Starter ou l’entrepreneuriat à l’épreuve de la télévision
Drôle de premier bilan pour l’émission de téléréalité sur l’entrepreneuriat qui entamera la seconde moitié de cette saison mercredi prochain sur La Deux.
Alors qu’au départ, ils étaient soixante projets candidats sélectionnés par les coaches, que les internautes ont réduit leur nombre à trente sur base de courtes vidéos de présentation et que, enfin, les jurés professionnels n’en ont retenu que six, on peut s’étonner d’en voir atterrir certains dont l’essence même est encore floue dans la tête de leur(s) porteur(s). Tout bénéfice pour le spectateur ? Il semblerait.
Ainsi, le trio à l’initiative de l’application MoodMovie, censée recommander un film selon l’humeur de l’utilisateur, n’a toujours pas montré la première ligne de code de ce qu’ils aiment présenter comme une révolution. Jusqu’ici, on a surtout pu apprécier l’étrange chevelure du cerveau informaticien, le bagout du communicateur et la belle gueule du… troisième associé.
De même, le cœur et l’ambition de Bouchra balancent encore entre le projet d’une boutique de lingerie, d’une collection personnelle ou… les deux à la fois. Tout au plus sait-on qu’elle souhaite s’adresser aux femmes rondes. À sa décharge, le buzz du moment sur Abercrombie & Fitch dont les tailles de vêtements sont sciemment limitées pour conquérir, au pire, un large – mais surtout pas extra-large – public lui donne entièrement raison.
Contraintes réglementaires
Et puis il y a Damien. Cet attachant boucher de 29 ans qui rêve de lancer son service de découpe mobile au service des éleveurs n’en finit plus de prendre des coups sur la tête. Précisément, les contraintes réglementaires de l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) sont à ce point sévères que son projet tout entier risque bien de capoter…
Les choses évoluent mieux pour Caroline, Philippine (et sa sœur Emilie qui s’est fraîchement invitée dans l’aventure) et Martin, dont les projets respectifs se rapprochent de plus en plus de ce que l’on pourrait appeler un début d’activité. Premiers accords d’affaires pour l’un, prototypes et phases test pour les autres, les étapes clés du développement d’une entreprise sont heureusement là pour nous rappeler qu’en Belgique, c’est encore possible de se lancer quand on a une bonne idée et (qu’on se donne) les moyens de la concrétiser.
En fin de compte, en dépit de ce qui pourrait apparaître comme une série d’invraisemblances, la production de Starter jongle efficacement entre succès et difficultés dans des proportions subtilement équilibrées. Jusqu’ici, le spectateur un peu pervers aura eu l’occasion de se réjouir du malheur de certains. Mais l’entrepreneur en herbe y a aussi trouvé quelques précieux conseils proférés par les coaches qui, soit dit en passant, n’ont pas oublié de respecter la consigne : «
ayez l’air (très) sérieux
! ». Le tout donne à cette expérience entrepreneuriale un visage télévisuel crédible et efficace.
OLIVIER CROUGHS



