Quand une collection privée rejoint un musée…
Un domaine légué par Raoul Warocqué à l’Etat belge en 1917, un parc riche d’essences centenaires et essaimé d’œuvres d’art avec, en son cœur, un château-musée actuellement dédié à une exposition « Histoires d’eaux, du Nil à Alexandrie ». Quel écrin majestueux pour accueillir les quarante-deux pièces de cette donation d’un couple amoureux des belles choses !
Promenade en trois temps
Si part belle est faite à l’Extrême-Orient, le périple des voyageurs-collectionneurs s’est poursuivi en Egypte pour s’achever au Mexique, illustré par un ensemble de pièces précolombiennes – premier ensemble de ce type offert à Mariemont ! Il y fera l’objet d’une attention particulière et d’une étude approfondie et, à l’issue de l’exposition temporaire, rejoindra lui aussi les collections permanentes du Musée.
Le fil conducteur de cette exposition ? Pour ses commissaires, Catherine Noppe et Ludovic Recchia, « la collection d’Yves et Yvonne Boël peut s’articuler autour de trois axes. La recherche de la forme pure, simple et géométrisante avec des disques en jade vert venus de Chine, un émouvant linga (signe) d’Inde ou du Népal. Une pierre parfaitement lisse de couleur verdâtre, tachée de minuscules points noir et rouge et parcourue de cercles concentriques à peine visibles ». « Lié au culte de Shiva, il est le phallus du dieu, créateur autant que destructeur, précise Alexis Sonet, mais il peut également être interprété comme le pilier cosmique de l’univers infini. »
« Autre motivation des collectionneurs : leur intérêt pour la représentation humaine », poursuivent les deux commissaires. Ce sont donc de simples personnages en terre cuite, des masques en pierre des civilisations Guerrero ou Colima (Mexique) et, de la dynastie Liao (Chine), un masque funéraire en cuivre argenté, précieux dans sa simplicité.
« Troisième axe enfin, la représentation animale. Avec des oies en terre cuite de la dynastie des Han occidentaux, des sculptures serpentiformes et des chiens (Mexique), les majestueuses représentations des déesses Bastet et Ouadjet (Egypte). » Et cet élégant cheval de la dynastie des Han orientaux !
Les routes de la soie
et des chevaux
« Sa tête est expressive, surmontée de longues oreilles effilées et frémissantes – typiques des chevaux chinois –, les lèvres retroussées, bouche entrouverte sur un mors invisible, l’encolure puissante soulignée par une crinière courte, les membres longs et fins, voilà qui fait de lui un animal de race et de prix, de ceux-là mêmes que les Han importèrent à grands frais d’Asie centrale pour améliorer leurs propres élevages : la Route de la soie étant aussi celle des chevaux, commente Catherine Noppe. Associé à la guerre, à la chasse et aux parades rituelles, le cheval est très présent dans le mobilier funéraire des Han. Les tombes des dignitaires pouvaient même, selon leur rang, abriter de véritables cortèges de chevaux, montés ou attelés à des chars, témoignage du statut élevé du défunt. » Animé du frémissement de vie des êtres vivants, d’une taille exceptionnelle, celui-ci devait emporter vers le paradis l’âme d’un défunt particulièrement important…
« L’Age de l’Eternité, La donation Boël », jusqu’au 29 septembre au Musée royal de Mariemont, 7140 Morlanwelz.
L’exposition – accompagnée d’un ouvrage de la série « Trésors de Mariemont » – est ouverte tous les jours, sauf les lundis non fériés, de 10h à 12h30 et de 14 à 18h. Entrée : 1 euro, donnant accès aux collections permanentes.
Tél. : 064/21 21 93 – Site : www.musee-mariemont.be.







