Dans la famille socialiste, voici les Labille.
Vous n’avez jamais deux fois l’occasion de faire bonne impression. La Princesse Astrid vient d’en faire la pénible expérience. Accordant une rarissime interview, quasi spontanée au Zevende Dag (VRT), offrant aux téléspectateurs flamands son visage à l’évidence inquiet mais généreux, la Princesse vient de se faire crucifier. La chronique de Béatrice Delvaux pour De Standaard
Et pourtant. Son intention était louable, son engagement pour les Special Olympics, sincère et ancien. Elle ne s’était pas contentée comme d’autres, d’aller serrer quelques mains à l’ouverture. Elle n’avait pas non plus reçu comme Maxima, les questions à l’avance, et n’avait pas eu l’occasion, comme Maxima, de répéter les réponses, histoire d’avoir l’air « spontanément spirituelle » à l’écran. Non, Astrid avait joué le jeu de la non préparation, dans le seul néerlandais en sa possession. Rien n’y a fait. La claque.
Tout l’inverse de Didier Gosuin, qui lui, n’a pas raté sa « fenêtre d’opportunité ». Depuis sa percutante prestation lors du Grand Débat sur Bruxelles Le Soir De Standaard, le 6 mai à Bozar, le bourgmestre FDF est en effet devenu la coqueluche des médias flamands. Une petite phrase sans bavure le lundi – « L’enseignement francophone à Bruxelles est une catastrophe » -, et le voilà en grande interview dans De Standaard, et puis sur le plateau de l’excellent Terzake spécial Bruxelles, deux jours plus tard.
Dans le genre réussi, vous avez cette semaine, Jean-Pascal Labille. Plus personne dans le monde politique fédéral ne demande désormais qui est cet homme. En une engueulade de Didier Bellens sur son comportement, une autre en assemblée générale sur son salaire, un voyage au Congo et une interview dans Le Soir ce mardi, le tout nouveau ministre des entreprises publiques et de la coopération et du développement, a marqué son territoire. « Il faut sortir de la politique budgétaire de mort », assénait-il ce mardi sans qu’aucun titre de vice-premier ou de président du Parti socialiste ne l’y autorise vraiment. Au point de faire enrager les libéraux et certains flamands du gouvernement: « Une Laurette, ça va, deux, bonjour les dégâts ». Ce socialiste-là, venu de Wallonie, n’est visiblement pas là pour jouer les utilités. Et il y a lourd à parier pour tous ceux qui le voient faire, qu’il ne retournera pas en 2014 d’où il vient (les Mutualités socialistes). Lorsqu’on évoque sa candidature aux élections, il se contente d’ailleurs désormais de répondre : «On verra ». C’est tout vu ?
Lorsqu’il fut nommé, nos confrères sont tombés des nues. Labille? C’est Jean-Michel Javaux, alors président Ecolo, qui nous avait désigné l’oiseau, deux ans plus tôt, au titre de l’un des deux hommes les plus influents en Wallonie. Labille était alors président des Mutualités socialistes, de la SRIW, après avoir été celui du Forem. Son nom nous est revenu plus tard dans la bouche de Guy Spitaels. C’est après une conversation avec lui, nous avait précisé l’ex-président du PS, qu’il avait décidé de dire publiquement le besoin impérieux de réformes de la Wallonie, rompant ainsi avec un long silence politique.
Cet admirateur d’Amin Maalouf - avec lequel il partage l’envie de combattre la fracture identitaire et qu’il a rencontré longuement cette semaine à Paris-, de Jean Jaurès et de Keynes, a déjà sauvé le PS de la défaite, excusez du peu. En 2010, depuis les Mutualités, il rameute en effet le ban et l’arrière socialiste, achète des espaces publicitaires dans les journaux, et appelle au soutien de la solidarité, et donc au vote PS. C’est lui toujours, qui avec ses amis Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Economie, et Thierry Bodson, le patron de la FGTB Wallonne, pousse au fameux « plan W ».
Aujourd’hui, il fait le tour des USC liégeoises et des exécutifs FGTB de Wallonie pour diffuser la bonne parole socialiste. Les Demeyer, Marcourt, Daerden, Mathot – qui aurait du être ministre s’il n’avait été là - et Moreau devront désormais compter avec lui sur leurs terres électorales liégeoises. Le monde politique belge francophone et flamand a hérité d’un homme fort aux chiffres (il est réviseur d’entreprises) et aux lettres (sa bibliothèque est redoutable). Aussi à l’aise au pouvoir que dans ce Congo qu’il considère comme son deuxième pays. A condition que les crocodiles, dont il fait ses chaussures, ne le mangent pas…




Il est tellement fort qu'il a réussi à transformer Le Soir en organe officiel du parti ! Chapeau bas !