Un singe en porcelaine blanche de Meissen à 818.500 livres !
Les maisons de ventes sont particulièrement avides de successions. Et cela se comprend, car il s’agit d’ensembles, et non d’objets déposés un par un par autant de clients différents. En outre, il y règne en principe une certaine cohérence qui donne à la vente sa personnalité. Evoquer une « collection » est sans doute un peu exagéré pour les biens de Sir Gawaine et Lady Baillie, parce qu’il s’agit d’objets achetés au cas par cas sans souci que chaque spécialité du marché concerné (mobilier, objets d’art, etc.) soient représentée par une époque ou un médium, à l’exception de la porcelaine.
C’est sans doute la raison pour laquelle une rare représentation d’un singe en porcelaine blanche de Meissen a obtenu le meilleur prix de la vacation, soit 818.500 livres sterling, bien au-delà de son estimation préalable de 200.000 à 400.000 livres. Cela se passait chez Christie’s à Londres le 1er mai dernier.
Haut de près d’un demi-mètre, l’animal respire du tabac à priser qu’il vient d’extraire de la boîte qu’il tient dans sa main droite. Les singes sont des animaux apprivoisés depuis le moyen âge et, au XVIIe siècle, ils se retrouvent représentés dans la peinture habillés comme des humains et vaquant aux tâches les plus variées.
Ces « singeries » avaient bien entendu pour finalité d’amuser l’amateur. Le singe vendu par Christie’s a été créé pour le Palais Japonais de Dresde au début de la troisième décennie du XVIIIe siècle. Meissen est alors l’une des plus prestigieuses manufactures du monde de l’époque, puisqu’elle fut la première à percer le secret des Chinois, jusque-là seuls capables de fabriquer la porcelaine. L’on ne connaît actuellement que deux autres singes identiques, preuve de la rareté du sujet.
Comme pour tous les beaux objets, le pedigree est entré en ligne de compte pour la fixation de ce prix remarquable. S’il n’est pas formellement établi que cette pièce a quitté les collections royales de Dresde au milieu du XIXe siècle, il est certain qu’elle fut la propriété de Jacob Astley, le 16e Baron Hastings, qui mourut en 1859. En juin 1947, la vente de la succession de son héritier direct est l’occasion pour un marchand de l’acquérir et de la vendre à Olive, Lady Baillie, la fille d’un aristocrate anglais et d’une Américaine appartenant à la richissime famille des Whitney.
Posséder un objet rarissime dont l’on connaît l’origine depuis sa création et ses propriétaires successifs, tous plus prestigieux les uns que les autres devait sans doute motiver les nombreux enchérisseurs qui ont porté cet objet aux nues.







