Le retour de la vengeance du fils de la mort qui tue
Les remakes ont toujours la cote dans la grande industrie du cinéma. Parmi les derniers de ces avatars, le cultissime Evil dead.
Le cultissime Evil dead de Sam Raimi se voit à son tour relifté. Petite histoire d’un grand frisson…
Cinq jeunes gens s’en vont passer leurs congés dans un chalet perdu au milieu des bois. Des bois sinistres, bien entendu. Dans la cabane, ils mettent la main sur un vieux magnétophone. Et une sorte de grimoire, par la même occasion. Avec l’appareil, une fois remis en marche, ils apprennent que le livre en question n’est autre que le Necronomicon – bien connu des habitués du Bifff – et que sous sa couverture en peau humaine, écrites en lettres de sang, figurent des incantations susceptibles de déchaîner les forces du mal. Ce qui ne manque évidemment pas d’arriver.
La suite, à l’écran entre jets d’hémoglobine, démembrements divers et hurlements stridents, est entrée depuis les années 1980 dans les annales du cinéma de genre.
Ce pitch a fait école depuis : voyez La cabane dans les bois, de Drew Goddard, sorti voilà un an, ou encore le chalet hanté de Mama qu’on vous présentait il y a peu. C’est aussi celui du « film d’horreur le plus férocement original », comme le décrétait Stephen King à propos d’Evil dead à l’époque. En 1981, Sam Raimi, déclare : « Effrayer les spectateurs en les persuadant que leurs pires cauchemars peuvent prendre corps et devenir réels est une des principales raisons d’être d’Evil dead. J’espère que ces images les hanteront bien après le film ».
Au vu des standards d’aujourd’hui, et des nombreuses possibilités qu’offre le numérique, on douterait presque que ceci ait un jour pu faire dresser des poils sur les avant-bras de qui que ce soit. Tourné en 16mm, il inclut des effets que le producteur, Robert Tapert, qualifiera bien plus tard de « primitifs ».
A propos des masques portés par les acteurs, par exemple : « Nous leur étalions un mélange de beurre fondu et de plâtre sur le visage, raconte-t-il aux spectateurs rassemblés lors d’une projection organisée pour les 20 ans du film. Tout d’un coup, ils se mettaient à suer et dégoulinaient. Ils écrivaient alors sur un petit bout de papier : « J’ai chaud ! » »
N’empêche… Evil dead peut faire peur. Reste qu’il n’est pas devenu culte le temps d’une nuit de pleine lune. Sequels, fans hardcore, réputation de l’acteur Bruce Campbell : c’est au fil des ans que tout cela est arrivé. « Pendant longtemps, il n’a pas vraiment marché, rappelle Theresa Tilly (Ndlr : Sarah, dans le film). Quand mes parents sont venus le voir… je ne le voulais pas vraiment ! »
Sorti du tournage, le producteur ne pense pas autre chose : « Je me suis dit que je n’allais jamais de ma vie en parler à ma femme, sous peine de rester éternellement seul. Les plus surpris ont été les investisseurs (Ndlr : budget estimé à l’époque à 350.000 dollars). Ils ont dû attendre 8, 10 ans avant de voir arriver les premiers cents ! »
La première a lieu à Detroit, le 15 octobre 1981. Le film sort officiellement aux Etats-Unis le 15 avril 83, et le 31 août de la même année en Belgique. A l’époque, le genre « horreur » n’a plus vraiment la cote. Evil dead passe cependant rapidement pour compter parmi les films les plus sanglants jamais vus. La fameuse « graphic violence » de nos amis américains… toujours marqués par cette scène… comment dire… de viol végétal ?
Il n’y a ceci dit, et heureusement, pas que cela : Sam Raimi et son équipe font preuve d’originalité, proposant des plans, des positions de caméra et un montage inédits ou à tout le moins très soignés.
Pour en revenir à Stephen King… Il est de ceux qui ont soutenu la distribution du film et accompagné sa sortie. Le romancier, alors à Cannes où il épaule George Romero venu présenter Creepshow, fait savoir à qui veut l’entendre – et à juste titre – qu’Evil dead n’est pas un film d’horreur comme les autres.
Celui-ci sort en salles et, procédé inédit à l’époque, en même temps en vidéo en Angleterre. Sur ce support, le succès est au rendez-vous, au point de raviver l’intérêt, y compris commercial, pour ce dernier. « La sortie du film marque aussi une date dans l’histoire de la censure, ajoute Stephen Woolley, directeur du distributeur londonien Palace Pictures, responsable de la promo qui a permis à Evil dead de faire son trou de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce fut à la fois un succès et un film controversé. »
En clair, et on entendra souvent ce genre d’argument par la suite : sa violence trouve un écho dans la vraie vie, quand elle ne provoque pas carrément celle de tel ou tel malheureux influençable.
Sam Raimi vient ainsi en Angleterre témoigner devant un jury pour lequel avait été organisé une projection. Le juge signale qu’il n’est pas là pour écouter le réalisateur, lequel rentre donc aux States sans avoir dit quoi que ce soit ! Il convient de préciser que le climat de l’époque, quant à la censure justement, est quelque peu agité, au point que sera voté un « video recording act ».
Il faudra un bon moment avant que l’œuvre de Raimi cesse d’agiter les esprits bien pensants, mais surtout, obtienne le visa indispensable selon ce prescrit légal.
Qui dit film culte dit aussi anecdotes d’anthologie… On raconte ainsi que c’est pour ce tournage de Sam Raimi a inventé la fameuse « shaky cam » qu’affectionnent les cinéastes amateurs d’authentique et rétifs à l’utilisation d’une caméra fixe tout juste bonne à immortaliser des natures… mortes. La petite histoire veut aussi qu’il ait filmé quelques plans subjectifs caméra sur l’épaule… tout en roulant à moto. Ou qu’il ait repris à son compte la technique d’animation image par image.
Evil dead, c’est aussi l’histoire d’une fine équipe, constituée bien des années plus tôt. Sam Raimi et Bruce Campbell, qui joue Ash (qu’on reverra dans les suites, et puis en Elvis dans le très recommandable Bubba Ho-tep), se connaissent ainsi depuis leurs humanités. Le duo est rejoint par Robert Tapert à l’université. A trois, ils forment alors une « association cinématographique ».
Un jour, c’est le même Tapert qui emmène Sam Raimi voir un film d’horreur, histoire de le convaincre qu’il peut faire aussi bien : « C’était Halloween, de John Carpenter, raconte le réalisateur dans le livret qui accompagne l’édition 2 dvd du film. Dans mon souvenir, les films d’horreur n’étaient jamais bons. Ce fut un véritable choc ! »
Deux ans et onze mois plus tard, après avoir surmonté bien des obstacles, Evil dead voit enfin le jour… et figure aujourd’hui au panthéon du genre, entre Massacre à la tronçonneuse, L’exorciste, Les griffes de la nuit, La colline a des yeux, Vendredi 13, Halloween et autre Maison du diable. On ne les cite pas tous… mais il vous reste bien quelques nuits pour cauchemarder avec les autres, non ?








