaisons avec les plus belles femmes du monde, s’il a le goût de la fête et des dépenses, il milite sérieusement pour la planète. Leo écolo n’est pas du pipeau. Le playboy fêtard est un homme engagé. Il débarque aux Oscars en voiture hybride, met des panneaux solaires sur son toit, roule à vélo, mange local et bio, sauve les tigres et dit stop au massacre des éléphants. Son implication pour la sauvegarde de l’environnement est physique, morale et financière. En cinéma, cela se traduit en 2007 par la production (et écriture du scénario) du documentaire La 11e heure, le dernier virage, cri d’alarme sur les conséquences du réchauffement climatique.
DiCaprio prend soin de creuser un sillon dont il pourra être fier à l’heure du bilan. Cette même volonté de fierté l’anime dans son souci de bâtir une carrière. Si les plus grands cinéastes se l’arrachent, à commencer par son mentor, Martin Scorsese avec qui il vient de terminer leur cinquième film, The Wolf of Wall Street, où il campe un redoutable golden boy, lui-même affiche depuis toujours le désir constant de travailler auprès des plus grands. Dans sa filmographie, cela se traduit par des films signés Woody Allen, Clint Eastwood, Christopher Nolan, Ridley Scott, Steven Spielberg, Danny Boyle… Un parcours sans faute, sans complaisance et qui force l’admiration. DiCaprio est un acteur d’une maturité artistique exceptionnelle et c’est un scandale si Hollywood ne l’a toujours pas couronné d’un Oscar. De Jack Dawson à Gatsby le magnifique, la star dégage un magnétisme étonnant et transcende ses personnages, osant aussi bien l’excentricité que la candeur, la violence que la désinvolture, donnant toujours une part intime tourmentée, bouleversante et en même temps mystérieuse. Quand il retrouve Baz Luhrmann pour camper le héros fitzgeraldien, 17 ans après l’inoubliable Roméo dans Roméo et Juliette, il se révèle au sommet d’un art qu’il vit comme une vocation depuis son premier film (Critter 3) à 15 ans. Et cette charmante petite ride qui se dessine à la commissure de ses lèvres annonce que les stigmates du temps qui passe vont lui aller à ravir.
Qu’il est loin ce temps des petits rôles dans des pubs et des essais ratés (The outsider, de Coppola). Qu’il est encore plus loin ce temps où enfant gringalet, il écopait du surnom «
Mais dans le portrait de celui qui ouvre ce 15 mai le 66e Festival de Cannes avec la classe magistrale de Gatsby le magnifique, on ne peut éluder une éducation libre, la volonté d’échapper à un milieu minable, un besoin d’indépendance. Leo a toujours œuvré pour que sa vie soit un rêve éveillé.










